Il est resté de côté. Comme si ce titre n'était pas le sien. Comme s’il voulait laisser sa troupe de guerrières profiter d’un repos mérité après l'ultime bataille. Mais son sourire en coin et ses yeux embués traduisaient bien le long chemin qui a mené Olivier Krumbholz au sommet de l’Olympe. C’est avec soulagement et "une grande joie intérieure" qu’il est allé serrer les membres de son staff dans ses bras.
De côté mais dans les pensées de tout le monde. Dès le coup de sifflet final, notre consultante Nodjialem Myaro a tenu à rendre hommage à un coach atypique sans qui le handball français ne serait pas là aujourd’hui. "C’est un coach qui a vécu des hauts et des bas, résumait-elle, la voix pleine d’émotions. C’est un coach qui a été critiqué, qui a eu des méthodes un peu rugueuses, je peux le dire ouvertement mais un coach qui a su se remettre en question. C’est le seul qui, à chaque fois qu’il a été à la tête de l’équipe de France depuis 1999, a réussi à ramener tous les titres de cette équipe de France". Une analyse lucide et complète du personnage Krumbholz et de son itinéraire cabossé pour arriver tout au sommet.
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Coups de gueules mémorables et violents

C’est en 1998 que Philippe Bana, DTN d’alors, décide de lui confier les rênes d’une équipe de France féminine qui végète dans les tréfonds du handball mondial. "Un ingérable qui va vous emmerder tous les jours", lui glisse-t-on alors aux oreilles après ce choix marqué. Mais le DTN croit fort en ce "caractère novateur et rigoureux, mais très dur". 23 ans après, ce coup de poker s’est transformé en coup de maître. Mais le chemin aura été long pour Krumbholz et pour certaines des Bleues qui l’ont côtoyé, apprécié mais aussi craint.
"Les filles se sont reconnues dans quelqu'un qui voulait les emmener plus loin", affirme Bana, désormais président de la Fédération française de handball, soulignant son "surinvestissement dans tout ce qu'il fait". Exigeant, il l’est. Colérique aussi. Et violent dans les propos parfois. "Les joueuses psychotent. Pour certaines, il va falloir tourner la page", avance-t-il après l’échec à Athènes (4e). "On est trop pitoyables pour que ce soit l’équipe de France", lâche-t-il à Pékin après l’élimination en quarts. "Une seule question se pose : qu’est-ce qu’elles sont venues faire ici ?", éructe-t-il à Londres, après une énorme déception en quarts, encore, face au Monténégro. Une cicatrice qu’il aura mis du temps à refermer.
Licencié dans la foulée, il encaisse tant bien que mal. "Je l’ai très mal vécu, avouait-il à Ouest France au début des JO. Je pensais que la décision n’était pas fondée". Non, son équipe n’était pas en fin de cycle. Oui, il le reconnaît aujourd’hui : "Mon fonctionnement était usant". Alors, il prend une pause, retourne à ses motos, continue d’apprécier le vin à sa juste valeur et se réinvente. Quand les Bleues traversent une salle passe, son retour s’impose de lui-même.

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Palmarès XXL depuis 2016

"Le macho gueulard" de ses débuts, dixit Bana, devient Olivier le sage. Il prend le temps de débriefer avec ses joueuses et leur laisse une liberté accrue. D’ailleurs, sur ces JO, de nombreux temps-morts ont été rythmés par les indications de Grace Zaadi ou Alisson Pineau, avec un Krumbholz en retrait qui leur laisse les prérogatives tactiques, pourtant son terrain de jeu favori. "Une démarche à 100% bénéfique, qui s'est traduite par plus de prises d'initiative de tout le monde, plus d'autonomie, plus de professionnalisme", confirme Manon Houette. Dans ces conditions, l’alchimie ne pouvait être que totale.
Un "bosseur" (Siraba Dembélé), "jamais satisfait" (Alexandra Lacrabère), qui "discute tout le temps de handball" (Manon Houette), mais dont l'horizon s'étend bien au-delà du monde du sport. Krumbholz, 63 ans, est aussi "un grand érudit plein d'anecdotes et de proverbes" (Bana), "un homme à l'aura toute particulière" (Estelle Nzé-Minko) dont "tout le monde se souvient" (Amandine Leynaud) : chacune a un mot pour décrire un homme qui dépasse le simple cadre de sélectionneur.
Elles le savent : sans lui, pas de paradis. Depuis son retour à la tête des Bleus en 2016, son bilan est immaculé, ou presque :
  • Médaille d'argent à Rio
  • Médaille de bronze aux championnats d’Europe 2016
  • Champion du monde en 2017
  • Champion d’Europe en 2018
  • Champion olympique en 2021
"C’est beaucoup d’investissement, beaucoup de travail, nous a-t-il expliqué, une fois l’or conquis dans une finale à sens unique. Il a fallu remettre l’ouvrage sur le métier puisque depuis 2000, on fait les JO mais on a perdu 4 fois de suite d’un rien, dans des prolongations, des double-prolongations. Depuis 2016, il y a quelque chose de nouveau dans cette équipe, une ambition encore mieux assumée. On a mis beaucoup de moyens autour d’elles, elles le méritent. En professionnalisant le parcours, on peut arriver à ce type de résultats". Cette fois-ci, pas de grosse colère. Pour accéder au sommet, il fallait plutôt un calme olympien…
Avec AFP

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