Espoir et soulagement. Ce sont les deux mots qui ressortent au moment de tirer non pas le bilan global de ces Mondiaux 2021 pour l'équipe de France de handball, ce qui sera fait dimanche, mais un premier bulletin de cette compétition "renaissance". Un an pile après le drame vécu lors d'un Euro 2020 absolument catastrophique, l'équipe de France a vu qu'elle avait encore beaucoup de travail devant elle. Mais elle a surtout constaté qu'elle n'était pas encore bonne pour la casse. Largement battus en demi-finale par la Suède, vendredi, au Caire, les Bleus, lessivés et dominés dans tous les secteurs du jeu, n'avaient pas les moyens de faire mieux face à un adversaire qui a tout simplement joué le meilleur match de son tournoi. Oui, la France a raté sa demie, mais il y a encore beaucoup de vie en elle.
Passé à côté, le capitaine Michaël Guigou, 39 ans depuis jeudi, a été le premier à tenir ce discours chez nos confrères de beIN Sports. Selon lui, il a surtout manqué de la fraîcheur physique à la France. "C'est compliqué. On est forcément déçus de ce rendez-vous qu'on avait déjà raté par le passé avec ce groupe. Il nous a manqué beaucoup de choses, notamment de l'énergie, on sort quand même du quart de finale avec encore deux blessures en plus, avec une rotation avec Luka (Karabatic) en défense, Tim (Timothey N'Guessan) qui était en cannes aussi (...)" a-t-il pointé du doigt, avant de reconnaître qu'il avait eu du mal à récupérer de l'épuisant France - Hongrie. "Moi, personnellement, j'ai eu du mal à dormir avec un match fini très tard, ça enchaîne beaucoup, c'était le huitième match de la compétition. Ca manquait un peu de vie, un peu d'énergie, un peu d'efficacité, un peu de sérénité aussi."
Battue lors de ses trois dernières demi-finales internationales désormais, la France n'arrive plus à passer un coup d'accélérateur au moment où ça compte. Selon Guigou, ce troisième échec de rang après l'Euro 2018 et le Mondial 2019 a été la conséquence des absences, celle de Nikola Karabatic, leur leader, puis celles de Timothey N'Guessan et Luka Karabatic, deux hommes indispensables pour le secteur défensif. "C'est quand même différent des deux autres demies perdues. Cette année, il nous manque des joueurs d'expérience. La Suède avait pourtant moins d'expérience que nous. Y'a des joueurs comme Niko (Nikola Karabatic,ndlr), très fort dans les grands matches, qui manquent au groupe et les blessures qui sont arrivées au fur et à mesure. Est-ce que c'est cette vie et cette énergie qui nous manquaient et qui doit nous animer encore plus sur cette demie ? Il y a un peu tout. Et quand on voit ce qu'on est capable de faire par moment sur l'ensemble du tournoi, ça laisse forcément des regrets."
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Gille fait grise mine, Abalo lucide

Pour Ludovic Fabregas, pas au mieux lui non plus, c'est principalement le secteur défensif qui a été défaillant. C'est là que les absences de Timothey N'Guessan et Luka Karabatic se sont faites cruellement sentir. "On a eu du mal. Défensivement, on était parfois en place... C'est vrai qu'ils ont trouvé des solutions avec des tirs de loin. Gottfridsson a été bon, Carlsbogard aussi. Ils ont su exploiter nos erreurs, notamment en contre-attaque. C'est dommage d'avoir fait un super parcours et que ça s'arrête net, c'est notre première défaite", a glissé le joueur du FC Barcelone à beIN Sports. "Oui, on a des regrets. On n'a pas forcément bien joué, on n'a pas imposé notre rythme et je pense que les Suédois ont aussi très bien joué. Ils nous ont été supérieurs dans tous les compartiments du jeu. Forcément, je pense que leur victoire est méritée."
Guillaume Gille, témoin privilégié du désastre de l'Euro 2020, a été un peu plus critique que ses joueurs au moment de débriefer cette demie cauchemar, où l'outsider a battu le favori. Selon lui, ses hommes n'ont pas évolué à leur vrai niveau et cela a été une déception pour lui, plus que la défaite en elle-même. "On n'a pas été en mesure de livrer ce dont on est capable. On a souvent été en difficulté dans beaucoup de secteurs. Et on n'a pas réussi à empiler les phases positives, à trouver notre rythme, notre carburation. Et c'est ce qui a permis aussi à ces Suédois, de prendre le contrôle de ce match avec beaucoup de sérénité. Et quand elle trouve cette confiance-là, cette équipe est très difficile à jouer", a-t-il analysé au micro de beIN Sports, avant de se projeter doucement vers la suite.
"On a eu du mal en défense, on a eu du mal en attaque, où on a buté aussi beaucoup sur leur défense et leur gardien de but. Donc le bilan n'est pas satisfaisant puisqu'on ne parvient pas à accéder à la finale. Notre premier espoir s'est envolé, maintenant il va falloir, ensemble, digérer cette défaite qui fait mal parce qu'on pas été au niveau qu'on espérait de nous-mêmes. Et puis repartir au combat, simplement trouver l'énergie, pour que cette dernière rencontre nous permette de nous libérer, de valider ce beau parcours par une note positive, et par une médaille".
Pour Luc Abalo, la France a joué à son vrai niveau et elle ne pouvait pas aller plus haut. "A la fin, on n'avait pas de solutions, c'est peut-être la première fois que je joue un match où on abandonne longtemps avant la fin, dix minutes avant. Je ne peux même pas en vouloir à l'équipe : aujourd'hui, on a joué à notre niveau, malheureusement, et très clairement, ils ont été meilleurs que nous. Ils ont dominé tout le match. Je ne vais mettre la faute sur personne, c'était une prestation générale", a-t-il analysé, avant d'accuser le coup. Visiblement, jouer le bronze lui fait un peu mal. "On va essayer de se remettre de cette défaite et je penserai à la 3e place demain mais la 3e place, ça ne me fait pas rêver. Si je joue ces compétitions-là, c'est pour jouer une finale et finir premier. C'est très prétentieux de dire ça comme ça, mais on vise toujours le maximum."

