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Après 1940, 2020 : Tokyo la maudite

Après 1940, 2020 : Tokyo la maudite

Le 24/03/2020 à 17:00Mis à jour Le 24/03/2020 à 17:32

TOKYO 2020 - Les Jeux Olympiques de Tokyo devaient se tenir cet été. Ils ont été repoussés à l’an prochain, en raison de la pandémie du coronavirus. Quatre-vingts ans après l’annulation des Jeux de 1940, qui devaient déjà être organisés dans la capitale nippone, Tokyo voit "ses" JO une nouvelle fois perturbés par des événements dépassant de loin le cadre du sport.

"Nous sommes en guerre" avait répété, martial, Emmanuel Macron lors de son allocution du 17 mars. Alors qu'il avait décidé le confinement des Français pour lutter contre le coronavirus, le président de la République ne pensait évidemment pas aux Jeux Olympiques qui étaient bien loin de ses préoccupations quotidiennes, ainsi que de celles des Français.

Ce mardi, le report de la grande fête quadriennale, annoncé par le Premier ministre japonais Shinzo Abe et par le Comité International Olympique, a redonné un écho lointain à cette déclaration du président français. Le monde n'est techniquement pas en guerre mais les JO n'auront pas lieu cet été.

Une première sans conflit

Depuis 1896, date de la première édition des Jeux Olympiques modernes, et avant 2020 donc, aucune édition n'avait été annulée ou reportée pour une autre raison que la guerre.

Les trois reports/annulations avaient été décrétés en raison de conflits. La première, au cœur du conflit planétaire de 1914-1918. Après l'édition de Stockholm en 1912, les JO s'étaient donné rendez-vous au cœur de l'Allemagne, à Berlin. La compétition avait été annulée, évidemment, l’Allemagne étant en première ligne parmi les belligérants. Berlin n'avait revu les Jeux que deux décennies plus tard, à l'orée d'une guerre qui, déjà, pointait le bout de son nez.

La seconde Guerre mondiale, entre 1939 et 1945, avait forcé l'Olympisme à ranger ses anneaux au placard. Londres, qui avait obtenu l'organisation des JO 1944 devrait attendre quatre années supplémentaires.

La flamme de Tokyo 2020

Cette fois, un autre type d'expansion

Tokyo, prévue pour 1940, aurait dû devenir la première ville non-occidentale hôte des Jeux Olympiques, 2600 ans après l'intronisation de son premier empereur, Jinmu, également fondateur du Japon. Elle fut tout bonnement rayée du calendrier. En raison, non pas du conflit planétaire, mais de sa politique expansionniste et de la guerre qu'elle menait alors avec la Chine depuis 1937 après l'invasion de la Mandchourie en 1931.

La guerre sino-japonaise s'intensifiant, les Jeux Olympiques n'eurent d'autre solution que de plier bagage pour Helsinki, sous la pression des pays occidentaux, comme les Etats-Unis qui ne voyaient pas d'un bon œil la tenue d'un événement au Japon et dans ces conditions. Pour le Pays du soleil levant, qui avait espéré avancer ses pions diplomatiques et améliorer son image auprès des puissances de l'ouest, ce fut un coup d'épée dans l'eau.

Helsinki fut une solution de repli qui ne vit jamais le jour, en raison du déclenchement de la seconde guerre mondiale à la fin de l'été 1939.

Après 1940 et les "Jeux fantômes", Tokyo est devenue ce mardi 24 mars 2020 la première ville à voir ses Jeux "perturbés" par des éléments exogènes au sport. Cette fois, elle n'a pas eu à y renoncer. Rendez-vous l’été prochain.