Dans l'ombre de cet affrontement Mercedes - Red Bull qui va probablement prendre toute la lumière cette saison, celui que se livrent McLaren et Ferrari dessine une autre bataille toute aussi puissante, incertaine, pour la troisième place du championnat du monde des constructeurs. Après quatre courses, l'écurie anglaise est rivée sur ce podium qu'elle a retrouvé l'année dernière, qu'elle a vécue comme une véritable renaissance et dont plus personne ne veut se satisfaire à Woking. Même si aller chercher Mercedes et Red Bull prendra du temps.
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Avec 65 unités et déjà un top 3, signé Lando Norris à Imola, l'équipe fondée par Bruce McLaren roule cinq longueurs devant Ferrari, qui a en quelques mois seulement tourné la page d'une campagne 2020 calamiteuse, la pire qu'elle ait connue depuis 1980.
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McLaren a pris bien plus de temps pour se relever d'une période d'options hasardeuses, d'erreur de casting, pour refonder avec la Scuderia la célèbre affiche du passé.

Le Mercedes, un vrai plus

Après avoir rompu avec Honda, s'être servi du moteur Renault comme d'un tremplin pour retrouver un niveau de résultats décent, l'écurie basée au Nord de Londres est passée au nec plus ultra, la cavalerie Mercedes et ses mille chevaux. Ce qu'Andreas Seidl apprécie tous les jours : "Nous avons dû installer le moteur dans cet environnement déjà homologué (ndlr : la MCL35M est étroitement dérivée de la MCL35 conçue pour le V6 Renault) et il a été relativement facile à loger. Nous voyons toute l'attention qu'ils ont porté aux détails (…) et ça nous donne des avantages."

Andreas Seidl (McLaren)

Crédit: Getty Images

Et côté pilotes, McLaren a également fait un reset profitable en deux temps. Exit les champions du monde en fin de carrière Fernando Alonso et Jenson Button, place à la pépite maison Lando Norris, et la valeur sûre Daniel Ricciardo, qui compte briser son plafond de verre.
McLaren a remporté son dernier Grand Prix au Brésil en 2012 et mené pour la dernière fois le Championnat du monde des constructeurs au soir du Grand Prix d'Australie 2014, le premier de l'hégémonie Mercedes. Ça remonte à loin mais elle n'a jamais été aussi proche de redorer son blason. Carlos Sainz a été le challenger de Pierre Gasly (AlphaTauri) dans le dernier tour du Grand Prix d'Italie 2020 et l'équipe donne régulièrement l'impression qu'il ne lui manque plus grand-chose.
La dernière preuve en date est la troisième place de Lando Norris à Imola. A l'image de ce qu'est Charles Leclerc pour la Scuderia, l'Anglais de 21 ans représente le futur made in McLaren. Avec de l'avance sur le plan de marche : après deux saisons dans la catégorie, il a pris le lead, et ce n'est pas un Daniel Ricciardo un peu déboussolé dira le contraire.

"Après deux Grands Prix, il n'y a plus d'excuses"

Et pour son patron, Andreas Seidl, "la chose la plus évidente et la plus importante sont ses chronos réguliers. Comme je l'ai dit maintes fois, 'si les temps ne tombent pas, je n'ai pas la solution'. Ça doit venir des pilotes. Mais au bout du compte, les chronos sont le résultat de son travail acharné réalisé avec l'équipe, notre équipe d'ingénieurs, cet hiver encore, pour tirer les bonnes conclusions de sa deuxième année en Formule 1 afin d'être prêt pour l'échelon suivant."
Et pour Zak Brown, le big boss, cette progression doit se poursuivre à Woking. Lando Norris est en fin de contrat, le manager étasunien a une option sur 2022 mais il faut voir plus loin, car d'autres pourraient le faire à sa place. Qui par exemple ? Toto Wolff, le directeur de Mercedes Motorsport.
Pour l'heure, le natif de Bristol surfe sur la hype créée par Netflix, travaille sa notoriété sur Twitch et gère sa carrière en direct avec son employeur. Sans agent ni autre intermédiaire, façon Lewis Hamilton.
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Tout ça fait que Daniel Ricciardo est tombé de haut. Transfuge de Renault, l'Australien n'est plus tout à fait "Banana Dan" depuis qu'il côtoie l'espoir de Bristol. A Imola, Andreas Seidl a d'ailleurs lancé l'avertissement : "Après deux Grands Prix, il n'y a plus d'excuses", a prévenu le manager allemand, qui connait les impératifs de la compétition pour avoir ajouté quelques lignes au palmarès de Porsche aux 24 Heures du Mans. L'homme de Perth a moins de chance que son remplaçant Fernando Alonso chez Alpine, qui s'est donné quatre ou cinq Grands Prix pour se mettre à son niveau. Le standing McLaren n'autorise pas cette patience et il va lui falloir dompter cette machine orange.

