La médaille d'or de Clarisse Agbegnenou

Par Arthur Merle
27 juillet. Le scénario rêvé, au bout d'une journée parfaite. Cinq ans après sa défaite en finale à Rio face à Tina Trstenjak, Clarisse Agbegnenou prend sa revanche contre la Slovène pour décrocher le seul titre qui manquait à son palmarès déjà XXL. Au-delà du résultat, il y a deux aspects. La manière : celle d'une judokate qui avait clamé haut et fort son ambition et qui a assumé en patronne. En championne.
Tokyo 2020
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13/09/2021 À 19:20
Et la réaction de la Française : les larmes instantanées, un visage qui se relâche enfin après des heures de concentration extrême. Et le câlin à sa rivale, dans la foulée. Mettez tout ça bout à bout, et cela donne une sacrée dose d'émotions. Rage de vaincre, fierté, soulagement. Tout s'est mélangé chez elle bien sûr, mais un peu chez nous, aussi. Les frissons étaient là. La poussière dans l'œil aussi.

Agbegnenou en or : revivez sa victoire historique en vidéo

Le chef-d'œuvre des sports collectifs

Par Jean-Baptiste Duluc
Il m'aurait été impossible de prévoir un tel succès des équipes de France de basket, de handball et de volley. Cinq équipes, quatre finales olympiques pour trois titres plus une 3e place : c’est tout simplement dingue. Il y a eu des exploits en basket (victoire face aux Etats-Unis avant une finale serrée), l’incroyable épopée des handballeuses, passées tout près de sortir dès le premier tour, mais la palme d’or, si j’ose dire, revient aux volleyeurs.
Eux aussi sont sortis de justesse de leur groupe, malgré une défaite hallucinante face au Brésil (39-37 dans le 2e des 5 sets !!). Ils ont ensuite tombé les champions du monde polonais en quarts au terme d’un match dantesque, ce qui aura sans doute été leur signature finalement dans ses JO puisqu’ils n’ont pas pu s’empêcher d’attendre cinq sets pour s’offrir leur premier titre olympique ! Juste énorme.

Filouterie de génie et explosion de joie : comment la France a été sacrée

Onze minutes d’éternité

Par Maxime Dupuis
L'Italie a vécu un fol été. De Wembley à Tokyo, la botte a vibré comme rarement. Voire comme jamais. Parce que les Italiens, arrivés sans certitudes, ont bousculé les nôtres. Champions d’Europe de football après avoir raté la dernière Coupe du monde, ils ont surtout vécu un autre dimanche dingo, le 1er août. Sans doute le plus fou et le plus beau de toute leur histoire. Et tout s’est décidé en moins de temps qu’il ne faut pour le dire : onze minutes, qu’on aurait bien étirées si Yulimar Rojas - auteure du record du monde du triple saut en préambule - avait partagé le même passeport que Gianmarco Tamberi et Lamont Marcell Jacobs.
Tamberi a été sacré champion olympique du saut en hauteur, après un dénouement improbable. A égalité parfaite avec Barshim, l’Italien a décidé, avec le Qatari, de se partager l’or, ce qui nous a offert une scène aussi unique que réjouissante. Tamberi était encore en train de fêter son sacre quand, posté au bout de la ligne droite, il a stoppé le train Jacobs lancé vers l’éternité et un premier sacre olympique sur 100 mètres, au terme des 9”84 les plus étonnantes de l’histoire des Jeux sur la ligne. La folie aura duré onze minutes. Elle est gravée dans l’éternité.

