En fin de semaine, pour trois jours, Guyancourt sera la capitale mondiale du golf. De vendredi à dimanche va se concrétiser ce défi un peu fou, lancé il y a dix ans, de faire venir la Ryder Cup jusqu'en France, et jusqu'au Golf National. C'est donc là, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Paris, que le gratin mondial a rendez-vous pour l'édition 2018 de l'épreuve. Au-delà des stars américaines et européennes, l'autre vedette du week-end, c'est le parcours, l'Albatros. Si tout se passe bien, si cette Ryder est grande, il en sortira grandi, lui aussi. Et il n'y a aucune raison que ce ne soit pas le cas.
Dessiné dans les années 80 par l'architecte Jubert Chesneau, inauguré en 1990, l'écrin habituel de l'Open de France est prêt à changer de dimension. Lorsque la France a obtenu l'organisation de la Ryder Cup 2018, elle a eu six ans pour mettre l'Albatros au niveau de l'épreuve. Recruté en 2012, Alejandro Reyes, à peine 30 ans à l'époque, aura été le maître d'œuvre de cette transformation. "Le parcours était très bien pour un évènement comme l'Open de France, mais il y a quand même une différence entre l'Open de France et la Ryder Cup, explique l'Espagnol. Il y avait de nouveaux critères de qualité que l'on se devait de rechercher."
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La base était solide

Toutefois, l'opération s'est plus apparentée à un lifting qu'à une transformation totale. La base était solide, saine et prometteuse. "Si ça n'avait pas été le cas, reprend Alejandro Reyes, jamais le Golf National n'aurait été choisi pour organiser la Ryder. Il faut savoir que le design du parcours était un des points forts du dossier français au moment de la candidature. On a fait des retouches, de l'adaptation." Le design original lui a permis de "s'amuser", en pimentant le parcours. "Sur certains parcours, vous aurez beau faire, il n'est pas possible de les rendre plus difficiles ou plus attrayants. Là, il y avait tout pour y arriver."
Depuis plus de deux ans maintenant, l'Albatros est en configuration Ryder Cup. C'est juste après l'Open de France 2015 que le gros des travaux a eu lieu. Le parcours a alors été fermé plusieurs mois. Deux trous ont demandé un soin et un effort particuliers. "Le 1 et le 16, évoque le "greenkeeper" espagnol. On avait un souci sur ces deux trous par rapport au design, il n'y avait pas autant de positions de drapeau possible que ce qu'exige le cahier des charges de la Ryder Cup. On a démonté les greens, on les a complètement remodelés pour avoir davantage de positions de drapeau."

Un golfeur à l'entrainement

Crédit: Getty Images

La précision plus utile que la puissance

L'autre grand défi, ce fut les fairways. Il a aussi fallu acheminer 25 000 tonnes de sable pour transformer le sol, trop argileux. "L'argile, qu'on retrouve dans 90% des golfs, est néfaste pour la jouabilité du parcours, comme pour les terrains de rugby et de foot", explique Alejandro Reyes. Raphaël Jacquelin, membre de l'équipe européenne comme entraîneur assistant, salue cette évolution du parcours. "La qualité du terrain est bien meilleure qu'avant, juge-t-il. C'est vraiment le plus gros changement, je trouve. Le terrain est très régulier, très agréable à jouer, les fairways sont magnifiques. Les greens aussi se sont améliorés d'année en année avec le travail d'Alejandro."
Aujourd'hui, l'Albatros fait l'unanimité. Sa qualité est louée, son identité aussi. "Ce n'est pas un parcours où la puissance est privilégiée, note Jean Vandelvelde, le premier Français à avoir pris part à la Ryder Cup, en 1999. C'est un parcours exigeant, mais où la précision est plus importante que la puissance pure". Ce qui, a priori, semble davantage avantager l'équipe européenne, moins armée en gros frappeurs. "Sur quelques trous, ça peut aider d'être long, mais globalement, ça ne fera pas la différence, confirme Jacquelin. L'important, c'est vraiment de prendre les fairways. Ils vont être étroits."
Alejandro Reyes, lui, a un mot pour qualifier son parcours : "il est juste", dit-il. Un avis partagé par Justin Thomas. Le numéro un mondial l'a découvert cet été lors de l'Open de France. "Tout est devant tes yeux, résume l'Américain. Il n'y a pas de pièges cachés. C'est juste difficile. C'est un parcours qui teste ton jeu et qui t'impose de réfléchir, de faire le bon choix à chaque fois. La patience est la clé ici. Sinon, ça se paie au prix fort."

L'Albatros, parcours de la Ryder Cup 2018

Crédit: Getty Images

L'apothéose du 18

Car une des grandes caractéristiques du parcours tient à l'abondance des obstacles d'eau : 10 des 18 trous de l'Albatros en sont pourvus. "Il y a beaucoup d'eau, et ce dès le début, poursuit Raphaël Jacquelin. Sur le 1, le 2, le 3. Ça va être intéressant à voir. Ce sont des trous assez stressants à jouer. C'est difficile d'être agressif. Ça peut vite devenir dangereux. L'équipe européenne a ses chances là-dessus, ce sont des joueurs très réguliers, des joueurs qui placent très bien la balle, qui en ratent peu et c'est une qualité importante sur ce parcours."
Les quatre derniers trous, notamment, offrent une forme de bouquet final idéal. Tous sont enserrés dans des parois aquatiques. Jean Vandevelde rêve de voir un maximum de parties aller le plus loin possible, pour profiter du spectacle potentiel de la tétralogie finale. "Pour la grandeur de cette Ryder Cup 2018, et pour celle du parcours, il faut souhaiter que beaucoup de matches aillent jusqu'au 18. Là, ça peut devenir très, très excitant." Raphaël Jacquelin avoue d'ailleurs qu'avec les deux pars 3 du N°2 et du N°16, le 18 est son trou préféré. "Le départ est légèrement surélevé. Les gens qui seront derrière le tee pourront voir l'ensemble du fairway et jusqu'au green. C'est magnifique. Ce serait un final hyper spectaculaire."
Tout est réuni pour que l'Albatros, souvent cité par les golfeurs dans le Top 5 de leurs parcours favoris, entre de plain-pied dans la légende. Jim Furyk, le capitaine américain, y voit même potentiellement "un des plus grands parcours de l'histoire de la Ryder Cup."
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