Ce n'est pas la présidentielle, ils jurent tous qu'ils n'entendent pas faire une campagne politique mais dans la course au porte-drapeau, chacun affûte tout de même déjà ses arguments. Car tous les candidats, dévoilés ce mercredi par le CNOSF à 100 jours du début des Jeux de Tokyo, ne le cachent pas, ce rôle de porte-drapeau, ils en rêvent. Ils sont douze, sept femmes et cinq hommes, à être en lice. Avec une chance supplémentaire d'être élu puisque, pour la première fois, c'est un binôme, composé d'un homme et d'une femme, qui sera mis en avant devant les caméras du monde entier le 23 juillet au stade olympique de Tokyo.
Les principaux bénéficiaires sur le papier de cette grande nouveauté sont ces messieurs. En vertu de l'alternance, certes non gravée dans le marbre mais mise en place dans les faits depuis Londres, c'est sans doute une femme qui aurait été choisie pour porter le drapeau tricolore au Japon. Une aubaine notamment pour Renaud Lavillenie, déjà candidat en 2016 mais battu par Teddy Riner. "La question ne s'était pas posée, tant Teddy Riner était le candidat idéal, on ne faisait pas le poids face à lui", sourit le perchiste, médaillé d'or en 2012 et argenté à Rio. Je ne sais pas si je suis le grand gagnant, ça on verra quand on connaîtra le résultat."
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Même aujourd'hui, je garde ce regard d'enfant sur ce rôle
Pour tous ces athlètes, figurer parmi les prétendants constitue déjà une forme de récompense puisque ce sont leurs fédérations qui ont proposé leurs noms. Un honneur, donc. Une méthode déjà utilisée en 2016 et qui a une vertu : mettre sur le devant de la scène des sportifs qui, d'eux-mêmes, n'auraient pas forcément entrepris cette démarche. "Non, je n'aurais pas forcément été candidate, avoue la lanceuse de marteau Mélina Robert-Michon, elle aussi représentante de l'athlétisme. Je ne sais pas si je me serais sentie légitime, je suis du genre à penser que pleins d'autres athlètes le méritent plus que moi."
Mis à la réflexion, la vice-championne olympique de Rio trouve qu'elle ferait une belle ambassadrice de l'équipe de France olympique au vu de son histoire personnelle, elle qui va disputer ses... sixièmes Jeux. "Si je suis choisie, ce sera un grand honneur, dit-elle. Je me revois encore à Sydney, pour mes premiers Jeux. J'étais une toute jeune athlète, je regardais David Douillet (le porte-drapeau en 2000, NDLR) avec de grands yeux. Pour moi, il était dans une autre dimension, jamais je n'aurais imaginé à ce moment-là que je pourrais un jour ne serait-ce qu'être candidate. C'est un truc tellement fort. Même aujourd'hui, je garde ce regard d'enfant sur ce rôle. Je me dis qu'il s'est passé beaucoup de choses depuis Sydney. Ce serait un beau clin d'œil par rapport à mon parcours."

Mélina Robert-Michon célèbre sa médaille d'argent au lancer du disque aux Jeux de Rio 2016

Crédit: AFP

Première pour l'athlé depuis Pérec à Atlanta ?

Renaud Lavillenie et Mélina Robert-Michon font partie, avec Florent Manaudou et Clarisse Agbegnenou, des principaux favoris. Aucune règle n'interdit que les deux porte-drapeaux soient issus du même sport. Mais est-ce que ce ne sera pas pour eux un désavantage au moment du vote, lequel sera effectué par des sportifs olympiques, deux par sport au programme des Jeux ?
"Ça peut être un avantage ou un inconvénient, juge le perchiste. Soit on s'attache au sport et on va vouloir de la diversité et, forcément, l'un de nous deux pourrait être pénalisé. Soit on regarde par rapport profil de chacun et tout est possible. Les gens peuvent aussi se dire qu'il n'y a pas eu de représentant de l'athlétisme depuis Marie-Jo Pérec (à Atlanta en 1996) alors qu'on est quand même le sport N°1 des Jeux ! Avec Mélina on a deux candidatures solides mais aussi de sacrés candidats face à nous."
"Contre" Manaudou et Lavillenie, Samir Aït-Saïd (gymnastique), Astier Nicolas (équitation) et Maxime Beaumont (canoë-Kayak). Chez les dames, outre Mélina Robert-Michon, on retrouvera Charline Picon (Voile), Johanne Defay (surf), Maïva Hamadouche (boxe), Kristina Mladenovic (tennis), Clarisse Agbegnenou (judo) et Sandrine Gruda (basket).

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Rester authentique

Picon est la seule ancienne championne olympique. Un argument solide, puisque, depuis un demi-siècle, Jackson Richardson, à Athènes, est le seul porte-drapeau qui ne s'était pas couvert d'or. Malgré tout, Clarisse Agbegnenou y croit. Ce rôle, elle le veut et, de toutes les candidates, elle est peut-être celle qui affiche le plus fermement sa détermination : "J'attends ça depuis presque cinq ans. La cérémonie d'ouverture des Jeux de Rio reste un moment tellement fort. La démarche vient vraiment de moi, j'ai été candidate à la candidature auprès de ma fédération. J'avais été porte-drapeau aux Jeux européens et ce rôle m'avait pris aux tripes."
Chaque candidat devra établir une profession de foi, en exposant, sinon un programme (ils exècrent tous ce terme), la force de leur engagement. Sandrine Gruda entend ainsi mettre en avant son vécu... loin de la France. "J'ai passé 14 ans à l'étranger et je pense que nous, les expatriés, nous avons une très grande fierté d'être français, nous explique-t-elle. On a une conscience des valeurs de notre pays, on sait ce que ça représente, la force de cette culture. J'ai passé 14 années à en parler avec des Turcs, des Italiens, des Russes, des Américains. Être porte-drapeau, c'est aussi une forme de rayonnement à l'international. Rien que d'en parler, ça me donne la chair de poule."
Tous sont en tout cas d'accord sur une chose : quel que soit le choix, le binôme retenu fera honneur à ce rôle. Et si tous espèrent évidemment être choisis, ils veulent l'être pour de bonnes raisons, à l'image de Clarisse Agbegnenou : "J'aimerais que les gens votent pour ce que je suis. Je serai authentique dans ma démarche, on adhère ou on n'adhère pas mais je ne changerai pas." Rendez-vous début juillet pour le verdict.

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