Pour Johann Zarco, chaque saison en MotoGP est comme une nouvelle vie. Le Cannois fut d'abord un brillant rookie, puis un potentiel successeur de Valentino Rossi, aussi une erreur de casting, presque un banni. Il est aujourd'hui dans un cuir qu'il n'échangerait, à coup sûr, contre aucun de ceux qu'il a enfilés jusqu'ici. Le voici au chaud au sein d'une structure où il s'épanouit, et à l'ombre de Fabio Quartararo, dont il est le dauphin au Championnat du monde... où il a tout à gagner.
Le double champion du monde Moto2 n'est plus le chassé. Enfin. Et tant mieux. Depuis qu'il a débarqué en catégorie reine, en 2017, il a parfois pris le vent de face : même avant le divorce au cœur de la saison 2019, KTM ne l'avait pas franchement ménagé. Ceux qui jugeaient son pilotage "dangereux", de manière plus ou moins objective, non plus. L'homme à abattre, celui à qui on ne pardonne rien - et contre lequel on porte réclamation en dépit du fair-play - est aussi français. Mais un peu plus jeune.

La régularité, c'est la clé

Grand Prix d'Allemagne
Quartararo, la positive-attitude : "Pour gagner le championnat, il faut des victoires et des podiums
20/06/2021 À 17:39
Zarco s'est toujours réjoui des succès de Fabio Quartararo. Ce qui ne l'empêche pas de viser le même objectif que son cadet. "Le titre ? Je n'ai pas envie d'oublier ce rêve-là, disait-il à RMC Sport, alors qu'il était en tête du Mondial après les deux premières levées de la saison. Je m'entraîne tout le temps pour ça. Je ne me mets pas la pression, mais je ne me l'interdis pas non plus, c'est certain."
Avec Pramac, la structure satellite de Ducati, le trentenaire a trouvé un environnement plus sain, où l'exigence du résultat est moins forte, et l'horizon dégagé : Zarco dispose d'un contrat jusqu'à l'issue de la saison 2022. Le constructeur italien et le patron de sa section course, Gigi Dall'Igna, accordent beaucoup d'importance à l'expérience du Français, la sensibilité de son pilotage et la qualité de ses retours techniques. C'est l'une des raisons pour lesquelles il a hérité d'une GP21, comme les deux pilotes officiels de la marque, Jack Miller et Francesco Bagnaia.
Performante, la moto italienne est aussi la plus polyvalente. Avec elle, le Cannois a joué le podium sur des circuits très différents (Losail, Le Mans, Mugello, Barcelone) et a décroché quatre places de deuxième, soit autant que sur l'ensemble de ses quatre premières saisons en MotoGP. Dans un championnat plus compétitif et homogène que jamais, la régularité du pilote tricolore est un atout majeur. Et qu'importe s'il n'a toujours pas franchi la ligne d'arrivée en vainqueur.

La pente va s'élever

L'année dernière, Joan Mir (Suzuki) avait enlevé son premier succès lors de l'avant-dernière manche du championnat, ce qui ne l'avait pas empêché d'être titré. "Mir, c'est un super exemple pour ce genre de stratégie, admettait-il après le Grand Prix de Catalogne, dans des propos relayés par nos confrères de Motorsport.com. Mais ce n'est pas ce que nous avons en tête en début de week-end : nous faisons de notre mieux pour être en mesure de gagner, mais je vois qu'il me manque encore un petit quelque chose."

Johann Zarco (Ducati-Pramac) avec le drapeau tricolore lors du Grand Prix de France, le 16 mai 2021

Crédit: Imago

Zarco ne fait pas de ce premier succès en MotoGP une obsession. Mais conserver cette constance risque d'être de plus en plus difficile... et peut-être même insuffisant. À mi-saison, l'équipe d'usine Ducati pourrait finir par creuser l'écart sur Pramac, moins bien armée en moyens financiers et humains. Les perspectives de Marc Marquez, redevenu lui-même quelques tours durant en Catalogne, sont encore incertaines. Touché par le syndrome des loges à Jérez, pénalisé par un cuir défaillant à Barcelone, Quartararo retrouvera une marge plus conforme à sa domination s'il finit par être épargné par la malchance.
"Si ça [la régularité, NDLR] peut me donner l'avantage à la fin de l'année, je serai le premier à être heureux mais nous devons faire attention à Fabio, analysait Zarco. [...] Le plus important est de prendre des points sur lui actuellement, plus que de penser à la victoire." Avant le Grand Prix d'Allemagne, ce week-end, tous les pilotes ont concédé un break (25 points) au prodige niçois. Sauf un. Zarco, lui, a réduit l'écart à 14 unités. À l'affût.
Grand Prix d'Allemagne
Marquez a repris goût à la victoire : "Je ne veux pas en rester là"
20/06/2021 À 15:53
Grand Prix d'Allemagne
Le retour du roi Marquez
20/06/2021 À 12:43