Comment Jacobs a succédé au Roi Bolt : la finale du 100 mètres en video

Un 400m haies hors du temps

Par Simon Farvacque
Les moments d'histoire ne se commandent pas. Et pourtant. Il était 5h20, heure française, en ce 3 août 2021, et j’étais convaincu qu’il allait se passer quelque chose de grand. Mais ce 400m haies a tout de même réussi à m’ébahir. Karsten Warholm a ringardisé la "barre des 47 secondes". C’est celle des 46 secondes qu’il a fait tomber, abaissant de 76 centièmes son record du monde. Mais le plus fascinant est que son duel avec Rai Benjamin a été si haletant qu’il en a, longtemps, occulté la course contre l’horloge dans mon esprit.
Jusqu’à la clôture du débat, actée par un meilleur franchissement de la dernière haie par le Norvégien. Il était alors temps de jeter un œil au chrono. Puis de se frotter les yeux pour y croire. L’impact des progrès technologiques sur la portée de cette course légendaire se mesurera sans doute au fil des années. Mais le souvenir qu’elle me laissera est impérissable.

Duel de titans, course du siècle : revivez le moment d'histoire en vidéo

Le sacre collectif des judokas face au Japon

Par Cyril Morin
Un décor mythique. Une affiche de rêve. Un esprit d’équipe dans une compétition individuelle. Et un scénario hollywoodien. En ce 31 juillet, les Avengers étaient en kimono dans le Nippon Budokan. Et ils étaient français. Avant cette finale, il y a eu ce quart de finale si stressant face à Israël et ce finish, au golden score, d’une Margaux Pinot passée à côté de ses JO en individuel. Déjà un grand moment.

Suspense maximal, ippon magnifique : la victoire de Pinot au golden-score

La suite fut encore plus grandiose. La reine Clarisse Agbegnenou pour lancer les siens, dominant la championne olympique de la catégorie supérieure. Le soldat Clerget pour donner un point précieux. Le patron Riner pour confirmer son envergure immense. Et la jeune Léonie-Cysique pour clore le spectacle et faire vibrer une nation entière. De ses champions invincibles, on retiendra la joie de gamins amoureux de leur sport, si noble et si beau. Ils nous ont tous fait vibrer en individuel. Mais ce sacre collectif, au Japon, sur une épreuve au format alléchant, ce fut au-dessus de tout.

Le dénouement puis la liesse : revivez la fin du combat décisif

La médaille d'argent de Florent Manaudou

Par Julien Pereira
Décrocher une médaille en individuel, c’est fort. Le faire deux fois, c’est très fort. Le faire une troisième fois, après avoir complètement délaissé sa discipline durant une période particulièrement longue à l’échelle d’un sportif (plus de deux ans), c’est tout simplement unique. Ce qu’a réussi Florent Manaudou, en argent sur le 50m nage libre derrière l’intouchable Caeleb Dressel, est remarquable. La manière, elle, a eu quelque chose de rafraîchissant.
Le nageur du CN de Marseille n’avait pas spécialement bien vécu les Jeux de Rio, où son statut de favori fut quelque peu difficile à supporter. A Tokyo, le champion olympique de Londres est venu sans prétention. Pour "prendre du plaisir", comme il l’a répété à chaque fois qu’il sortait du bassin, souriant et détendu. Pour nous, c’était déjà franchement agréable à voir et à entendre. Alors, lorsque cet état d’esprit et son talent l'ont mené vers une médaille surprise qui a illuminé l'une de nos nuits tokyoïtes, on a vraiment apprécié. Moi le premier.

Une poignée de centièmes et une touche historique : l’incroyable finish de Manaudou

