Avant même le début de la compétition, c’est une affiche qui trônait dans toutes les têtes. Que certains redoutaient même de voir arriver trop tôt, en quart de finale, puisque la France et la Norvège avaient été placées dans la même partie de tableau et que, en cas de défaillance d’une nation où de l’autre, leur chemin pouvait s’y croiser. "On s’y prépare, on fera tout pour l’éviter", avait alors réagi Olivier Krumbholz, moins par peur de l’adversaire que par désir de vivre une finale de rêve. Ses vœux ont été exaucés.

Enchaîner avec un nouvel exploit

Comment ses joueuses vont-elles faire pour se remettre de la marée d’émotions vécues en demi-finale face au Danemark (23-22) ? Comment enchaîner après une telle d’ébauche d’énergie, et un match qui a vu les Bleues puiser autant dans leurs forces que dans leur tête ? C’est simple, parce que l’histoire est au bout, et que cette équipe, qui sent qu’elle a "une petite étoile au-dessus [d'elle]", n’aime rien tant que graver les livres du handball de son empreinte : "On est une des meilleures équipes au monde, mais le truc c’est qu’on continue à nous comparer aux Norvégiennes ou à je ne sais pas qui, se plaignait Meline Nocandy vendredi soir. Maintenant, on n’a plus envie d’être comparées, on veut écrire notre histoire à nous, construite depuis des années. On ne veut pas s’arrêter là".
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La douche froide
19/12/2021 À 18:01
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Là, c’est à deux pas d’un exploit monumental. Celui de devenir la troisième équipe de l’histoire, seulement, à enchaîner sacre olympique et titre international derrière. Les Bleues connaissent bien les deux formations qui l’ont fait jusqu’ici : le Danemark, en 1996 et… la Norvège, en 2008 (en remportant à chaque fois l’Euro). Les Scandinaves, elles, jouent pour devenir la nation avec le plus de titres au Mondial, à égalité avec la Russie, quatre fois médaillée d’or. "Ce serait dommage de s’arrêter là, de ne pas faire un dernier effort. C’est quoi une heure dans une vie ?", a questionné la demi-centre Grace Zaadi, comme pour dire que, même si elles ont déjà puisé dans leurs ressources, les Bleues sont déterminées à piocher jusqu’au fond du puit pour décrocher un nouveau titre. "Celle qui me dit qu’on a une médaille assurée et que ça suffit, je lui tire l’oreille. On ne peut plus raisonner comme ça".

L'équipe de France de handball

Crédit: Getty Images

La capitaine tricolore Coralie Lassource n'a pas fait non plus de langue de bois à l'approche de ce dernier acte : "On a laissé des forces sur [la demie], que ce soit physiquement ou mentalement. Mais on n'a pas gagné ces huit matches pour rien. Il faut gagner, et on essaiera d'y mettre la manière", a-t-elle prévenu. Un discours qui ne surprend pas Olivier Krumbholz mais qui lui fait plaisir. S’il en avait besoin, le coach lorrain sait déjà qu’il s’installera en tête du classement des sélectionneurs tricolores le plus médaillés du handball tricolore après cette compétition. Assuré d’obtenir une treizième médaille, soit une de plus que le coach historique des "Experts", Claude Onesta, il ne compte pas manquer l’occasion de ramener dans ses valises un 5e titre avec les Bleues, alors qu’il était déjà du premier sacre du hand féminin français, au Mondial 2003.

Un rival bien connu et une revanche à prendre

Cette finale, la troisième en un an et la sixième depuis les Jeux de Rio, les Françaises vont, en plus, la jouer contre leur ennemi ultime : les partenaires de Stine Oftedal, la demi-centre de Györ, qui les ont déjà privées d’or l’an passé à l’Euro (20-22). "Cela devient un classique", a ainsi reconnu Lassource en conférence de presse. L’histoire de la sélection françaises avec celle de la Norvège remonte à loin. Déjà, en 1999, à l’époque de Valérie Nicolas et d’Isabelle Windling (recordwoman de capes avec le maillot frappé du coq), c’est la Norvège qui avait brisé les rêves d’or des Bleues (25-24 a.p.).
Après une nouvelle défaite en finale, au Brésil en 2011 (32-24), les Bleues avaient réussi à prendre leur revanche devant leur public en 2017, au terme d’une fin de match insoutenable, encore (23-21). Hormis ces rencontres prestigieuses, les Bleues sont en plus régulièrement opposées aux Norvégiennes lors de matches amicaux : il y a en a eu 9 depuis 2017. Pour une seule victoire française. "Je pense que pour les fans de handball, c’est une finale affiche rêvée, a dit Pauletta Foppa à la veille de ce rendez-vous. Pour ma part, et je pense un peu pour le collectif, c'est un peu une revanche de l'Euro 2020. On se connait très bien, on a joué à deux reprises cet été avant les Jeux olympiques (victoire 30-21 de la Norvège puis match nul 28-28, NDLR), donc ça va être une belle finale".

