Il va falloir faire de la place sur le mur immaculé du gigantesque dojo de l’Insep. Comme le veut la tradition, c’est ici que sont accrochés les portraits des judokas français sacrés champions du monde ou olympiques. Teddy Riner, David Douillet, Clarisse Agbegnenou, Brigitte Deydier, Jean-Luc Rougé… Légendes d’hier ou cadors d’aujourd’hui, ils sont déjà nombreux à surveiller la relève, qui s’échine à longueur de semaine sur les tapis dans l’espoir d’imiter, un jour, ces glorieux modèles. D’ici quelques semaines, une nouvelle tête va apparaître au milieu d’un cadre : celle de Romane Dicko.
C’est une très bonne nouvelle pour le staff tricolore, qui voyait chaque jour défiler avec son lot de désillusions dans le clan féminin. Shirine Boukli (-48 kg), Sarah-Léonie Cysique (-57 kg), Margaux Pinot (-70 kg), Marie-Eve Gahié (-70 kg) et Madeleine Malonga (-78 kg) ont toutes été éliminées prématurément. Amandine Buchard (-52 kg) s’est emparée du bronze, mais elle aspirait à mieux. Manon Deketer (-63 kg) et Julia Tolofua (+78 kg) ont également terminé troisième, et c’était plutôt satisfaisant. Mais il manquait une finale, si possible victorieuse, pour égayer ce tableau un poil trop morose. Dicko s’est chargée d’accomplir cette mission. Avec brio.
Mondiaux 2022
"On est passés à côté sur beaucoup de catégories" : Bilan mitigé pour les Bleus à un an des JO
13/10/2022 À 17:08

Le sourire de Romane Dicko, championne du monde en +78 kg | 12/10/2022

Crédit: Getty Images

Démarrage prudent et démonstration finale

À vrai dire, pas grand-monde ne doutait de la capacité de la combattante de 23 ans - déjà triple championne d’Europe - de s’offrir l’or dès ses premiers Mondiaux seniors. Elle-même, d’ailleurs, était sûre de son fait. "Je savais que j’en étais capable, a-t-elle reconnu en zone mixte à l’issue de la journée. Mais entre le savoir et le faire, c’est autre chose." Et son début de tournoi a d’ailleurs incité à la prudence. Après un premier combat poussif contre la Chinoise Su Xin, la native de Clamart est progressivement montée en puissance, écartant Marit Kamps par waza-ari-awasete-ippon puis sa compatriote Tolofua aux pénalités.
La finale, en revanche, a ressemblé à un récital. Un combat expéditif, puisque Beatriz Souza a été scotchée au sol après à peine une minute. "Elle a fait une finale monstrueuse, elle était intouchable, a soufflé Christophe Massina, responsable de l’équipe de France féminine. Ce mercredi matin, elle a dit à Séverine (Vandenhende, son entraîneure, NDLR) : 'Tu as confiance en moi ? Ce soir, je serai championne du monde.' C’est beau de l’annoncer et de le faire.""Pour la finale, je suis vraiment montée d’un cran et je suis redevenue la Romane de d’habitude", a abondé l’intéressée.

Romane Dicko, ici lors de la finale, est championne du monde en +78 kg | 12/10/2022

Crédit: Getty Images

Réussir à faire ça à son âge, c'est extraordinaire
Il y a trois ans, la pépite du judo français vivait une saison blanche, causée par deux graves blessures. Depuis son retour sur les tapis, elle n’a cessé de confirmer son très gros potentiel et a donc franchi une étape supplémentaire ce mercredi, avec son premier titre planétaire. "Elle est quand même toute jeune, et réussir à faire ça à son âge, c’est extraordinaire", a soufflé Christophe Massina. "Cette première médaille d’or mondiale marque un peu plus le coup dans la course olympique", a pour sa part insisté la sociétaire du PSG Judo, qui ne perd pas de vue son principal objectif.
Même si Akira Sone, la championne olympique en titre, n’était pas du voyage en Ouzbékistan, Dicko a profité de ce rendez-vous pour renforcer son statut de femme à abattre chez les +78kg. À défaut d’être la patronne incontestée de la catégorie, elle en est devenue la reine. La Francilienne n’aime pas être désignée comme étant la "Riner au féminin", et elle a bien raison. Il faut toutefois se rendre à l’évidence : comme le Guadeloupéen, elle a fini ses premiers JO avec du bronze autour du cou. Et comme lui, elle a remporté ses premiers Mondiaux. Reste maintenant à savoir jusqu’où ira ce parallèle très prometteur.

Romane Dicko lors des championnats du monde de Tachkent, mercredi 12 octobre 2022.

Crédit: Getty Images

Mondiaux 2022
Médaille d'argent pour les Bleus : le Japon était trop fort
13/10/2022 À 14:20
Mondiaux 2022
En mode rouleau compresseur, les Bleus filent en finale
13/10/2022 À 10:06