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J.O. 2024 - Hambourg, Boston, Rome : une concurrence dense mais aucun épouvantail

Hambourg, Boston, Rome : une concurrence dense mais aucun épouvantail

Le 12/04/2015 à 21:41Mis à jour Le 13/04/2015 à 00:14

Si Paris se lance dans la course pour 2024, elle devra faire face, comme toujours, à une concurrence féroce et multiple. En attendant, peut-être, d'autres rivaux, comme Doha, trois villes ont déjà annoncé leur candidature : Hambourg, Rome et Boston. Gros plan sur leurs atouts et leurs faiblesses.

HAMBOURG (Allemagne)

"La candidature de Berlin était bonne. Celle d'Hambourg encore meilleure." Voici comment le journal Bild présentait les deux dossiers juste avant la décision du Comité olympique allemand, le 16 mars, qui a finalement validé le choix de la cité hanséatique. Hambourg aura donc pour mission de ramener les Jeux en Allemagne pour la première fois depuis Munich en 1972. Comme en France, le sujet olympique est sensible de l'autre côté du Rhin. La première puissance européenne a connu cinq candidatures malheureuses depuis Munich. Trois aux J.O. d'hiver (Berchtesgaden 1992, Munich 2018 et 2020) et deux en été (Berlin 2000, Leipzig 2012). 

Ses atouts

  •  L'enthousiasme de la population locale, bien plus important qu'à Berlin. "Sans entrer dans les détails, les consultations auprès des habitants ont pesé dans le vote", a d'ailleurs confié Alfons Hoermann, le patron du DOSB, le comité olympique allemand. Hambourg a envie des Jeux. Une condition certes pas suffisante, mais un indispensable préalable.
  •  Un projet à taille humaine et original, qui prévoit un "concept compact", où il serait possible d'accéder à chaque site de compétition à pied ou en vélo. Le CIO serait séduit par cette idée.
  •  Hambourg avait déjà postulé pour représenter l'Allemagne en 2012. Le dossier ne part donc pas de nulle part. C'est le fruit d'un travail entamé il y a plus d'une décennie. 

 Ses handicaps

  •  L'absence d'infrastructures sportives majeures. Contrairement à Berlin, Rome ou Paris, la ville de la Hanse ne dispose pas à ce jour d'équipements de niveau international dans de nombreuses disciplines. 
  •  Même si le projet se veut économe, la crainte d'une explosion des coûts est réelle, précisément parce qu'il y a beaucoup à faire et à construire.
  •  Le manque d'éclat de la ville au plan international. Pour gagner les Jeux, il n'est pas indispensable d'être une capitale, mais il faut posséder un fort pouvoir d'attraction ou un poids historique certain. Sur ce plan, Hambourg part avec un handicap comparée à Berlin.

 La question : La présence d'un Allemand, Thomas Bach, à la tête du CIO, constitue-t-elle un atout ou un frein à une candidature allemande ?

 L'instance dirigeante du mouvement olympique prône une nouvelle politique de transparence et Thomas Bach, dit-on, n'aurait pas envie d'être à Hambourg ce que Samaranch fut à Barcelone en 1992 : un poisson-pilote faussant le jeu. Hambourg devra la jouer fine sur ce plan.

Hambourg est déjà aux couleurs olympiques.

Hambourg est déjà aux couleurs olympiques.AFP

ROME (Italie)

Parmi les candidatures déclarées, en attendant celle peut-être de Paris, Rome est la seule à avoir déjà accueilli les Jeux Olympiques. C'était en 1960. Désireuse de revenir sur le devant de la scène, l'Italie voit dans l'horizon olympique 2024 une véritable opportunité. La capitale italienne a été la première à se lancer officiellement dans la course, à la mi-décembre 2014. Au-delà de Rome, le projet se veut celui de toute l'Italie puisque le dossier prévoit, par exemple, l'organisation du tournoi de basket à Milan, de water-polo à Naples ou de la boxe à Florence.

Ses atouts

  •  Une forte impulsion politique donnée par le maire de Rome, Ignazio Marino, et le président du Conseil Matteo Renzi, initiateur du projet. C'est lui qui a officialisé en personne la candidature romaine.
  •  Les leçons de 2012 et son projet à "10 milliards de dollars" semblent avoir été retenus. Le dossier 2024, en phase avec "l'agenda 2020 du CIO" (coûts réduits), prévoit même de s'appuyer sur bon nombre d'infrastructures de...  1960, qui bénéficieraient d'un simple lifting.
  •  Des infrastructures déjà solides et pour beaucoup prêtes à l'emploi, qui donnent une bonne base au dossier romain.
  •  La force de séduction de la cité romaine, à la fois cité historique et grande capitale. Même si cet argument prendrait un coup avec une candidature de Paris, qui n'a rien à lui envier sur ce double plan.

