Son ombre est tellement présente, sa stature est si imposante qu’il est presque impossible d’y couper. En France, n’importe quel judoka empilant les victoires dans sa catégorie se voit, à un moment donné, comparé à Teddy Riner. Cela a été le cas de Clarisse Agbegnenou, la référence mondiale des -63kg. Ça l’est inévitablement encore plus avec Romane Dicko. Elle aussi est une poids lourd, elle aussi a commencé à briller très tôt. Mais le petit jeu des comparaisons convenues et éculées s’arrêtera là.

L'Euro, baptême doré

Loin de prétendre - ni même vouloir, sans doute - être la "Riner au féminin", Romane Dicko cherche avant tout à tracer sa propre route. Et elle y met la manière. "Attention, là, on parle d’une sacrée pépite", souffle Anne-Sophie Mondière à la seule évocation du nom de celle qui, une douzaine d’années après elle, porte à son tour haut les couleurs tricolores en +78kg. Venue au judo sur le tard, après avoir vu Audrey Tcheuméo (-78kg) décrocher l’argent aux JO de Londres en 2012, la native de Clamart n’a pas traîné pour se faire remarquer.
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19/03/2021 À 16:34

Romane Dicko (France) / Championnats d'Europe 2018

Crédit: Getty Images

Sacrée championne de France seniors en 2016, alors qu’elle n’était que cadette et n’avait pas encore obtenu sa ceinture noire, Dicko a participé à ses premiers championnats d’Europe deux années plus tard, à 18 ans. Elle a terminé la journée avec la médaille d’or autour du cou. "On a entendu parler de Romane très tôt, se souvient Anne-Sophie Mondière. Elle a prouvé que sa réputation n’était pas surfaite, car remporter le titre continental lors de sa première apparition à ce niveau, c’est très fort."

"Belle plante" et "grande maturité"

Pour faire éclore son talent aussi précocement, la championne a pu s’appuyer sur des qualités physiques indéniables. "C’est une belle plante, avec un vrai gabarit de lourde, analyse l’ancienne numéro 1 française de la catégorie. Elle est large d’épaules, puissante au niveau du haut du corps, très athlétique. En alliant puissance et vitesse, elle cause de sérieux soucis à ses adversaires qui, pour certaines, n’ont pas des appuis très sûrs."

Romane Dicko (France) contre Iryna Kindzerska (Azerbaïdjan) / 2021 Doha Masters

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Grâce à son explosivité et à sa rapidité d’exécution, la combattante d’1,80m (pour un poids de forme estimé à 98kg) cause donc de sérieux dégâts chez ses adversaires, moins mobiles pour la plupart. Tout ne doit cependant pas être mis au crédit de ce physique hors norme. "Romane a des qualités innées, mais aussi acquises au fil d’un long travail, raconte la triple championne d’Europe (2006, 2007, 2008) et triple médaillée de bronze mondiale (2005 en +78kg, 2005 et 2007 en toutes catégories). Elle sait ce qu’elle veut et fait preuve d’une grande maturité, du haut de ses 21 ans. Et puis, après ce qui lui est arrivé, elle a dû se battre très fort pour revenir au top."

Saison blanche et retour en patronne

Mais que lui est-il arrivé, au juste ? Un énorme coup dur. Deux, en réalité. Alors en pleine bourre, la prodige est coupée dans son élan par une blessure à une épaule. Quelques mois après sa reprise, c’est un genou qui s’est dérobé. Le ligament interne est touché, la saison, terminée. Son année 2019 est quasiment blanche et son objectif, Tokyo, semblait à ce moment s’éloigner inéluctablement.

Grand Prix de Tel-Aviv : Romane Dicko s’impose chez les +78 kg

Crédit: Eurosport

"À force de rater des compétitions, Romane a vu son nom descendre dans le classement olympique, resitue Anne-Sophie Mondière. Les Jeux étaient en train de lui échapper. Mais dès son retour sur les tapis, elle s’est affirmée en patronne et a repris sa marche en avant. Sans appréhension, sans crainte, et avec une détermination incroyable. Si on ne connaît pas son parcours, il est impossible de se douter qu’elle sort d’une longue absence causée par des blessures. Mentalement, elle est très forte."
Sa marge de progression est très importante
Depuis janvier 2020, Romane Dicko est inarrêtable et se pare d’or partout où elle passe, du Grand Slam de Paris à celui de Dicko toujours au-dessus du lot, Posvite en argent, en passant par l’Euro de Prague ou le Masters de Doha. L’étudiante en licence de maths à la Sorbonne en est, avant de combattre en Russie ce vendredi, à 23 victoires de rang. Suffisant pour penser que plus rien ne peut, désormais, la renverser ? Certainement pas. "Elle peut largement améliorer son panel technique et sa prise de garde. Sa marge de progression est très importante," estime son aînée.
Autre élément incitant à la prudence : si la cousine de Teddy Tamgho connaît désormais bien ses adversaires européennes, elle n’a encore jamais croisé la route d’une Japonaise sur le circuit seniors. "Elle manque de repères face à ces combattantes, reconnaît Anne-Sophie Mondière. Or, c’est toujours mieux de les avoir dans les mains, surtout avant de grandes échéances." La prochaine grande échéance, pour la sociétaire du PSG Judo, est fixée au 30 juillet prochain, au Nippon Budokan de Tokyo. Elle y disputera ses premiers JO. Avec, forcément, l'ambition de finir tout en haut.

Romane Dicko lors des championnats d'Europe 2020 à Prague

Crédit: Getty Images

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