Lin Jarvis est dithyrambique à son sujet. C'est normal, en pleine campagne de séduction. Le directeur de Yamaha cherche à convaincre Fabio Quartararo de prolonger son contrat au sein de la firme au diapason malgré un déficit criant de puissance de la M1 par rapport à la Ducati, alors que l'usine Honda cherche une grosse pointure pour seconder - voire mieux - le fragile Marc Marquez l'an prochain.
Jarvis n'y est donc pas allé par quatre chemins, jeudi. Pour lui, le Français est aussi fort que Valentino Rossi, septuple champion du monde en catégorie reine, Jorge Lorenzo, titré trois fois avec Yamaha, Marc Marquez, six fois champion avec Honda, ou encore Casey Stoner, couronné avec Ducati et Honda. Le patron le dit : il est persuadé que l'équipe Yamaha a devant elle quelques belles années avec lui.
Grand Prix de France
Quartararo : "Il nous manque toujours la même chose, je ne peux pas dépasser"
15/05/2022 À 16:26
"Non seulement il a un talent et une vitesse incroyables, mais c'est quelqu'un de très sympa et un personnage vraiment positif pour le championnat, pour notre équipe et notre marque. Il offre un package complet", résume le Britannique, dans une interview à motorsport.com.
"El Diablo" est le champion dont le MotoGP avait effectivement besoin pour tourner la page d'années de Valentino Rossi-dépendance, et s'adresser à un public jeune qui se reconnait totalement en lui. Comme on va pouvoir - enfin ! - le constater ce week-end au Mans au Grand Prix de France, où la foule sera de retour en masse après un huis clos en 2020 et une jauge réduite à 4000 personnes en 2021.
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Quartararo a touché un nouveau public

Observateur averti des paddocks depuis des décennies, Michel Turco abonde dans ce sens. "On va avoir la réponse, dit-il. Pour l'instant, c'est un peu difficile à appréhender après deux années Covid au Grand Prix de France, lors desquelles il n'y a pas eu de public - ou peu - et où il n'y a pas eu de lieu pour mesurer l'engouement. Mais on voit que ça fonctionne sur les réseaux sociaux. Fabio a été beaucoup exposé après son titre mondial dans les médias généralistes, ce qui est bon signe. Il a une très bonne image : il est jeune, sympa, souriant, il aime ce qu'il fait. Il fédère un public assez jeune, contrairement à Zarco qui s'adresse à un public plus mature. C'est juste que Fabio a 23 ans et Johann en a 31."
Et puis, "Fabio parle aux jeunes. Il aime vraiment les enfants, il est très proche d'eux : après la conférence de presse à Jerez, j'ai posté une photo de lui en train de donner sa casquette du podium à un gamin, rappelle Michel Turco. Fabio est aussi très apprécié dans l'équipe Yamaha. Il est profondément gentil avec chacun."
Évidemment, il ne s'agit pas d'opposer le nouveau et l'ancien, mais de les voir comme des pilotes complémentaires et une énorme chance pour la moto tricolore. L'un pilote pour Yamaha, l'autre pour Ducati, ils n'ont pas grand-chose en commun mais se respectent beaucoup. Ils l'ont montré d'ailleurs montré à de nombreuses reprises, comme au Grand Prix de France 2021 en posant tous les deux dans le parc fermé après leur double podium, symbole de meilleur résultat pour Quartararo dans la Sarthe (8e en 2019, 9e en 2020).
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Quartararo salue comme un footballeur, Zarco écoute du Brassens

Fabio Quartararo est jeune, d'accord, mais comment fait-il ? Il a simplement épousé les codes de sa génération et en use comme un petit diable. "Il salue comme un footballeur, il est à fond sur les réseaux sociaux et il publie tout un tas de trucs comme un jeune de son temps, note Michel Turco. Il est aussi un peu dans le clinquant, comme beaucoup de jeunes, alors que Zarco écoute Brassens et joue du piano, de la guitare. Il a un personnage différent."
Mais il ne faut pas avoir peur pour le pilote Ducati Pramac, qui enflammait le public lors de ses années Yamaha Tech 3. Il a son propre public, qui le suit et espère enfin un déclic. Depuis le Grand Prix de France 2017, "Jojo" a en effet signé neuf deuxièmes places, derrière sept vainqueurs différents, et "tout le monde a envie de le voir gagner un Grand Prix", ajoute l'un des journaliste les plus chevronnés du Continental Circus. "C'est aujourd'hui le pilote MotoGP qui compte le plus de podiums sans victoire. Pour résumer, on a deux pilotes Français au top, qui drainent des publics différents. Ils ne se cannibalisent pas et ils élargissent le public."
Bref, tout est en place pour que la fête soit belle, et chacun en prendra plein les yeux avec qui il veut. "C'est la première fois qu'on a un champion du monde MotoGP qui arrive au Grand Prix de France en leader du championnat du monde. Claude Michy a fait exploser les ventes et ça va être blindé ce week-end", se réjouit Michel Turco.
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