Ce n'était pas un pari mais un défi à la dimension de l'homme. Une quête aux frontières du possible, un Graal que seul le Japonais Nomura a jusqu'à ce jour trouvé sur le chemin de ses exploits, en montant sur la plus haute marche du podium de la catégorie des -60kg à Atlanta en 1996, à Sydney en 2000 et à Athènes en 2004.
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Teddy Riner rêvait d'un tel trait d'union pour entrer dans ce Panthéon et susciter plus que jamais le respect dans son sport, et spécialement au Japon, le pays qui a codifié, inventé le judo. Il rêvait de cette reconnaissance dans le Nippon Budokan, théâtre légendaire des Jeux Olympiques de Tokyo en 1964. Là où un Néerlandais, Anton Geesink, avait dépossédé les Japonais de leurs prorogatives de toujours sur la catégorie reine, celle des lourds, en terrassant le Nippon Akio Kaminaga en finale dans une ambiance de stupéfaction.
Tokyo 2020
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Effacer le mauvais souvenir de 2010

La chute était improbable. Elle était imprévisible mais restait possible. Sacré dix fois champion du monde, couronné deux fois devant l'Olympe, Teddy Riner a tout perdu ou presque ce vendredi 30 juillet 2021, aplati sur un contre du n°1 mondial russe Tamerlan Bashaev en quart de finale dans un Budokan vidé ou presque de son public, qui aurait dû être l'antre de sa gloire ultime, de ses souvenirs les plus forts. Mais cette breloque, il l'apprécie à sa juste valeur. "Dans un palmarès, une médaille de bronze olympique, elle a son poids, elle fait plaisir, a-t-il dit. Surtout que je reviens de très loin. Je n'ai pas l'or, mais je suis très fier de cette médaille. Elle me fait énormément plaisir, et je vais la savourer, parce que ça a été difficile, les blessures, les remises en question, la défaite à Paris (en février 2020, NDLR), ça change beaucoup de choses dans la tête. Honnêtement, je suis revenu à un excellent niveau, physiquement on retrouvait mon meilleur niveau, et c'est juste un peu frustrant de se dire que j'aurais pu être champion olympique aujourd'hui."
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Teddy Riner voulait refermer la page en beauté avec le Japon, solder surtout un vieux malentendu qui déjà, à l'époque, lui avait non pas comme vendredi procuré un sentiment de frustration, d'inachevé, mais un goût amer. Quatre jours après avoir remporté le titre de champion du monde 2010 des +100kg au Budokan, il avait essuyé une défaite polémique au bout de huit minutes de combat en finale des toutes catégories contre le Japonais Daiki Kamikawa. Sur une décision à deux arbitres contre un en sa faveur qu'il avait contestée de façon véhémente. Outré, habité par la conviction de s'être fait voler, le licencié du Levallois Sporting Club - à l'époque - avait fait ce qui ne se fait pas dans les codes du judo : quitter le tatami sans saluer son adversaire.
Par la suite, Teddy Riner n'avait plus disputé de grand championnat au Japon. Alors au cœur d'une série de 154 victoires, il aurait pu juger opportun d'éviter l'impasse sur les Mondiaux de 2019, à Tokyo. Encore en manque en compétition, de repères malgré deux tournois de rentrée fructueux, dans le doute quant à ses sensations après un an et demi de pause, le nouveau sociétaire du PSG Judo avait acté que Tokyo 2020 serait l'heure de sa sortie japonaise par la grande porte, celle des majestueux Torii rouges du pays du Soleil Levant.

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Nouvelle ère

Dans ce monde idéal dans lequel il semblait baigner, sur ce parcours d'indestructible réglé par des apparitions de plus en plus comptées - huit combats seulement en 2019 et cinq à Doha cette année avant Tokyo -, le géant de Pointe-à-Pitre (il mesure 2m03) pouvait même espérer retrouver en finale Hisayoshi Harasawa, en guise d'apothéose. Harasawa, ce Japonais envoyé en mission pour le battre enfin, cinq ans après la finale des Jeux de Rio, et restaurer une fierté écorchée par une montagne de défaites.
Car la carrière de Teddy Riner aura surtout été marquée du sceau nippon, avec pas moins de douze challengers alignés par le pays de Jigoro kano, l'inventeur du l'art martial, depuis ses débuts chez les seniors. Pour des joutes mémorables, des titres inoubliables mais aussi des défaites qui auront forgé un autre pan de l'image du champion antillais. Au rang desquels figurent Yasuyuki Muneta (à Hambourg en 2008), Daiki Kamikawa aux Mondiaux Toutes catégories de 2010 et bien sûr Kokoro Kageura (à Paris en 2020), qui avait stoppé l'invincibilité du Parisien et en même temps révélé ses failles et les défis du temps qui passe. La difficulté de rester au poids, de se motiver, de courir des objectifs de plus en plus espacés.
Dans cette imagerie le mettant souvent en scène contre des représentants japonais, Teddy Riner a aussi eu un Russe pour le contrarier dans ses desseins, au début de sa carrière. Alexander Mikhailin a même amené le duel sur le terrain médiatique, à coups de petites phrases piquantes, mais sans jamais pouvoir le faire tomber. Et c'est finalement cet autre pays à la tradition martiale bien ancrée, la Russie, qui a sonné le glas des ambitions du Français. En créant l'événement sur le tapis doré, Tamerlan Bashaev n'a pas seulement fait descendre Teddy Riner de son piédestal, sans pourtant y prendre place. Il a mis le roi à nu. Car même avec une belle médaille de bronze autour du cou, Bashaev a fini de déposséder le Tricolore de son dernier titre. Et peut-être ouvert une nouvelle ère car pour la première fois depuis son arrivée chez les Seniors en 2007, il n'est plus détenteur d'aucune couronne, qu'elle soit européenne, mondiale ou olympique.

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Le nouveau roi s'appelle Krpalek

Après ses titres en +100kg et en toutes catégories en 2017, Teddy Riner avait décrété la vacance du pouvoir, laissé volontairement la voie libre au Géorgien Guram Tushishvili (2018), au Tchèque Lukas Krpalek (2019) et au Japonais Kokoro Kageura (2021). Il était devenu un faiseur de rois et il ne lui restait qu'à rester le dieu de l'Olympe. Pendant ces trois années, trois nouveaux champions du monde différents s'étaient révélés, et personne n'avait pris ce pouvoir qu'il comptait reprendre. En le saisissant par surprise, cette journée de vendredi lui a ouvert les yeux sur cette nouvelle réalité. Le nouveau roi s'appelle Lukas Krpalek, un roi d'une classe à part puisqu'il s'était paré d'or en -100kg aux Jeux de Rio en 2016.
Peut-être le champion Teddy Riner devra-t-il redorer son blason en participant aux Mondiaux en 2022, 2023 ou 2024 avant sa sortie programmée aux Jeux Olympiques de Paris en 2024. C'est son objectif le plus lointain, mais il n'oublie pas qu'il peut repartir avec de l'or en poche. Samedi, c'est même lui qui pourrait donner le point décisif à l'équipe de France dans le tournoi par équipes. "Je vais faire le taf demain, mais je n'ai qu'une envie, c'est de rentrer à la maison avec la médaille, d'embrasser la famille, les amis, a-t-il avoué. Parce que purée, ça a été cinq ans difficiles."
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