Alonso chez Renault, pour quoi faire ?

C'est l'art du rebond. On avait rappelé à quel point la précocité de l'annonce du départ de Daniel Ricciardo pouvait être désastreuse pour Renault, d'un point de vue sportif et marketing. L'amertume de Cyril Abiteboul au moment d'évoquer la fin de la collaboration avec l'Australien ne disait pas autre chose.

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En s'offrant Fernando Alonso, Renault a trouvé le moyen le plus efficace de dissiper le scepticisme qui avait fini par englober le projet, y compris au sein même de l'écurie. Pour une raison évidente : aucun pilote n'incarne mieux les succès du Losange, même s'ils appartiennent à un autre temps. Pour l'image - la raison d'être de Renault en F1 - c'est un choix capital. Alonso était l'un des pilotes les plus populaires avant de quitter l'élite. Hormis Hamilton et peut-être Raïkkönen, aucun autre ne rayonne autant que lui au niveau international. Surtout depuis qu'il s'est exporté aux quatre coins du monde avec Toyota.

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Alonso a-t-il encore le niveau ?

À question complexe, réponse incomplète : on l'avait laissé, fin 2018, avec la sensation qu'il était encore capable de sur-performer compte tenu du matériel mis à sa disposition. Au volant d'une McLaren mal-née, il avait amassé quatre fois plus de points que son coéquipier Stoffel Vandoorne, désormais pilote de Formule E. Que reste-t-il de cette version de l'Asturien ? Difficile à dire.

Fernando Alonso (McLaren) lors du Grand Prix d'Abou Dabi 2018

Crédit: Getty Images

Tout ce qu'il a entrepris avec plus ou moins de réussite depuis sa fausse retraite (WEC, Dakar, Indy) n'a rien de comparable avec la F1, d'ailleurs devenue encore plus exigeante physiquement ces deux dernières années. Le talent est éternel, le sien est gigantesque. Mais l'âge a des effets irrémédiables sur les capacités athlétiques et cognitives réclamées par la catégorie reine du sport automobile.

Renault peut-elle se mettre au niveau ?

Le déficit de performance a fait perdre un leader à l'écurie. Mais cette fois, elle s'est prémunie en prévenant Alonso qu'elle avait déjà fixé le cap sur 2022, an I de la nouvelle réglementation technique. C'est un pari. Et même si le binôme semble extrêmement confiant, il n'est pas encore gagnant. Les futures spécifications, accompagnées de nouveaux plafonds budgétaires, offriront effectivement une chance de combler le retard sur le triptyque Mercedes - Red Bull - Ferrari.

Mais "une chance" n'est pas une "garantie", même si le constructeur français est prêt à y mettre les moyens, comme l'a sous-entendu Alonso. Exploiter au mieux le règlement est surtout une question de matière grise. Jusqu'à preuve du contraire, Mercedes est toujours la référence dans ce domaine. Et ne cesse de le prouver.

Alonso peut-il aider Renault à se mettre au niveau ?

L'expérience et le vécu pèseront lourd pour effectuer au mieux la transition vers 2022. Chaque usine a d'ores et déjà mobilisé des groupes de travail pour plancher sur le nouveau règlement - Renault a logiquement écarté Ricciardo de toutes ses entreprises. La carrière d'Alonso, riche et reposant sur plusieurs ères, est donc un atout. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles le Losange a mis de côté les candidatures des jeunes Christian Lundgaard et Guanyu Zhou. Aborder la nouveauté avec Esteban Ocon et l'un de ces deux pilotes était un risque à écarter.

Cyril Abiteboul, directeur de Renault F1, lors des essais de pré-saison de Barcelone, le 19 février 2020

Crédit: Getty Images

Il n'empêche, le pilote d'Oviedo n'est pas spécialement réputé pour être un excellent développeur. Il est d'ailleurs un fervent défenseur de la F1 "d'avant", moins technologique et plus instinctive. Mais au moins, Renault a construit quelque chose de cohérent en donnant des responsabilités à deux hommes qu'Alonso connaît bien : Alan Permane, le directeur sportif, et Pat Fry, directeur technique avec lequel il a parfois noué de vives tensions chez Ferrari...

Alonso chez Renault, quelles conséquences ?

Le troisième chapitre de cette union n'est, finalement, une surprise pour personne. Mais il est un nouveau coup de massue sur la tête de Sebastian Vettel. Sur le papier, Renault était la porte de sortie la plus crédible pour le quadruple champion du monde allemand. Elle est maintenant fermée, comme beaucoup d'autres. Mercedes (Toto Wolff, surtout) a écarté sa candidature.

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Le pilote d'Heppenheim a discuté avec Red Bull en marge du Grand Prix d'Autriche ? Son transfert vers l'écurie qui l'a mené aux sommets est inenvisageable, compte tenu de la politique sportive de la marque autrichienne. Chez la future Aston Martin (actuelle Racing Point), Sergio Pérez a déjà signé un contrat et on imagine mal Lawrence Stroll mettre son fils Lance à la porte. Enfin, Alfa assure qu'elle n'a pas les moyens de s'offrir un homme aux quatre couronnes...

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