Barshim et Tamberi, deux médailles, une immense émotion

Par Loris Belin
Le CIO s’est doté d’une nouvelle devise olympique avant les festivités tokyoïtes : "plus vite, plus haut, plus fort - ensemble". Y’avait-il une meilleure manière de l’imprégner dans ces JO 2020 que le moment de partage que nous ont offert Gianmarco Tamberi et Mutaz Essa Barshim au concours de saut en hauteur ? Dans un concours de très belle facture, l’Italien et le Qatari ont signé le concours parfait jusqu’à 2,39m. Au niveau du record olympique, ils ont poursuivi leur parfaite égalité par trois échecs.
La suite, c’est l’histoire de deux athlètes, deux amis surtout qui se connaissent par cœur, et savent le poids d’un titre olympique. Barshim courrait après depuis les Jeux de Londres, avec le bronze en 2012 et l’argent à Rio en 2016. Tamberi, lui, avait vu ses espoirs de breloque s’évanouir en 2016 suite à une grave blessure juste avant les Jeux, lui qui avait gagné tous les concours ou presque auxquels il avait pris part avant l’échéance brésilienne. Alors plutôt qu’un saut de barrage, les deux hommes ont échangé une étreinte complice, et anticipé le discours de l’arbitre assesseur. "Can we have two golds ?", "Peut-on avoir deux médailles d'or ?" demande Barshim. L'officiel acquiesce, les deux concurrents se tapent dans la main, le sourire jusqu'aux oreilles. Le Transalpin exhulte, se roule à terre, se relève et tombe à nouveau : le bonheur à en perdre la raison. Les athlètes ont choisi leur sort, un destin doré dans l'éternel.

La superbe image : inséparables sur la hauteur, Tamberi et Barshim décident de partager l'or

Thibus, Blaze, Ranvier et le thriller de la quinzaine

Par Martin Mosnier
Ysaora Thibus, Anita Blaze et Pauline Ranvier ont écrit le plus palpitant scénario de ces JO. Dans une après-midi à en perdre la raison, elles ont renversé les championnes olympiques italiennes, grandes favorites au titre, en demi-finale du fleuret par équipes. Et pourtant, on pensait les Bleues définitivement condamnées quand, à 20 touches à 9, les Italiennes leur marchaient dessus comme attendu. Après tout, c'était l'ordre des choses.
Mais le trio de guerrières s'est battu contre la fatalité. Elles n'étaient sans doute plus que trois à y croire à ce moment-là. Mais, peu à peu, elles ont grignoté leur retard jusqu'à l'impensable. Cet assaut final d'Ysaora Thibus (8-3), cette inespérée et déraisonnable victoire de deux petites touches (45-43) et cette médaille, en argent finalement, la première pour le fleuret féminin tricolore depuis 1984. L'ascenseur émotionnel qu'il ne fallait pas rater pendant ces JO. Merci mesdames.

La touche finale d'une remontée fantastique

Le plongeon-réflexe de Laurent Tillie

Par Maxime Battistella
Naît-on volleyeur ? Dans le cas de Laurent Tillie, le doute est permis. Difficile de faire plus passionné que le sélectionneur de l’équipe de France qui, au bout d’un mandat de neuf ans, aura mené les siens du quasi-néant au titre olympique. Et sur le chemin de ce sacre épique, une séquence a marqué les esprits. Habité comme ses joueurs lors du quart de finale victorieux face aux Polonais, doubles champions du monde en titre, le coach est sorti de sa traditionnelle réserve.
Dans l’euphorie d’un tie-break d’anthologie, il a symbolisé cette volonté absolue de ne rien lâcher sur chaque ballon. Un esprit de corps symbolisé par un plongeon désespéré pour sauver un point pourtant d’ores et déjà perdu sur un block-out. L’espace d’un instant, Tillie a oublié ses 57 ans, pour le simple amour du jeu. Relevé en un clin d'œil, le sourire en coin, comme conscient que rien ne pouvait plus arriver aux Bleus dans ce match, il a ensuite confié avoir voulu "faire le show". Rien ne pouvait mieux représenter le credo de cette équipe emballante entre plaisir, spectacle et solidarité à toute épreuve.

