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Mercedes a changé d'ADN, Ferrari a perdu le sien

Mercedes a changé d'ADN, Ferrari a perdu le sien

Le 08/10/2018 à 13:19Mis à jour Le 08/10/2018 à 19:07

GRAND PRIX DU JAPON - Cette saison, Mercedes a changé d'approche manégériale et Ferrari a perdu le fil de ce qui avait ses succès passé. Un virage sans doute durable pour les Gris, moins pour les Rouges.

Les hégémonies supérieures à quatre saisons dans l'histoire de la Formule 1 sont une rareté. Ferrari est même la seule à pouvoir en témoigner : de 2000 à 2004, avec Michael Schumacher, elle avait tout raflé chez les pilotes et les constructeurs. Organisation technique, principes de management : la machine rouge était bien huilée et elle continue de fasciner. Pour l'égaler cette année, la firme à l'Etoile s'est curieusement ralliée à sa politique. Par la force des choses, puis par choix, jusqu'à l'envie de pousser la controverse jusqu'à une logique contestable.

Trois des quatre derniers Grand Prix, en Italie, en Russie et au Japon, ont marqué un virage à 180° chez les Gris, qui a paru remonter le temps jusqu'à cette implacable domination rouge. A Monza, Bottas a roulé contre Räikkönen pour Hamilton. A Sotchi, il lui a offert la victoire sur un plateau d'argent. Au Japon, dimanche, il a été d'une bienveillance totale. D'une patience résignée et intéressée, aussi. "Bien sûr que je vais toujours pouvoir me battre contre Lewis, a-t-il assuré. Ça dépend juste de la situation, c'est pourquoi j'essaye encore de donner mon maximum à chaque course. Après le départ, je savais à quoi m'attendre. Il fallait ramener ce doublé. Il ne reste plus beaucoup de Grands Prix, à un moment ou à un autre, il sera titré et alors on verra."

Lewis Hamilton et Valtteri Bottas (Mercedes) au Grand Prix du Japon 2018

Comme moi, vous aurez noté le "juste" attaché à la situation, et le "on verra". En clair, Bottas attend un retour d'ascenseur. Son patron Toto Wolff a dit à quel point il l'avait senti affecté par l'injustice de la victoire envolée dans une crevaison à Bakou ; cette victoire de l'estime de soi. Et ce que l'équipe devait à son "lieutenant" après le sacrifice de Sotchi. Je ne serais pas surpris, donc, de voir le directeur autrichien bricoler un autre résultat cette saison, pour assurer ce succès libérateur. Façon Ron Dennis. Au Grand Prix du Japon 1991, le boss de McLaren avait imposé à Ayrton Senna, le jour de son troisième titre, de laisser sa victoire à son coéquipier Gerhard Berger pour services rendus.

Hamilton tranquille avec Bottas

C'est malheureux, mais le Nordique semble compter sur ce cadeau empoisonné, cette ultime maladresse managériale. A moins qu'elle n'arrive par une faveur déguisée. A Mexico, à Sao Paulo ou à Abou Dabi, Lewis Hamilton aura l'occasion de se montrer aussi magnanime que Michael Schumacher à Monza en 2004, de façon plus subtile. L'Allemand s'était visiblement retenu de ne pas doubler Rubens Barrichello.

Oui, ces scenarios font désormais partie des possibles chez Mercedes. Après avoir fait cohabiter deux loups dans sa bergerie, Nico Rosberg en compagnie de Michael Schumacher de 2010 à 2012 puis de Lewis Hamilton jusqu'en 2016, la marque a été obligée de réviser sa politique par le choix limité qu'elle avait du remplaçant de l'Allemand titré aussitôt retraité. Elle a improvisé pour 2017 et entériné ce choix qui convient au principal intéressé, Lewis Hamilton, en 2018. En 2019, c'est acté, et probablement 2020. Car si Bottas ne possède une option sur sa deuxième année que seule Mercedes peut lever, il est en train de tout faire pour s'installer dans un rôle de n°2 ou pudiquement "team player" qui soulage Toto Wolff de la tension des dernières années. Il faut aussi comprend Lewis Hamilton : après avoir ferraillé contre Fernando Alonso et Jenson Button chez McLaren, Nico Rosberg chez Mercedes, il aspire à 33 ans à une certaine tranquillité. Qui alimente sa motivation et son envie de rester. Un deal bon pour tout le monde sauf pour Esteban Ocon…

Se souvenir de 2007

A l'inverse, Ferrari a avancé de façon incohérente cette année, et c'est assez nouveau. Et a continué de le faire même à Suzuka, samedi et dimanche. Je ne reviendrai pas sur le pénible détail de ratés indignes du standing d'une telle écurie. En revanche, pourquoi la Scuderia ne poursuit-elle pas sa course à l'usure, à coups de choix basiques quitte à paraître terre-à-terre ? "C'était facile de comprendre ce qui se passait en piste, car nos rivaux ont quitté les stands en pneus slicks. Parfois, c'est plus utile de lever les yeux des ordinateurs et regarder la piste, et utiliser son sens commun", a pesté son patron, Maurizio Arrivabene, après la qualification.

Sebastian Vettel (Ferrari) au Grand Prix de Russie 2018

Depuis plusieurs courses, l'équipe italienne multiplie les comportements hasardeux dans l'obsession du contre-pied de Mercedes. Devenue amnésique de ce qui avait fait sa dernière gloire. C'est en ne faisant rien de fou que Kimi Räikkönen, pourtant distancé de 17 points avec un maximum de 20 à prendre dans les deux derniers Grands Prix, avait raflé la mise contre Lewis Hamilton et Fernando Alonso en 2007.

Le Finlandais qui court désormais pour lui, et à qui personne n'a demandé d'offrir sa place dimanche à Sebastian Vettel, laissera donc son baquet l'an prochain à Charles Leclerc, jeune mais surtout pas tendre. Une nouvelle ère pour Ferrari à deux numéro 1 qui s'annonce moins facile à gérer que celle que se referme. Pour un indispensable aggiornamento.

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