L'équipe de France de handball a tous les symptômes d'une équipe en transition. Une nouvelle fois vainqueur difficile d'un match abordable sur le papier, face à l'Algérie (29-26), deux jours après un final asphyxiant face à la Suisse, les Bleus ont affiché les mêmes difficultés pendant une heure face à une belle équipe d'Algérie, joueuse et capable d'appuyer là où ça fait mal. A la sortie de cette victoire étriquée, les Bleus ont reconnu dans l'ensemble qu'ils filaient un mauvais coton. On peut gagner un combat sans convaincre, mais on ne peut pas espérer gagner une guerre avec une armure en mauvais état. Après quatre rencontres disputées dans ce Mondial 2021, la France a des trous partout dans la sienne. Par chance, elle a encore le temps de la réparer. Les Bleus, qui sortent de quatre ans sans titre majeur depuis leur sacre à domicile en 2017, savent qu'ils ont un chantier immense devant eux.

Le difficile succès face à l'Algérie a trouvé deux lectures au sein du groupe. Il y a d'abord eu les paroles fortes de Luc Abalo. Interrogé par BeIN Sports sur la prestation très inégale de l'équipe de France, l'ailier a un peu pris la mouche sur les remarques négatives. Selon lui, la raison de l'irrégularité de l'équipe est facile à expliquer : elle est en phase de transition. "Il y a plein de joueurs qui n'ont pas l'expérience de cette compétition. Et pour eux c'est un match difficile (...) Dans cette équipe, il y a de jeunes joueurs et ils se disent qu'ils n'ont pas le droit de mal jouer. Et après, c'est psychologique. On n'a pas le droit de mal faire les choses alors qu'il faut prendre du plaisir. Si on rate un truc, ce n'est pas grave. On se bat après en défense", a-t-il argué, avant de rendre hommage à l'Algérie d'Alain Portes.

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Loin d'être énervé, mais quand même un peu piqué, Abalo a continué son laïus : les Bleus n'ont pas perdu leur envie. Ils vivent les maux d'un changement générationnel qui est forcément long. "On a l'impression que quand on débute mal un match comme aujourd'hui, on n'a pas l'état d'esprit. Si, on a l'état d'esprit. Tout le monde a envie de bien faire, tout le monde a envie de prendre du plaisir. Quand ça ne marche pas, on commence à paniquer en fait. Il est là le problème. Il faut qu'on arrive à rester sereins et se dire qu'on n'est pas la grande équipe de France d'il y a dix ans. Donc, on va faire des erreurs. Elle se reconstruit cette équipe. Bien sûr que le coach, il va nous taper sur les doigts, c'est son taf. Moi, mes coéquipiers, je vais essayer de les faire relativiser, leur dire que le hand, le sport, la vie, de façon générale, ce n'est pas tout le temps beau. On ne va pas dominer tous les matches."

On va peut-être se faire punir à un moment donné

Plutôt constructif, le discours tenu par Abalo n'a pas trouvé preneur chez ses coéquipiers, beaucoup plus critiques sur le niveau global de leur prestation, digne d'une montagne russe de parc d'attraction. "Il faut vite se remettre en ordre de marche. Gagner comme ça, ce n'est pas non plus très bon pour le moral. Il faut retrouver de la confiance et de la sérénité dans notre jeu. Dans le contenu, on n'est pas satisfaits. La réalité sur les deux derniers matches, c'est qu'on n'a pas mené les débats dans l'intensité et l'agressivité. Dans les intentions, on se fait manger. Est-ce qu'on manque d'humilité, est-ce qu'on se prépare mal ? On n'est pas au niveau auquel on prétend", a pointé du doigt Ludovic Fabregas, dont l'entrée a fait un bien fou aux Bleus. Le 7 de départ de Guillaume Gille - le même que face à la Suisse à l'exception du retour de Fabien Gérard dans la cage et de Melvyn Richardson en demi-centre à la place d'Adrien Dipanda - n'a clairement pas été le bon pour lancer la machine.