Même le coach s'y met : Laurent Tillie plonge pour sauver un ballon dans le money time

Batum, un contre pour l'éternité

Par Enzo Guerini
De la tragédie à la gloire. Voilà comment Nicolas Batum a, du bout de son bras droit, changé le destin des Bleus dans ce tournoi olympique. Dans les ultimes secondes de la demi-finale face à la Slovénie, l’équipe de France mène 90-89. Klemen Prepelic s’infiltre dans la raquette tricolore et n’est pas attaqué. L’arrière a un boulevard devant lui pour mettre un panier à deux points et sceller la victoire slovène.
Derrière nos écrans, cela ne fait aucun doute : la Slovènie va se qualifier pour la finale des Jeux Olympiques et laisser des regrets éternels aux Français. Mais Nicolas Batum en a décidé autrement. Le capitaine tricolore prend ses responsabilités, s’élève et réalise un contre décisif sur Prepelic. Dans la foulée, la fin du match est sifflée et les Bleus sont qualifiés. Batum était le seul Bleu sur le parquet capable de sauver les siens dans ce moment crucial. Et il a pris ses responsabilités. Désormais, son contre appartient au panthéon du basket français.

Un contre pour l'histoire : le chef-d'œuvre de Batum pour envoyer les Bleus en finale

Biles, la médaille du courage

Par Raphaël Brosse
On s’attendait à ce qu’elle collectionne les médailles d’or, à ce qu’elle règne sans partage sur les épreuves de gymnastique artistique. En réalité, Simone Biles a réalisé une performance encore plus marquante que cela. L’Américaine a d’abord suscité la stupeur en annonçant son abandon en pleine finale du concours général par équipes. Fragilisée mentalement, elle a ensuite fait l’impasse sur tous les agrès, sauf le dernier au programme : la poutre.
La prodige de l’Ohio savait que ce retour serait plus scruté que jamais. La pression était sans doute immense. Mais la gymnaste de 24 ans ne s’est pas effondrée et a décroché une magnifique médaille de bronze. Qui, vu le contexte, valait sans doute bien des titres.

Biles, reine de résilience : son passage magnifique à la poutre en vidéo

Ganna, le magnifique

Par Christophe Gaudot
C'est le problème quand vous tardez à choisir votre coup de cœur, les autres s’engouffrent dans la brèche. J’ai pensé à Nico Batum, aux judo par équipes, à Florent Manaudou mais je ne voulais pas "copier" l'un de mes collègues alors j'ai cherché et j'ai repensé à l'impression que m'a laissé Filippo Ganna en poursuites par équipes.
La poursuite par équipes est l'une des épreuves les plus esthétiques de la piste, et sans doute du sport en général. Cette chorégraphie millimétrée qui doit conduire un quatuor à rouler à près de 65 km/h sur quatre kilomètres me fascine. Et que Consonni, Milan et Lamon ne m'en veulent pas, c'est Ganna que mes yeux ont suivi, en demie comme en finale. Par deux fois, les Italiens ont battu le record du monde, par deux fois ils le doivent à un final incroyable de leur leader. L'expression de cette puissance pure restera la plus belle image de cyclisme des Jeux. Et puisque c'est mon sport de prédilection, c'est mon coup de coeur.

Cysique au bout du rêve

Par Stéphane Vrignaud
Pour sa première participation aux Jeux Olympiques, Sarah-Léonie Cysique nous a emmené avec elle dans l'ascenseur émotionnel qui l'a menée des abîmes de la frustration individuelle au vertige d'un exploit pour une improbable consécration collective. On s'est d'abord senti tellement malheureux de la voir seule sur le tatami du Nippon Budokan, saisie de stupéfaction, abandonnée à son triste sort suite à une disqualification alors que sa finale venait à peine de commencer. Comme interdite de rêver.
Habitée d'un "sentiment d'injustice", elle ne pouvait apprécier cette médaille d'argent, la meilleure des autres et la pire de toutes. Mais il était écrit que l'histoire se terminerait bien. Pour elle, pour le sport français, pour nous. Que ce serait même l'une des belles hisotires de cette quinzaine pour la France. Dans la compétition par équipes mixtes, c'est elle qui a apporté le point décisif contre la Japonaise Tsukasa Yoshida. Quel frisson et quel bonheur !

Le dénouement puis la liesse : revivez la fin du combat décisif

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