Le sexe est-il aussi dangereux que le dopage et la drogue ? Dans la sphère politique, certains vous répondront "oui" sans sourire. Dans la sphère sportive, c'est un sujet abordé sous des angles très différents. Dans le petit monde du golf, la question ne se pose pas. Sauf quand on s'appelle Tiger Woods.

Quand on est une star planétaire, quand on est le sportif le mieux payé de l'histoire (100 millions par an), quand on incarne l'idéal de l'Amérique moderne et multiraciale, il faut s'attendre à ce que la moindre modification de la vie privée déclenche des torrents de réactions. Vous comprenez mieux le cyclone actuel (voir les liens ci-contre pour ceux qui hibernent) autour du milliardaire adultère. Reste à saisir la morale de l'affaire Woods, moins évidente qu'il n'y paraît.

Golf
Woods interrompt sa carrière
12/12/2009 À 06:06

"WALL STREET GOLF"

Le propre, ou disons le moins-propre, du scandale est de faire chuter les idoles. Le processus est toujours le même : on admet la perfection d'un homme ou d'une femme, on la diffuse à grands renforts de plans de communication, on spécule sur l'exception avant de découvrir, par quel hasard, qu'il s'agissait finalement d'un humain avec son fardeau (caddie ?) d'erreurs sur le dos. Une vieille histoire qui rassure ou indigne selon la position des observateurs que nous sommes. Le problème avec Tiger Woods est qu'il est une idole qui pèse lourd dans les finances de l'industrie sportive américaine et celles du golf en particulier. L'affaire, qui nourrit les médias aujourd'hui, pourrit aussi les budgets. Sylvain Cypel le rappelle dans Le Monde : "Sponsors et chaînes de télévision s'inquiètent. L'affaire engage des centaines de millions de dollars, des milliards, à terme." Idem pour "les chaînes de télévision, déjà financièrement engagées sur les grands tournois de 2010." Les financiers les plus optimistes estiment que le golfeur n'aura perdu que son aura, et qu'il y aura un regain d'intérêt pour son sport dès son retour.

GOLF ET REDEMPTION

A 33 ans, cloué sur les Unes de la presse mondiale et certainement trop mal rasé pour apparaître en public, Tiger Woods doit maintenant entamer le long chemin qui le ramènera sur les greens. En bref, après avoir été porté aux nues, il faut laisser évaporer toutes ces histoires et revenir en tenue correcte faire le boulot. C'est ce qu'exprime clairement un éditorialiste du Los Angeles Times, Michael Hiltzik : "Le métier de Tiger, c'est joueur de golf, mais son business, c'est la création d'une image publique. Toute une économie de taille respectable dépend de son habilité à la façonner, le circuit pro, qui attire les sponsors et les fabricants de clubs de golfs, d'automobiles et tout le reste". Heureusement, précise Hiltzik qui se défend de cynisme, Woods n'est pas le premier dans ce cas. Bien des politiciens et des stars du show-biz ont connu les affres de la décadence avant d'être pardonnés par le public, visiblement pas rassasié par les scénarios de rédemption hollywoodiens. Et il faut être aveugle pour ne pas s'apercevoir que le sport calque l'hagiographie de ses représentants les plus doués sur les canevas du "blockbuster" (film à grand succès).

Crédit: Reuters

"IN GOLF WE TRUST"

Le scandale made in Woods est une affaire de moeurs, qui choque la morale puritaine d'une certaine Amérique et d'un certain golf, certes, mais une affaire de moeurs assumée. Ce que le LA Times, qui a poursuivi son enquête sur l'image de marque de Tiger plus avant (à noter l'anecdote concernant le père de Woods inquiet de voir son fils répondre dans des termes graveleux à des journalistes à 21 ans), n'a pas questionné. Qu'est-ce que cela change ?

. En tant que sportif, Woods n'a théoriquement pas de compte à rendre au public. Le sportif professionnel n'a pas pour vocation d'être un modèle civique. Yannick Cochennec expose des arguments pertinents à ce sujet sur slate.fr en rappelant les déboires les plus célèbres du sport moderne (Kobe Bryant, Andre Agassi, Thierry Henry). Cela dit, il faudrait encore distinguer dopage, tricherie et problèmes de couple. Touché par le décès de son père ou diminué par une blessure au genou, Tiger a su relancer sa carrière à chaque fois. Rien ne l'oblige à revenir sur le circuit sinon pour battre le record de titres détenu par Jack Niklaus (18, Woods en est à 14).

. En tant que sportif américain, soumis comme nous l'avons dit à la loi économique et cinématographique du « happy-end », il doit revenir après avoir traversé une épreuve douloureuse, pour sauver le golf et ses fans de la « déchéance ».

. En tant qu'individu, Tiger Woods a pris une décision cruciale, en assumant finalement ses responsabilités : "Je suis profondément conscient de la déception et du mal que mon infidélité a causé à tellement de gens, en premier lieu à ma femme et mes enfants. Je veux leur redire que je suis profondément désolé et leur demande pardon", a-t-il officiellement communiqué. "Après un énorme travail de réflexion, j'ai décidé de me retirer du circuit de golf professionnel pour une période indéterminée. Je dois m'employer à être un meilleur époux, un meilleur père et une meilleure personne". Meilleur golfeur, il ne pourrait pas.

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