Cinq ans après Teddy Riner à Rio, c'est au tour du duo Clarisse Agbegnenou-Samir Aït Saïd d'être porte-drapeau de l'équipe de France lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Tokyo (23 juillet-8 août). Pour la judokate, quintuple championne du monde, il ne lui manque que l'or olympique (elle combattra mardi en -63 kg) - cinq ans après l'argent de Rio - pour s'imposer, à 28 ans, comme la Française au palmarès le plus prestigieux de l'histoire de sa discipline.
Réanimée dès sa venue au monde avec son jumeau Aurélien, elle a passé ses quatre premières semaines en couveuse, alimentée par perfusion. Puis une malformation rénale a nécessité une opération "alors qu'elle ne pesait que deux kilos", raconte sa mère Pauline Agbegnenou dans L'Équipe. "Et elle est tombée dans le coma. Elle y est restée durant sept à huit jours", a-t-elle ajouté. "Lorsqu'elle s'est réveillée, dans une grande inspiration, je me souviens que le médecin a dit que ma fille était une battante", poursuit-elle. Sa gnaque, celle qu'on surnomme "Gnougnou" explique la devoir aussi à son enfance au milieu de ses trois frères passée en région parisienne. "Ça ne peut que te forger. T'es la seule fille, t'as pas le choix : il faut leur faire la guerre, sinon tu te fais bouffer !", lance-t-elle.
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Un titre mondial dès 21 ans

Dirigée vers le judo à neuf ans pour canaliser son énergie débordante, la jeune Clarisse y trouve sa voie. À quatorze, elle quitte le foyer familial pour le pôle France d'Orléans. Puis trois ans plus tard, en 2009, elle rejoint l'Insep, la pépinière à champions du sport français. Aux Mondiaux 2010 et 2011, ses deux premières sélections internationales senior tournent court. La troisième, en 2012, est la bonne : elle obtient du bronze européen avant ses vingt ans, puis de l'or européen et de l'argent mondial l'année suivante. Et son premier or mondial en 2014, à 21 ans, comme elle l'ambitionnait haut et fort : "Franchement et sans avoir le melon, je ne me vois pas ne pas être championne du monde cette année".

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Puis la suite a prouvé tout le talent qu'elle avait déjà démontré. Un obstacle a toutefois fait vaciller sa trajectoire si maîtrisée : l'irruption du Covid-19 et le report consécutif des JO. "J'étais vraiment anéantie. J'en ai beaucoup pleuré", avoue-t-elle. "Une année de plus, c'est très long", répète-t-elle. Mais sa quête d'or olympique la tient en haleine.

Samir Aït-Saïd (France) aux Mondiaux 2019

Crédit: Eurosport

Samir Aït Saïd s'est également construit dans le combat. "C'est un combattant, il ira faire du combat dans des 'cages'" de MMA, lâche même son entraîneur. A 31 ans, le porte-drapeau de l'équipe de France aux JO de Tokyo est un gymnaste hors cadre, pratiquant aussi des sports de combat, à l'image d'une carrière forgée dans l'adversité. Car ce rôle de porte-drapeau lui permettra d'effacer les précédentes olympiades : sa jambe brisée en équerre, double fracture tibia péroné, devant les yeux du monde entier, lors d'une réception d'un saut en qualifications.
La vie, c'est les montagnes russes
Quatre ans plus tôt, il n'avait pas pu participer aux Jeux de Londres en raison d'une blessure déjà. "La vie, c'est les montagnes russes", a-t-il coutume de dire, en regardant les dernières années de sa carrière. "Porte-drapeau, c'est magnifique mais je veux aller là-bas pour être champion olympique", prend-il bien soin de préciser. L'objectif, c'est LA médaille olympique. "C'est un 'niaqueur'", décrit à l'AFP son entraîneur depuis 2015 Rodolphe Bouché. Avec toute une équipe, il l'a remis sur ses deux pieds un peu plus d'un an après sa fracture à la jambe, à coup d'entraînements sur le sable, de steps dans les escaliers, tout cela assorti d'une diète.

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Pour le gymnaste, la période prend l'allure d'une "descente aux enfers". Il perd son père, sa mère est victime d'un accident, et il se retrouve "dans le dur financièrement" même s'il décroche son diplôme de kiné. En 2017, il reprend le chemin de la compétition et essuie une déception aux Mondiaux de Montréal, où il finit quatrième à 8 millièmes de la troisième marche du podium. En 2019, aux Mondiaux de Stuttgart (Allemagne), il arrache du bronze et sa qualification pour les Jeux de Tokyo.
Pour Brigitte Henriques, nouvelle patronne du Comité olympique français, "c'est une leçon de vie à lui tout seul". "La volonté est sa grande qualité", en plus de "sa force physique" et son "explosivité", conclut Philippe Carmona, son entraîneur qui le connaît depuis petit.
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