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De la blessure choc au bronze mondial : l'incroyale résurrection d'Aït Saïd

De la blessure choc au bronze mondial : l'incroyale résurrection d'Aït Saïd
Par AFP

Le 12/10/2019 à 22:09Mis à jour Le 12/10/2019 à 22:51

MONDIAUX - Gravement blessé en 2016 aux JO de Rio, Samir Aït Saïd s'est battu comme jamais pour arracher une belle médaille de bronze en Allemagne et valider son ticket pour les JO de Tokyo. Une juste récompense pour celui qui n'a jamais cessé de rêver. Et qui ira au Japon avec beaucoup d'envie.

La rédemption. Aux Jeux de Rio, sa blessure choc avait brisé en un instant ses ambitions olympiques. Trois ans plus tard, Samir Aït Saïd a arraché à la force du poignet son billet pour les JO 2020 en s'offrant sa première médaille mondiale, du bronze aux anneaux, samedi à Stuttgart (Allemagne).

Il l'a tellement désirée, elle a tellement de signification qu'il l'embrasse encore bien après l'avoir reçue sur le podium, les yeux embués de larmes : cette médaille, synonyme de qualification olympique, vaut beaucoup plus que du bronze pour Aït Saïd, bientôt trentenaire. "Je suis sur un petit nuage, sourit-il. La concurrence était très rude, c'était une finale très relevée, je suis tellement heureux de cette qualification."

C'est bien le sésame olympique, bien plus que la médaille, même si c'est sa première au niveau mondial, qui fait le bonheur du gymnaste antibois. Car depuis ce 6 août 2016, jour de son effroyable double fracture ouverte tibia péroné qui lui avait laissé la jambe gauche en équerre à la réception d'un saut à Rio, les JO 2020 sont l'horizon qui anime le spécialiste des anneaux. C'était le cas dès le lendemain de sa blessure, à peine opéré et encore sur un lit d'hôpital. Ça ne l'a pas quitté depuis.

Samir Aït Saïd évacué sur civière lors des Jeux de Rio 2016

Samir Aït Saïd évacué sur civière lors des Jeux de Rio 2016AFP

"J'étais effrayé"

Pour Aït Saïd comme pour son entraîneur Rodolphe Bouché, la tension était à son comble autour de cette finale. Depuis la non-qualification des Bleus par équipe pour Tokyo lundi, le champion d'Europe 2013 des anneaux savait que son salut ne passait que par un des trois billets réservés dans chaque finale par agrès aux gymnastes dont le pays n'était pas déjà du voyage au Japon.

Sur huit finalistes, ils étaient cinq à y prétendre. Il a empoché le dernier (14,800), puisqu'il a été devancé par le Turc Ibrahim Colak (14,933) et l'Italien Marco Lodadio (14,900), eux non plus pas qualifiés jusque-là. À ce petit jeu, c'est le champion olympique en titre, le Grec Eleftherios Petrounias, qui a perdu gros.

"J'avais peur, j'étais effrayé, j'avais une pression énorme depuis qu'on est arrivé ici, décrit Aït Saïd. Je ne vais pas mentir : j'avais la trouille parce que je savais que l'enjeu était énorme, que je n'avais pas le droit à l'erreur." "Je savais que c'était possible mais qu'une bêtise aurait pu me priver de mon rêve olympique", résume-t-il.

Samir Aït Saïd

Samir Aït SaïdGetty Images

"La pression monte depuis cinq jours, et elle était à son apogée ce (samedi) matin", confirme Bouché à l'AFP. Mais Aït Saïd a su la dompter. Et au-delà de lui ouvrir les portes des JO 2020, ce bronze mondial tombe à pic, à neuf mois de la grand-messe olympique. "On se l'était dit plusieurs fois : s'il y a une médaille à faire, c'est maintenant", abonde Bouché. "On a marqué les esprits. Il ne fallait pas trembler, il fallait se battre. Il fallait le faire et je l'ai fait", renchérit Aït Saïd.

Et sa petite erreur au cours de son mouvement nourrissait déjà son plus grand rêve. "Sans ce petit bémol, j'étais champion du monde. Mais c'est pas grave, je serai champion olympique", lance-t-il. S'ils sont désormais trois Bleus qualifiés pour Tokyo, avec Loris Frasca et Cyril Tommasone (6e de la finale des arçons, avec 14,833), Aït Saïd a apporté à la gymnastique française sa première médaille mondiale depuis cinq ans (Tommasone en bronze aux arçons en 2011). Avec panache pour couronner le tout.

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