La série de Grands Prix sans victoire de Yamaha devenue plus longue que jamais, un succès de l'un de ses pilotes, dimanche, à Phillip Island, pourrait presque paraître anecdotique. Mais elle ne le serait certainement pas en interne, tant elle soufflerait sur des braises ardentes au bout d'une période noire où Maverick Viñales a tout fait pour allumer le feu. Pas plus tard que jeudi, en Australie, l'Espagnol a mis la pression sur une équipe qui n'en avait vraiment pas besoin. Avec, en toile de fond, l'influence de son coéquipier Valentino Rossi et l'absence d'une direction forte et claire.
Au moins, le pilote de Roses a tout fait pour donner du crédit à son propos, samedi, en s'offrant le deuxième temps en qualification alors que son voisin de box a été renvoyé au septième rang. Il lui faudra, assurément, garder cet avantage en course pour ne pas rendre inaudible un discours déjà fragilisé par les 30 points qui le séparent de l'Italien au championnat. Car depuis des semaines, le prodige espagnol se bat pour avoir la primeur des décisions techniques à prendre, en vue de la fin de saison, et surtout du développement du prototype 2019.
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"Pour Yamaha, c'est difficile parce que nous sommes deux bons pilotes, capables de gagner le championnat, a-t-il confié à nos confrères de Motorsport.com. Ils ont donc deux opinions et ne savent pas quelle voie suivre. Alors je ne sais pas ce qu'ils font. J'essaie de communiquer avec eux car mon intention est de les amener vers mon terrain". Les deux officiels de la firme aux diapasons n'ont ni le même statut, ni le même style. Et c'est tout le problème.

Viñales veut du sur-mesure

Viñales est issu de la talentueuse génération espagnole inspirée par le succès colossal de Marc Marquez (Honda HRC), dont l'ADN a largement été prélevé dans les succès de Casey Stoner avant lui. "Mack" s'est imprégné du style à la mode : freiner tard et fort, flirter avec le sol, casser les virages. S'il est compatible avec une Honda et une Ducati, il semble l'être beaucoup moins avec la M1, alors que les deux victoires inaugurales empochées par l'Espagnol la saison dernière avaient laissé penser le contraire.
Depuis près de 15 ans, Iwata a développé une machine sur mesure pour Rossi, puis pour Jorge Lorenzo, dont la vitesse de passage en courbe était justement l'un des points forts. Si elle entend évidemment corriger son moteur mal-né et son électronique sous-développée, Yamaha n'a visiblement pas pris la décision d'orienter son développement vers son pilote d'avenir, alors que son leader du présent, bientôt 40 ans, candidate encore pour le statut de vice-champion du monde.
La firme japonaise pourra pourtant difficilement le contenter autrement. "Je n'ai pas besoin d'un bras oscillant différent, j'ai besoin d'un feeling différent, donc d'une moto différente, a rappelé "Top Gun" face aux journalistes, jeudi. La moto de cette année ne marche pas pour moi, et nous devons penser à 2019". Yamaha y pense. Assurément. Mais peut-être pas de la même manière. C'est tout ce qui perturbe le pilote de Figueras.

L'Espagnol prêt à tout pour être entendu ?

Choyé par les sponsors depuis qu'il a remporté le CEV, en 2010, alors qu'il n'avait que 15 ans, Viñales n'avait jamais dû partager les décisions. Surtout pas chez Suzuki, où il était l'enfant chéri d'une nouvelle politique de développement des jeunes talents. "Suzuki travaillait pour moi, a-t-il martelé pour Motorsport.com. Je leur disais quelque chose et ils faisaient exactement ce que je leur demandais. Ils avaient conçu une moto pour moi". Le Catalan en est là : il balance, crispe sa direction pour laquelle les comparaisons avec une marque concurrente sont plus insupportables que tout.
"C'est quasiment une faute professionnelle, très peu d'équipes laisseraient cela passer", nous confiait d'ailleurs Hervé Poncharal, patron de l'équipe satellite Tech3. Mais Yamaha n'en fera pas des tonnes, bridée par une série de 26 courses sans victoire et une situation de crise sans gouvernance. Lin Jarvis, directeur général de l'usine, est sous l'emprise de Rossi et des enjeux économiques qui entourent la superstar de Tavullia. Et Massimo Meregalli, directeur de l'équipe, n'a pas beaucoup plus d'influence.
"Evidemment, il faut une hiérarchie, ajoutait le dirigeant français. Dans une équipe indépendante, quand les pilotes partent un peu en vrille, on peut les recadrer. Quand il s'agit de superstars, c'est peut-être un peu plus compliqué. Quand Rossi ou son coéquipier ne sont pas satisfaits, il n'y a pas grand monde capable de les recadrer". Depuis le départ de Masao Furusawa, père de la M1, en 2010, et celui de Masahiko Nakajima, ancien directeur du développement, il n'y a pas grand monde, non plus, pour refaire de la M1 une machine gagnante. Dans un concours de circonstances favorables, elle le redeviendra peut-être dimanche, à Phillip Island, aux mains de Viñales. Et cela n'arrangera probablement rien.
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