"Moi je considère que Tokyo entre dans le cycle de la préparation des JO 2024. Si on démarre le projet Paris au lendemain de Tokyo, on va encore perdre un an de plus, et on va véritablement commencer l'action à deux ans des Jeux, ce qui est dérisoire. Selon nous, il faut à tout prix que cette étape de Tokyo, pour de nombreux sportifs, constitue un tremplin pour Paris".
Celui qui prononçait ces mots au début du mois d'avril 2020 s'appelle Claude Onesta. Manager de la haute performance à l'Agence nationale du sport, instance créée au printemps 2019 pour mettre en place un nouveau modèle et définir les ambitions de la France pour "ses" Jeux, en 2024, l'ancien sélectionneur de l'équipe de France de handball s'était montré très clair : Tokyo devait placer la France en orbite pour 2024.
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Le tremplin s'est transformé en toboggan

Alors que Tokyo referme ses portes, on peut dire que cet objectif-là n'a pas vraiment été atteint. Pour de nombreuses disciplines, le tremplin s'est transformé en toboggan, pour une inquiétante glissade. Facteur aggravant, quand Onesta s'était exprimé, les Jeux 2020 n'avaient pas encore été reportés à 2021. Ce ne sont donc pas quatre, mais seulement trois ans que la France a devant elle. Le temps presse et les interrogations fusent.

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La France quitte le Japon avec 33 médailles. C'est moins qu'espéré (l'objectif avait été fixé autour d'une quarantaine de médailles). Moins qu'à Rio (42), qu'à Londres (35) ou Pékin (43). En volumes, au cours des sept dernières éditions, il n'y a qu'à Athènes que les Tricolores n'avaient pas fini avec davantage de podiums (33 aussi).
Le rush final, avec quatre médailles d'or lors des quatre derniers jours, dont trois ce week-end en sports collectifs, a permis de sauver les meubles en nombre de titres. 10 médailles d'or, c'est exactement dans la moyenne depuis Sydney. Sur ce plan, la France est à sa place. Mais nous sommes loin de l'effet propulseur espéré pour aborder l'échéance parisienne en étant lancés.

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La Grande-Bretagne avait connu une réelle embellie dès Pékin 2008, à quatre ans des Jeux de Londres. En Chine, le sport britannique avait raflé 51 médailles. Son meilleur bilan depuis… Londres en 1908. C'était une hausse très sensible par rapport à Athènes en 2004 (30), Sydney en 2000 (28) et plus encore Atlanta en 1996 (15). Pékin avait donc servi de rampe de lancement pour la Grande-Bretagne, qui avait ensuite vécu des Jeux remarquables à domicile en 2012 : 65 médailles. Depuis, elle capitalise sur ces succès. Mais elle recueille là les fruits d'un investissement sur un quart de siècle.
Transformer la natation ou l'athlétisme en trois ans, ce n'est pas possible
En trois ans, que peut faire le sport français pour franchir un cap ? "Les Japonais nous ont montré la voie avec un bilan sportif impressionnant, ils vont nous inspirer sur la partie de l'excellence. Leur objectif ce n'était pas des podiums c'était des médailles d'or et ils ont réussi à le faire avec quasiment une trentaine de médailles d'or, c'est une progression dont il faut qu'on s'inspire", juge la ministre des Sports, Roxana Maracineanu. Mais au-delà de l'incantation, le temps presse et il risque de manquer. "Transformer la natation ou l'athlétisme en trois ans, ce n'est pas possible", a prévenu dimanche Claude Onesta.
A défaut de grand plan structurel, l'idée est donc de faire du sur-mesure dans l'accompagnement. Un bilan sport par sport, discipline par discipline, sera effectué. Sur la base de celui-ci, Claude Onesta souhaite cibler les sportifs avec un réel potentiel de médailles, même s'ils n'ont pas forcément réussi à monter sur le podium à Tokyo.
Ils sont une trentaine à avoir terminé entre la 4e et la 6e place. Non médaillés, mais compétitifs. "Il faut qu'on arrive à les traiter de manière très spécifique pendant les trois ans à venir, pour les amener à un affinage qui va leur permettre de franchir le petit seuil supplémentaire qui pourrait permettre de comptabiliser les médailles", plaide Onesta.

Claude Onesta

Crédit: Getty Images

Les Jeux de Paris 2024 seront réussis si on performe
Reste le cas de la plus jeune génération. Celle qui n'était pas au Japon, mais qui débarquera à Paris. Là encore, l'accompagnement ciblé sera le mot-clé. "Elle est là, dit l'ancien patron des Bleus du hand au sujet de la relève. Elle n'était pas forcément à Tokyo, mais elle est déjà dans les circuits de 'perf' des fédérations."
Le Comité olympique et sportif français ne le cache pas, la réussite sportive des Jeux de Paris sera jugée presque uniquement sur le nombre de médailles récoltées. "Les Jeux de Paris 2024 seront réussis si on performe", concède Brigitte Henriques, la nouvelle présidente du CNOSF. Laura Flessel, qui avait précédé Roxana Maracineanu au ministère, avait en 2017 évoqué un objectif de 80 médailles. Passer de 33 à 80 en trois ans relèverait du miracle, ou pas loin.
A partir de quel seuil pourra-t-on parler de réussite ? Il est trop tôt pour le dire, mais la clé sera de maximiser le potentiel. Partout. "Il faut que ceux qui faisaient cinq médailles soit capables d'en faire huit ou dix, et que ceux qui en font zéro puissent en faire une ou deux", prône Claude Onesta. Une chose est sûre, Tokyo n'a pas préparé le terrain d'un triomphe national dans trois ans. La France peut encore réussir ses Jeux de Paris. Mais elle part de plus loin que prévu.

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