Pouvoir attaquer à la limite

"Je n'en tire pas encore tout le potentiel, expliquait l'Aussie à Imola, à Autosport. Elle peut faire plus que je ne pense, comme prendre plus de vitesse dans les virages en sachant qu'elle va suivre. Je dois encore gagner en confiance, mais je ne pense pas que ce soit aussi simple que se dire 'rentre dans le virage, ferme les yeux et ça va passer.' La technique y est pour beaucoup. Je ne veux pas avancer ça comme une excuse, mais il me reste des habitudes du passé dont je dois me débarrasser, et peut-être aussi des choses qui ne marchent pas aussi bien sur cette voiture." Et Andreas Seidl d'évoquer "ces deux, trois ou quatre dixièmes à trouver qui font la différence quand on n'est pas à l'aise dans la voiture pour attaquer à la limite."
Sommé de passer un cap, Daniel Ricciardo (McLaren) a touché le fond sans explication à Portimao (éliminé en Q1) et s'est réveillé le week-end dernier à Montmelo en battant son coéquipier pour la troisième fois en quatre duels du samedi. Et dimanche, il a pris la sixième place, deux rangs devant l'Anglais.
"C'est mon meilleur week-end jusque-là et j'ai le sentiment d'avoir tiré le maximum de la voiture, a-t-il expliqué. J'ai gagné quelques positions (deux) au départ et ces voitures doublées, plus rapides, m'ont poussé à défendre. Le rythme était élevé, et ça m'a forcé à attaquer sans arrêt. J'ai en plus appris sur la voiture." Il a même été rappelé à l'ordre par la direction de course pour ses changements de ligne pas très académiques sur les zones de freinage. Sorti de ce constat encourageant, le retard qu'il a pris en début de saison le poursuit néanmoins au championnat : il y apparaît avec un total de 22 points, contre 41 à Norris.

Daniel Ricciardo (McLaren) au Grand Prix de Bahreïn 2021

Crédit: Getty Images

"Ne te mets pas de pression inutile"

A l'issue du Grand Prix, il est revenu sur ses progrès et son nécessaire changement de style de pilotage, en course. Qui passe principalement par une autre façon de freiner. "Cette voiture est clairement différente à piloter, explique-t-il dans les colonnes d'AutoHebdo. Le phénomène est plus marqué par rapport à mon passage de Red Bull à Renault."
Ce qui l'aide aujourd'hui, c'est la galère vécue lors de ses premiers Grands Prix avec le Losange, en 2019, qui le persuade qu'il pilotera de mieux en mieux. Mais l'effet de repartir à zéro est quand même dévastateur. "J'ai l'impression d'être un débutant que l'on guide à chaque virage. Le retour de l'équipe est positif. Elle essaie de me faire adopter les bonnes habitudes avec cette voiture et ses caractéristiques, que ce soit au freinage ou à la ré-accélération. Je dois me programmer pour aller plus vite." Et de confier le conseil donné par ses deux patrons : "Ne te mets pas de pression inutile. On aime le fait que tu veuilles briller d'entrée de jeu, mais ne commence pas à surconduire et à trop intellectualiser les choses."
Chez McLaren, la compétition en interne bat son plein, et cette émulation ne sera pas de trop pour continuer de donner le change à Ferrari.
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