Ses handicaps

  •  Une situation budgétaire encore fragile. En Italie, beaucoup s'interrogent sur la pertinence d'une candidature pour 2024, alors que le pays peine à résorber ses déficits.
  •  Le scandale "Mafia capitale", qui a touché Rome fin 2014. Un réseau de corruption démantelé en décembre dernier, impliquant des  hommes d'affaires mais aussi des personnalités politiques de la capitale italienne. Le troisième grand scandale en Italie depuis un an, avec le projet Mose et l'Exposition universelle de Milan. Ça fait beaucoup.
  •  La peur des éléphants blancs. Plusieurs équipements construits pour les Jeux d'hiver de Turin en 2006 sont aujourd'hui totalement à l'abandon. Et la faramineuse Cité des sports de Rome, dessinée par l'architecte espagnol Santiago Calatrava, est à l'abandon après avoir coûté plus de 260 millions d'euros (contre 40 dans le budget initial...)

La question : Quel est le degré de soutien de la population au projet Rome 2024 ?

Aucune enquête d'opinion n'a été divulguée sur le sujet. "On a besoin de savoir ce que pensent les Italiens", implore Antonio Rossi, triple champion olympique de canoé, rappelant qu'il y a deux ans et demi "90% des gens étaient d'accord avec le 'non' de Monti", lorsque le président du Conseil avait décidé de retiré la candidature de Rome pour 2020.

Stadio Olimpico, Lazio Stadium, Rome

Stadio Olimpico, Lazio Stadium, RomeAFP

BOSTON (Etats-Unis)

En 2024, il y aura 28 ans que les Etats-Unis n'ont plus accueilli les Jeux Olympiques d'été. La France, l'Allemagne et l'Italie attendent certes depuis bien plus longtemps encore, mais ils ne pèsent pas le même poids en termes économiques. Les Américains ont toutefois laissé passer trois olympiades avant de retenter leur chance en 2012 avec New York, puis Chicago en 2016. Pour deux échecs. Du coup, ils ont changé leur fusil d'épaule pour 2024, en misant sur un projet plus modeste, en tout cas sur le papier, celui de Boston.

Ses atouts

  •  Etre la candidate… américaine. Les Etats-Unis sont le premier contributeur financier du C.I.O. Evidemment, officiellement, ce n'est en rien un argument. Concrètement, cela pèse bien plus qu'on ne veut le reconnaitre du côté de Lausanne.
  • Une candidature en parfaite adéquation avec l'agenda 2020. La maitrise du budget et l'absence de folie des grandeurs a pesé dans la victoire bostonienne face à des dossiers comme San Francisco, Washington ou Los Angeles.
  •  L'implication dans le dossier du mouvement universitaire bostonien, un des symboles du dynamisme de la ville.

Ses handicaps

  •  Boston n'a rien d'un "hub" olympique. Bien sûr, le CIO souhaite mettre un frein au gigantisme, mais Boston serait une des plus petites villes à jamais avoir accueilli les Jeux d'été. 
  •  Un  stade olympique, un vélodrome, un centre aquatique… Voilà trois des énormes chantiers dont aura besoin Boston. Même si le projet prévoit certaines infrastructures provisoires, la question se pose de savoir ce que deviendrait, par exemple, un stade olympique de 80.000 places au-delà des J.O. 
  • Un soutien populaire mitigé. Le dernier sondage effectué fait apparaitre qu'à peine la moitié des Bostoniens sont favorables à la candidature de leur ville. Et le mouvement "No Boston Olympics", bruyant avant l'annonce du choix du Usoc, n'a pas l'intention de se taire dans les mois à venir.

La question : Le CIO est-il vraiment prêt à donner les Jeux à une ville "moyenne" ?

A l'échelle américaine, Boston est une "petite ville" avec ses 650 000 habitants. Loin, très loin, de l'envergure des précédents hôtes des Jeux d'été, tels que Londres, Pékin ou même Athènes. Donner les J.O. à Boston serait un message très fort de la part du C.I.O. Il y aurait une forme de cohérence avec l'agenda 2020. Pour autant, on demande à voir. Entre les belles intentions et les actes…