Quelques centimètres en dehors du tapis, une pénalité et une grimace. Simone Biles ne nous avait pas habitués à cela. La vedette de la gymnastique avait commencé ses Jeux par un amuse-bouche délicieux à l'échauffement, un échantillon de ses nouvelles prouesses. D'une facilité déconcertante – mais tellement habituelle pour elle -, Biles est soudainement passée dimanche à une crispation inattendue pour ses premiers passages qui comptent vraiment, durant les qualifications. Son bilan comptable n'en a pas été entaché avec six places en finale sur six possibles. Mais sa confiance, aux standards si élevés, a semblé légèrement en retrait. Avant le concours par équipes mardi, l'anomalie est suffisamment rare pour avoir un sens.
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Simone Biles n'est pas seulement à Tokyo pour participer, ou même pour garnir un peu plus son palmarès. La Texane ne vise qu'une seule chose durant ces Jeux Olympiques : l'histoire de son sport, et même du sport, avec un grand S. Pour cela, l'Américaine n'a d'autres objectifs qu'une inouïe moisson d'or. Après ses quatre sacres conquis à Rio il y a cinq ans, la proclamée G.O.A.T. de la gymnastique peut faire encore mieux avec six opportunités face à elle. Un bilan identique à celui des JO 2016 ne serait pas suffisant pour lui offrir le rang de gymnaste la plus titrée de l'histoire de l'olympisme, propriété de la Soviétique Larissa Latynina depuis 57 ans. Mais ces hauts desseins ne laissent place à aucune approximation, comme les petites scories des qualifications de Simone Biles.
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Les Etats-Unis devancées en qualifications

Le concours par équipes mardi lui offre une première opportunité de rendre ces erreurs anecdotiques. Avec Biles en son sein, Team USA n'a jamais été battu sur le concours par équipes en Championnats du monde (2014, 2015, 2018, 2019) et aux Jeux Olympiques de Rio. Et pourtant, les imprécisions de sa leader et de ses coéquipières ont bel et bien résonné comme un avertissement sans frais. Les Américaines ont été battues par les gymnastes du Comité Olympique Russe pour un peu plus d'un point. Preuve en est que si Biles semble survoler son art depuis des années, c'est par son talent infini, pas par une absence de concurrence.
Lors de ces qualifications, Biles comme ses comparses ont péché mentalement, semblant subir l'enjeu. Tom Foster, l'un des responsables de l'équipe américaine, évoquant de "la nervosité" et des "erreurs liées au mental". Cette pression, Simone Biles n'a jamais caché qu'elle était un de ses plus fidèles compagnons. "C'est plus stressant encore chaque fois que je suis en compétition parce que j'essaie d'être meilleure que lors de la précédente, a-t-elle assuré pour l'émission Today le 14 avril dernier. J'essaie de me battre moi-même. Parfois cela me rattrape et cela fait peur parce que je suis là à me demander 'Est-ce que je peux le faire à nouveau ? Est-ce que je peux être aussi bonne ?" L'approche du rendez-vous tokyoïte et l'incertitude qui l'accompagnait a continué à faire grandir ce sentiment en elle, elle qui assurait que son cœur "s'arrêtait" à chaque fois que le terme JO faisait partie des principales tendances sur Twitter en avril dernier.

Le poids des maux, le choc de Tokyo ?

Simone Biles fait pourtant face à ces tempêtes d'émotion depuis le début de sa carrière. Faire face à sa propre histoire familiale tourmentée (adoptée par son grand-père après avoir été placée par les services de l'enfance) et des douleurs grâce auxquelles elle s'est construite. Faire face aux attentes, celles du monde du sport mais aussi - et peut-être surtout - les siennes comme étendard de la gymnastique de par ses performances et sa voix, notamment après le scandale Nassar qui a marqué à jamais la discipline outre-Atlantique. "La gymnastique n'est pas la seule chose pour laquelle j'étais supposée être de retour, expliquait-elle à Today. J'ai le sentiment que s'il n'y avait pas une survivante dans ce sport, ils auraient juste balayé tout ce qui s'est passé. Mais comme je suis toujours là, et que j'ai une sorte de présence sur les réseaux sociaux, ils ont dû faire quelque chose."
Parmi tous ces combats conscients ou non auxquels elle doit prendre part, Biles le sait, elle lutte également contre le temps, elle qui avait fait planer le doute d'une retraite avant même les Jeux de Tokyo. L'Américaine ne balaie désormais plus l'éventualité d'être présente à Paris dans trois ans. Mais elle semble aussi avoir conscience que son corps lui offre vraisemblablement ses meilleures années actuellement. A Tokyo, elle fait figure de "vétéran" de la délégation étatsunienne, à seulement 24 ans. A elle donc de montrer la voie à toute son équipe, sur le chemin d'un premier titre durant ces JO.
Pour y parvenir, elle pourrait dégainer son arme plus si secrète, le Yurchenko à la sauce Biles, sa nouvelle acrobatie au saut de cheval consistant en un double salto arrière carpé jamais réalisé en compétition internationale par une femme. Un possible 5e "The Biles", une figure à son nom comme les deux qu'elle a déjà fait passer à la postérité au sol, celle au saut de cheval, et enfin, la dernière enregistrée, à la poutre, qui avait fait couler beaucoup d'encre lors des Mondiaux 2019. A Stuttgart, l'Américaine avait vu son exploit à la technicité extrême (double vrille – double salto) ne pas être crédité de la note technique maximale par la Fédération internationale de gymnastique sous prétexte de sa dangerosité. Vexée, elle s'en était nourri pour écraser la compétition et battre le record de médailles en Championnat du monde, avec cinq titres à la clé. Sa pénalité et ses menues imperfections de dimanche pourraient bien être un carburant du même genre sur ces JO.

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Les Bleues en embuscade

De la pression, l'équipe de France en sera, elle, totalement libérée. Outsider de la compétition, les Bleues ont signé la quatrième meilleure performance des qualifications juste devant les surprenantes Belges. Autour de Mélanie de Jesus dos Santos, les Tricolores n'auront rien à perdre, elles qui avaient atteint le cinquième rang par équipes lors des deux derniers Mondiaux. "Pour l'équipe, je suis tellement fier, j'étais venue aussi pour cela, on est là", a déclaré de Jesus dos Santos après les qualifications. "On n'a pas atteint notre maximum, on a encore une marge d'erreur, cela nous met en confiance", a réagi pour sa part Carolann Héduit, benjamine de l'équipe. Mélanie de Jesus dos Santos s'est montrée jusque-là en-deçà de son réel potentiel, tant à la poutre qu'au sol, deux de ses agrès phares pour lesquels elle n'est pas parvenu à se qualifier en individuel.
Un motif de plus pour tout donner. "Dans deux jours on va cartonner !" promettait Héduit. Les Bleues avaient terminé les qualifications à un peu plus de deux points des Chinoises, troisièmes.

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