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JO Sotchi 2014 : La femme est l'avenir des moissons de médailles françaises

La femme est l'avenir des moissons de médailles françaises

Le 13/02/2014 à 21:21Mis à jour Le 13/02/2014 à 22:53

Jeux d'hiver ou Jeux d'été, la France a toujours eu du mal à faire émerger des médaillée(s). Coline Mattel a ouvert le compteur. Quelques pistes pour que ça dure.

Jeudi, un magnifique Martin Fourcade a fait grimper le compteur national à quatre médailles, dont deux d’or rien que pour lui. Trois pour les garçons au total donc, plus ce bronze que Coline Mattel est allée chercher mardi au saut féminin. D’autant plus remarquable et méritoire que cette médaille était loin d’être acquise d’avance. Avec son style attachant, son mental de compétitrice, sa volonté d’être là à l’heure, la Haut-Savoyarde a montré la voie aux filles de l’équipe de France. C’est qu’elles en ont parfois besoin.

Les Françaises ne sont pas arrivées en position de force à Sotchi. Et, après la faillite féminine collective à Pékin 2008, aux Jeux d’été (sur 41 médailles françaises, 7 féminines seulement…), si elles ont bien redressé la barre depuis à Vancouver 2010 (5 sur 11) puis Londres 2012 (15 sur 34), grâce à une prise de conscience de l’encadrement national et un renouvellement de génération en natation et en judo notamment, les Bleues ne sont pas à l’abri d’une rechute.

Certes, cette irruption sur le podium du saut, discipline nouvellement féminisée, est une constante réjouissante (on avait eu la même réussite avec le judo en 1992, la lutte en 2004 et le BMX en 2008 par exemple), mais elle a toujours eu du mal à se pérenniser ensuite… "Quand un sport s’ouvre aux femmes on joue le jeu, on s’engouffre, on fait des médailles", raconte Fabien Canu, chargé de mission au ministère et ex-patron de la Préparation olympique nationale. Avec une densité moindre, surtout dans les débuts, il y a un gisement assez facile à exploiter. Après, ç’a tendance à se gâter… "Notre haut niveau féminin n’est globalement pas au top mondial, on peut faire des coups mais on a souvent du mal à durer…" observait-il.

" Notre haut niveau féminin n’est globalement pas au top mondial, on peut faire des coups mais on a souvent du mal à durer"

En cause, un faisceau d’éléments, qui vont d’une faible proportion de licenciées féminines dans l’Hexagone (un petit 30%) à un taux de natalité parmi les plus élevés d’Europe : "Beaucoup de rameuses arrêtent pour avoir un enfant", nous expliquait l’ancien DTN de l’aviron, Pascal Berrest. Sans oublier cette remarque de Marie-Jo Pérec : "Il n’y a vraiment pas assez de coaches femmes en France!" Laquelle prend son sens à considérer que la relation entraîneur-entraînée débouche sur des considérations psychologiques toujours délicates à manier.

Et puis, ici à Sotchi, comme ailleurs auparavant, il y a la fragilité de certains secteurs : l’alpin en est aujourd’hui victime, et le fond, où les gamines ne se bousculent pas au portillon de la relève, y est exposé dans un futur proche… "C’est un peu le désert dans les catégories de jeunes chez les filles", s’inquiétait l’autre jour Nicolas Michaud, le patron du nordique national.

La France a dû attendre vingt ans aux Jeux d’été, entre Micheline Ostermeyer (poids et disque) et Colette Besson (400m), de 1948 à 1968, pour retrouver une championne olympique. Et vingt-quatre à ceux d’hiver, de 1968 (Marielle Goitschel en alpin) à 1992 (les relayeuses du biathlon)… On en apprécie donc d’autant plus ce bronze prometteur de la sauteuse des Contamines. Même si dans les sports de neige et de glace, où toutes les spécialités, sauf le combiné, ont désormais une version féminine, où nos Bleues font traditionnellement de belles moissons et remplissent le panier aux breloques, leur part contributive a tendance à stagner. Vigilance maximale.

Au moment de la parité érigée en objectif à court terme, au CIO comme dans la société occidentale, la femme est l’avenir des bons bilans comptables. Merci à Coline de l’avoir joliment et opportunément rappelé à ses équipières à Sotchi.

Trois chiffres pour comprendre

  • 5 – Cinq épreuves mixtes au programme de ces Jeux de Sotchi : le patinage en couple, la danse sur glace, l’épreuve par équipes du patinage artistique, celle de la luge par équipe et le relais mixte de biathlon. Soit quatre sur la glace pour une seule sur neige
  • 18 – 18 (sur 29) des médailles allemandes aux derniers Jeux d’hiver 2010 ont été acquises par des athlètes féminines. C’est le plus fort total en valeur absolue. Qui représente une part de 62%. Les Canadiennes avaient fait légèrement moins bien : 14 sur 25 (56%). Mais le record revient aux Chinoises : 8 sur 9, soit 89% !
  • 75 – En pourcentage par rapport au total, les médailles obtenues par les Françaises lors des Jeux d’hiver des années 70, période de vaches maigres (3 des 4 médailles en deux JO, 1972 et 1976). Il était encore de 50% (3 sur 6) dans les années 80, avant de tomber à 35% (7 sur 20) au moment de l’embellie des années 90. Depuis le début des années 2000, cette proportion s’établit à 41,2% (14 sur 34).
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