Mercredi, un vent nouveau a soufflé à Fiorano. Pour la première fois, la Scuderia a ouvert le garage de son circuit privé à sa nouvelle recrue, Carlos Sainz. Pour l'Espagnol, c'était l'occasion de constater que le rouge lui seyait au teint, se familiariser avec un nouvel environnement et découvrir la méthodologie du Cheval Cabré.
L'écurie n'avait pas grand-chose à cacher aux quelques journalistes présents sur place, le pilote ayant effectué ses premiers tours de roue avec la SF71H, monoplace de deux ans d'âge. Qu'importe : l'image a aidé à dissiper les souvenirs d'une saison crispante, qui avait débuté par un divorce amer avec Sebastian Vettel et fini sur le plus mauvais bilan de Ferrari depuis quarante ans.
Bien que talentueux et régulier, le fils du double champion des Rallyes, débarqué en provenance de McLaren, n'est pas là pour incarner une ère nouvelle. Et l'instauration du nouveau règlement technique, vendue comme une petite révolution et initialement prévue pour 2021, a été repoussée d'une année afin de laisser le temps aux constructeurs d'encaisser les pertes financières liées à la pandémie. C'est également en ce sens qu'une grande partie du développement a été gelée, notamment sur le plan aérodynamique.
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17 victoires de retard

Dans ce cadre, la Scuderia doit-elle craindre un nouveau calvaire ? Pas forcément, si l'on en croit Mattia Binotto. "Cette équipe a été capable de terminer deuxième du championnat lors des cinq saisons précédentes, exceptée une fois où nous avons fini troisièmes, a souligné le patron de l'écurie, en décembre dernier, dans des propos relayés par le site officiel de la F1. Je pense que finir troisième n'est pas complètement impossible. Et je pense que cela doit être notre objectif minimal pour la saison prochaine."
Forcément fragilisé par un exercice calamiteux, le dirigeant a dit ce qu'il a pu. De coutume, Ferrari ne détaille pas ses intentions afin de ne pas laisser entendre qu'elle envisage autre chose que le titre, même quand le constructeur le sait hors d'atteinte. La gravité de la situation a poussé Binotto à trouver un entre-deux : un peu d'ambition mais pas trop non plus.

Nos flops de la saison 2020

En 2020, la Scuderia s'est échouée au 6e rang du classement "Constructeurs", à bonne distance de Renault (5e) et à des kilomètres de Mercedes. 442 points, précisément. L'équivalent de... 17 victoires. Ferrari a payé au prix fort son exploitation des zones grises du règlement, en 2019, grâce à laquelle elle avait pu dépasser Mercedes dans la course à la puissance moteur.
Soupçonnée de triche par les écuries rivales, la Scuderia avait alors noué un pacte secret avec la FIA, avant que l'instance impose de nouvelles directives techniques destinées à colmater les brèches dans lesquelles l'écurie italienne s'était engouffrée. C'était au début de l'hiver, alors que Ferrari avait déjà orienté l'architecture de sa monoplace en fonction d'un moteur qui, finalement, ne respectait plus les normes fixées par le règlement.
On m'a dit qu'ils avaient rattrapé l'essentiel du retard
S'en était suivie une réaction en chaîne : avec un bloc propulseur moins puissant, c'est tout le concept de la SF1000 qui avait volé en éclats, notamment sur le plan aérodynamique. En lignes droites, les pilotes se plaignaient d'un "effet de parachute". En courbes, Sebastian Vettel déplorait un arrière-train imprévisible.

Carlos Sainz lors de ses premiers essais avec Ferrari, le 27 janvier 2021, à Fiorano

Crédit: Getty Images

En cours de saison, Ferrari s'était vite résolue à abandonner des développements qui n'auraient été que mineurs, afin de consacrer l'essentiel de ses ressources à la mise au point d'un nouveau moteur pour la saison 2021. "Nous avons beaucoup investi, confiait Binotto en novembre dernier. Il est sur le banc dynamométrique [structure permettant de tester sa puissance et sa fiabilité avant son intégration dans la monoplace, NDLR] et ses performances en termes de puissance et de fiabilité sont prometteuses."
De quoi éveiller la curiosité de la concurrence, comme celle de Red Bull, dont les dirigeants sont habitués à commenter le travail des voisins. "J'ai entendu dire que Ferrari avait fait des progrès notables avec leur nouveau moteur, a récemment soufflé Helmut Marko, consultant pour la marque autrichienne, à RTL.de. On m'a dit qu'ils avaient rattrapé l'essentiel du retard qu'ils ont accumulé l'année dernière, soit à peu près 50 chevaux."

Les autres aussi ont pris de l'avance

Un joli coup de bluff de la part de l'écurie autrichienne ? "Pour l'instant, avancer ces chiffres relève un peu du fantasme, nous glisse un journaliste italien proche de la Scuderia. Bien sûr, combler le déficit de puissance est la priorité de Ferrari puisqu'il s'agit de la problématique centrale. Mais on ne trouve pas 50 chevaux en un claquement de doigts. Et avant d'y parvenir, il faut surtout pouvoir certifier la fiabilité du moteur et des nouvelles pièces." Pour la tester, Ferrari et les autres écuries n'auront qu'un petit échantillon de trois jours d'essais, mi-mars, À Bahreïn.

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Autre problème : réglementairement, l'écurie italienne n'a pas eu la même latitude pour corriger les lacunes de sa monoplace sur le plan aérodynamique, même si un système de jetons de développement lui permettra de modifier certaines parties de la voiture. Malgré cela, même un miracle ne garantirait rien au Cheval Cabré. "Je pense que notre moteur ne sera pas le moins performant du plateau [...] mais je ne sais pas ce que les autres font, a justement souligné Binotto. Seule la piste nous le dira."
Les autres écuries ne sont pas restées les bras croisés : Mercedes, qui fournira les moteurs de McLaren et d'Aston Martin, s'était déjà servie du dernier Grand Prix de la saison passée pour effectuer des tests. Le constructeur Honda, manufacturier de Red Bull et AlphaTauri, a lui aussi investi pour repenser son moteur avant de quitter la F1. Si toutes ces équipes ont elles aussi fait un pas en avant, Ferrari devra donc être capable d'en faire deux. Voire trois.
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