Les joueurs et Karabatic lancent l'opération Tokyo

La suite des opérations pour les Bleus sera d'abord d'aller chercher une médaille de bronze, comme en 2019, face à l'Espagne. Si cette option fait mal au compétiteur Abalo, Dika Mem veut aller la chercher. Selon le Barcelonais, les Bleus méritent de finir sur une bonne note. "Il nous reste encore un match pour repartir avec une médaille, parce qu'on vient de très loin et ça il ne faut pas qu'on l'oublie. Cette équipe a beaucoup galéré et là on est en train de montrer un nouveau visage, il faut continuer là-dessus. Ce n'est pas un match qu'on va bâcler, c'est une médaille, tout le monde n'a pas la chance de pouvoir en gagner une."
Il faudra ensuite se projeter rapidement sur le tournoi de qualification olympique qui arrivera à la mi-mars à Montpellier (12-14 mars). Bien que décevante, cette sortie en demi-finale laisse quelques motifs de lendemains heureux pour les Français et se qualifier pour Tokyo est aujourd'hui indispensable pour que le travail de reconstruction effectué ne soit pas vain. A en croire les discours, la France était visiblement l'équivalent d'un blessé de guerre il y a encore un mois. Même les plus expérimentés n'en menaient pas large avant d'attaquer la compétition.
"Si on prend tout ce qui passe depuis un an dans l'équipe, en arriver là où on en est aujourd'hui, dans le dernier carré en ayant battu la Norvège et le Portugal, en étant aller chercher des Hongrois qui avaient été très forts dans la compétition, on peut quand même être fiers de ce qu'on a fait", a observé Guigou, qui a disputé son dernier Mondial en Egypte. "On perd certes dans une demie face à une équipe moins expérimentée, c'est comme ça. Par rapport à où on en était début janvier... Depuis, les deux matches face à la Serbie, on a bien grandi, on a fait de belles choses. Il manque encore des choses, à nous de travailler de se servir de tout ça pour que ce groupe connaisse des finales et des titres."
Les paroles optimistes de Guigou ont été reprises par Ludovic Fabregas. "On est quand même fiers d'être arrivés jusque là. Si on nous avait dit ça, on aurait signé tout de suite". Présent sur le plateau de beIN Sports en tant que consultant, Nikola Karabatic, qui a annoncé avoir repris la course vendredi, trois mois après sa rupture du ligament croisé antérieur du genou droit, a lui voulu se projeter sur l'année olympique qui se profile, malgré l'incertitude qui pèse sur Tokyo 2020-2021. Même loin de ses coéquipiers, le Parisien a tenu un discours de capitaine, comme s'il n'était jamais parti. "Je préfère retenir le positif. Oui, aujourd'hui, ce n'était pas bon, mais on a perdu qu'un seul match depuis le début de la compétition. On a l'occasion de gagner une médaille de bronze et de valider tout ce qu'on a fait. On a une grosse année devant nous, avec la qualification pour les J.O, puis espérons les J.O." Qu'on se le dise, les Bleus ne sont pas morts.

Jean-Jacques Acquevillo, Nedim Remili et Valentin Porte après la défaite de la France face à la Suède, le 29 janvier 2021, au Mondial

Crédit: Getty Images

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