Le banc norvégien célèbre la victoire face à l'Espagne en demi-finale - Mondial 2021

Crédit: Getty Images

Où il ne faudra pas flancher une seconde. Car la Norvège, nation la plus titrée à l’Euro féminin (8 sacres), est une redoutable machine à écraser la concurrence. Elle aussi à son gourou, en la personne de Thorir Hergeirsson, installé sur le banc norvégien depuis 2009, et qui a la possibilité de conquérir un 7e sacre à la tête d’une armada impressionnante. L’Espagne, pourtant surchauffée par une ambiance de folie, portée plus de 3 000 spectateurs et l’envie de ramener la médaille d’or à domicile, s’y est cassé les dents en demi-finale (27-21), surclassée par une équipe que l’atmosphère ou les évènements contraires ne ralentit pas. Comme la France.
Les Bleues ont connu leurs moments de chaud dans ce Mondial, mais les partenaires de Nora Mork, norvégienne la plus prolifique dans ce tournoi (38 buts à 73% de réussite) - et qui sera à surveiller - ont aussi flanché. Après un premier tour où elles se sont baladées face à une faible adversité (40-18 face au Kazakhstan, 41-9 face à l’Iran et 43-7 face à Porto Rico notamment), elles ont été accrochées par la Suède (30-30) lors du tour principal, où elles ont failli passer à la trappe. Lors de la rencontre décisive pour une qualification en quart face aux tenantes du titre néerlandaises, elles ont compté 6 buts de retard (12-6) dans le premier acte, avant de patiemment revenir et faire la différence (37-34 score final).

La meilleure attaque contre la deuxième meilleure défense

Mais tout cela est loin désormais. Après le duo Reinhardt-Toft dans les buts vendredi, les Bleues vont se frotter à une autre paire redoutable, composée de Silje Solberg (33% de tirs arrêtés dans ce Mondial) et de la légende Katrine Lunde, 41 bougies au compteur mais encore capable de prestations de haut vol, comme elle l’a prouvé face à l’Espagne (13 arrêts à 38% de réussite et élue joueuse du match). Mais c’est surtout défensivement qu’elles devraient cravacher, face à la meilleure attaque du Mondial (291 buts). En plus des joueuses précitées, la Norvège possède un large éventail de possibilités devant (Reistad, Brattset Dale, Herrem), qu’il faudra museler.
Les Bleues savent le faire, elles qui présentent la deuxième meilleure défense de la compétition (168 buts pris en 8 matches) et qui ont fait de ce secteur une de leurs marques de fabrique. De quoi imaginer un duel redoutable. Avec une nouvelle fois l’utilisation d’une défense 1-5 ? L’arme tactique, de plus en plus rare au niveau international, a permis de faire basculer le match face au Danemark, grâce à l’hyperactivité d’Estelle Nze Minko devant sa ligne de défense.
L’an passé, elle avait gêné, en vain, les Norvégiennes en finale de l’Euro. "Il ne faut pas la lancer trop tôt car l’adversaire trouve ensuite des solutions", a prévenu Krumbholz après la victoire en demie. Nul doute qu’il saura la ressortir du chapeau à un moment propice si le besoin s’en fait sentir. Si près du but, le diable se trouve dans les détails, et les Bleues ne peuvent se permettre de les négliger, elles qui sont à la croisée des chemins : ce dimanche, elles finiront le match avec des larmes. De tristesse, ou d’une joie qu’elles ont pris l’habitude, ces dernières années, de transmettre à leurs supporters.
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