Un milliard trois cents millions de Chinois, et nous, et nous, et nous... Telle une piqûre de rappel géante administrée aux 91 000 spectateurs présents dans le Stade National et aux quatre milliards de téléspectateurs estimés pour cette cérémonie d'ouverture, la Chine n'a pas lésiné sur les moyens pour faire étalage de sa superpuissance humaine. Pendant toute l'heure qui a précédé le défilé des 205 délégations, le pays organisateur de ces Jeux de la 29e Olympiade n'a eu de cesse de s'appuyer sur son incroyable réservoir humain pour mettre en scène 28 tableaux animés.
2008 figurants pour un compte à rebours inédit, 2008 autres pour faire une démonstration de taiji, 3000 pour jouer les disciplines de Confucius, 1000 pour reproduire le Stade Olympique en miniature, 897 pour illustrer la civilisation chinoise, 224 pour pousser les vocalises, 56 pour porter le drapeau chinois,... Soit un total ahurissant de 14 000 performeurs, parmi lesquels 9000 militaires. C'est clair, de mémoire d'experts en cérémonie d'ouverture, on n'avait pas vu pareille manifestation de force depuis les Jeux Olympiques de Moscou en 1980. Du temps -pas forcément révolu- où les manifestations d'envergure servaient de caisse de résonance à l'idéologie du Parti.
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12/01/2017 À 19:06
Une démonstration de force humaine
De l'émotion, il y en eut mais à vrai dire, pas tant que cela durant ces soixante minutes de spectacle. Rien à voir, en tout cas, avec la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques d'Athènes qui prenait davantage aux tripes. Si la République Populaire de Chine s'est efforcée de rappeler au monde entier sa précieuse contribution à l'enrichissement de la civilisation mondiale, le grand frisson n'a parcouru les travées que par intermittence. Bien plus ébahis par le gigantisme des tableaux proposés et les moyens technologiques utilisés (comme pour la plate-forme centrale, le manuscrit géant et le globe terrestre) que par son émanation parfois mielleuse et souvent surfaite, les spectateurs se sont éveillés d'un coup d'un seul en fin de programme avec le show proposé par les combattants de taiji. Les Chinois aiment quand ça bouge ? Ça tombe bien car pile poil dans la foulée, il y avait avoir du sport avec l'entrée des délégations, Grèce en tête.
Comme si le public venait d'engloutir subitement une boisson énergisante gavée de caféine, le défilé fut chaleureux, animé et bon enfant. Mais aussi surchauffé car si ce stade olympique autrement appelé "Nid d'Oiseau" est un bijou architectural, c'est également une cuvette qui empêche le vent de s'engouffrer et d'offrir un minimum de fraîcheur aux spectateurs. 30°C et un taux d'humidité qui frise les 80 %. Ce vendredi soir, la concurrence était rude au concours de Tee-Shirt mouillé...
Pendant près de deux heures, spectateurs et figurants pour encadrer les délégations n'ont cessé de bouger, de s'enthousiasmer et d'agiter autant les étoffes distribuées par les organisateurs que les éventails. A l'applaudimètre, c'est évidemment la massive équipe chinoise, le basketteur Yao Ming en tête, qui l'emporta haut la main dans une clameur indescriptible ponctuée de "China ! China ! China !". Comme si les Jeux étaient déjà faits. La Russie, Cuba, la Corée du nord, Taiwan, Hong Kong ainsi que… Roger Federer et Kobe Bryant eurent également droit à un accueil des plus chaleureux. Sans oublier les Etats-Unis même si la projection de l'image de George Bush sur l'écran géant du stade eut le don de provoquer pas mal de sifflets.
Un final jamais vu
Et la France dans tout cela, coincée en 124e position entre les Iles Salomon et la Pologne, selon l'ordre alphabétique mandarin ? Visiblement, le parcours chahuté de la flamme olympique dans les rues de Paris ainsi que les appels au boycott de cette cérémonie nette et sans bavure a laissé quelques traces puisque les applaudissements furent particulièrement timorés. Il n'empêche, Tony Estanguet a tenu son rang comme un grand qu'il est tandis que derrière lui, ça chahutait comme pour une cérémonie de clôture. Mais rien à voir avec les Espagnols et les Italiens qui n'ont pas failli à leur tradition latine en mettant un joyeux foutoir à l'ordre établi.
Puis vint le clou du spectacle. Et quel clou ! Mais avant de l'enfoncer, la Chine offrit une image particulièrement dérangeante d'elle-même. Celle d'un drapeau olympique tenu d'une main de fer par dix militaires. Avant de le hisser aux côtés de celui du pays organisateur. Vous avez dit provocation ? En tout cas, les Tibétains et autres opposants au régime apprécieront. Enfin, c'est Li Ning, triple champion olympique de gymnastique aux J.O. de 1984, qui embrasa une vasque olympique haut perchée après avoir couru, suspendu dans les airs, sur la tranche du toit du Stade National. Du jamais vu. Et dire que ça ne fait que commencer.
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