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"Un report des JO de Tokyo pourrait avoir des conséquences négatives sur l'économie française"

"Un report des JO de Tokyo pourrait avoir des conséquences négatives sur l'économie française"
Par AFP

Le 20/03/2020 à 12:00Mis à jour Le 20/03/2020 à 12:04

JEUX OLYMPIQUES 2020 - Le report possible des Jeux olympiques de Tokyo risque d'aggraver la situation de la filière sportive mise au chômage partiel en France par la pandémie au coronavirus, estime Christophe Lepetit, responsable des études économiques au Centre de droit et d'économie du Sport (CDES) de Limoges.

Christophe Lepetit, le report des JO est une hypothèse crédible. Quelle incidence aurait cette décision sur l'économie du sport français ?

Un report pourrait avoir des conséquences négatives. Mais l'annulation pure et simple des JO serait une catastrophe! Le Comité international olympique (CIO) reverse une large partie de ses bénéfices par le biais de différents programmes de solidarité. Or si on décale d'un an, on décale peut-être d'un an les financements de nouveaux programmes. La solidarité peut être menacée. Et ce sera encore pire s'il y a des annulations d'autres événements sportifs.

Que représente la filière sport en France ?

Ce ne sont pas uniquement les grands clubs ou les grands sports. C'est un ensemble d'acteurs qui produisent ou proposent des activités, biens ou spectacles sportifs. Ils pèsent 77 milliards d'euros, selon une étude récente de la BPCE (organe central à la Banque populaire et de la Caisse d'Épargne) et 150 000 emplois. La France compte 16 millions de sportifs licenciés et 35 millions de pratiquants.

" 80% des entreprises seront impactées"

Quelle est la situation de cet ensemble en raison de la pandémie ?

Elle empire chaque jour. Le Conseil social du mouvement sportif (Cosmos/représentant des employeurs) a publié mercredi une enquête selon laquelle la moitié de ses adhérents (...) estime ses pertes entre 10 et 30% pour 2020. L'Union Sport et Cycle (représentant les producteurs) prévoit que 80% des entreprises seront impactées avec des baisses chiffrées de 14 à 20%. C'est lié à l'arrêt brutal de la consommation et des salles de sports.

Quelles mesures faudra-t-il prendre pour aider la filière à se relever ?

Hormis les règles générales, les acteurs devront bénéficier de mesures particulières de relance : baisse du taux de TVA sur certains services sportifs, faciliter la pratique sportive sous toutes ces formes, notamment en entreprises... Il faudra s'appuyer sur des acteurs de la filière (éducateurs...) pour récréer de l'activité sportive. Un ensemble de mesures facilitatrices et vertueuses doivent amener une dynamique positive.

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Que prévoir pour les clubs, dont beaucoup ont mis leurs salariés au chômage partiel ?

On sait les soutiens publics en diminution ces dernières années. Les contrats aidés ont été drastiquement réduits. Dans le cadre d'une relance de l'économie française, il faudra que le gouvernement accepte de se renier en créant des dispositifs d'aides à l'emploi. On peut imaginer un déplafonnement de la taxe Buffet ou celle sur les paris sportifs. On pourrait ainsi faire passer le budget de l'Agence nationale du sport de 400 à 500, 600 millions d'euros. Il faudra un effort collectif. Aujourd'hui, personne n'est capable de dire ce que cela va coûter à l'économie française, ce que cela va coûter au sport français car on ne sait pas si ça va reprendre, quand ça va reprendre et dans quelles conditions cela va reprendre.

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Doit-on profiter de cette crise pour réfléchir sur les calendriers ?

Cette crise a pointé du doigt ce qu'on a tous en tête : la surcharge généralisée des calendriers sportifs. Il faut réfléchir sur une organisation, avec peut-être moins de participants, même si cela voudra dire moins de revenus. En même temps, je ne suis pas certain qu'il faille absolument réduire le nombre de participants en Ligue 1, Ligue 2 ou Top 14. Je sais juste qu'il peut se poser un problème : aujourd'hui un virus, demain peut-être un autre ! Toutefois, on ne peut pas non plus bâtir sur des éléments exceptionnels, imprévisibles et qui se produisent une fois tous les cinquante ans.