Une équipe titulaire pas à la hauteur d'un tel match - un piège béant face à une équipe capable de très bien s'adapter à son adversaire - c'est le résumé fait par Valentin Porte. Repositionné en défense et obligé de laisser ses partenaires après une légère entorse à la cheville, le joueur de Montpellier s'est senti coupable du mauvais ton donné au match. Selon lui, les Bleus sont forts avec les forts et en dilettante avec les équipes plus abordables. "Je m'en veux, je nous en veux, l'équipe qui a débuté. C'est le début qui donne la tournure du match. Je me rappelle de la Norvège, on a démarré comme des morts de faim parce qu'on avait peut-être peur de cette équipe, de prendre une volée, donc on s'est mis tout de suite dans le truc. On n'a pas baissé le rythme de tout le match", a-t-il analysé au micro de BeIN Sports, avant de sortir le panneau "attention danger".

Michaël Guigou tente de s'extraire de la défense de l'Algérie lors du Mondial 2021

Crédit: Getty Images

"Et là, depuis la Norvège, de match en match on commence à moins bien débuter les matches, à moins avoir faim... Je pardonnerai presque tout le temps les problèmes tactiques et techniques. Mais dans l'envie et ce qu'on dégage depuis le début, c'est hyper important. Et là, on les a mis dans un fauteuil d'entrée et derrière on l'a traîné sur tout le match. Au-delà, du point de vue tactique, il faut vraiment qu'on retrouve de l'envie, de la hargne et qu'on arrête de jouer trop tranquille, c'est trop stressant. Il va falloir faire beaucoup mieux que ça. Avec les gros morceaux qui arrivent, on ne va pas frôler la correctionnelle tout le temps. On va peut-être se faire punir à un moment donné."

Gille se base sur la Norvège pour la suite

Quels sont les problèmes des Bleus ? A priori, d'un point de vue technique et tactique : ils sont partout et ils sont nombreux. Manque d'intensité, de maîtrise, faiblesse dans les transmissions de balle, fébrilité face au but (en contre ou en attaques placées), les Bleus n'évoluent pas au niveau qu'ils espéraient avoir au moment d'attaquer ce Mondial, prémice d'une année chargée où la qualification pour les Jeux Olympiques de Tokyo reste l'objectif prioritaire.

Pourtant, le constat est clair pour le sélectionneur Guillaume Gille, le vaisseau bleu ne va pas très bien car il n'arrive pas à empiler les briques. Pour faire une analogie simple, l'équipe de France de handball est un château de cartes qui s'effondre après avoir construit seulement deux étages. "Sans faire injure aux Algériens, qui ont fait un très bon match, on se doit de montrer autre chose. Oui, je suis déçu de notre performance collective et avec l'impression de ne pas avoir pu empiler les phases positives. Il y a eu des moments où les choses semblent retrouver leur place, où on enchaine des actions positives, ensuite, il y a des pertes de balle et des errements défensifs qui nous empêchent de maîtriser le match", a-t-il regretté au micro de BeIN Sports.

Le sélectionneur des Bleus l'assure, le problème principal n'est pas technique ou tactique, mais psychologique - un constat partagé par Ludovic Fabregas et Nicolas Tournat - et pour cause la même équipe a réalisé un match plein face un adversaire supérieur, la Norvège, en tout début de compétition. Ce succès lui fait dire que les Bleus ne sont pas aussi limités que ne le laissent suggérer leur trois dernières sorties. "Quand on regarde le match, on s'aperçoit que l'équipe de France n'arrive pas encore à se lâcher, elle n'arrive pas à utiliser son potentiel, ses qualités, ou alors elle le fait par intermittence. Il y a un peu de la fragilité dans notre jeu alors qu'on avait fait une très belle prestation contre la Norvège qui nous sert de base, de confiance et de référence : à savoir que ce groupe est capable, a la qualité, pour faire du beau handball. Aujourd'hui il a fallu sortir la double rame. On va continuer à bosser avec les joueurs et le staff pour les mettre dans de bonnes conditions."

Guillaume Gille lors de France - Algérie / Mondial 2021

Crédit: Getty Images

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