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Renouer avec la vie d'avant en pensant à celle d'après : l'impossible défi de Lorenzo

Renouer avec la vie d'avant en pensant à celle d'après : l'impossible défi de Lorenzo

Le 31/10/2019 à 16:08Mis à jour Le 01/11/2019 à 11:03

GRAND PRIX DE MALAISIE – Triple champion du monde, Jorge Lorenzo (Honda HRC) n'est certainement pas redevenu un pilote lambda du jour au lendemain. Mais sa dernière blessure, et toutes les précédentes, ont rendu amer son goût du risque. Et impacté ses résultats.

S'il ne devait y avoir qu'un seul moyen de juger les performances d'un pilote MotoGP, il consisterait à mesurer son rapport au risque. Il conforterait, assurément, le statut de Marc Marquez : l'Espagnol a bâti sa domination sur sa capacité à approcher au plus près, à la fois physiquement et mentalement, ce que tous appellent "la limite". Son coéquipier Jorge Lorenzo, lui, s'en est éloigné ces derniers mois.

En cela, le circuit de Phillip Island, où s'est disputée l'antépénultième manche du championnat du monde, est un excellent révélateur. Le tracé est technique, les conditions climatiques délicates, le défi physique relevé. Iannone y a mené quelques tours au guidon d'une Aprilia ? Viñales y a craqué en fin de course ? Marquez s'y est imposé en patron ? Rien de tout cela ne découle du hasard. Que Lorenzo, dernier classé, ait échoué à 1'06"045 de son coéquipier et à 21"077 du futur pilote Moto2 Hafizh Syahrin (KTM Tech3), non plus.

" Accepter que dans cette discipline, on peut se faire mal"

La seule question de l'opposition de style, entre son pilotage conditionné par ses années de gloire chez Yamaha et une RCV rétive développée par Marquez n'a jamais été une excuse. Il avait lui-même dissipé cette hypothèse avec quelques résultats remarquables obtenus au guidon de la Ducati, l'année dernière. Et Honda a de toute façon répondu à toutes ses exigences, tant pour conforter sa position sur la moto que son ressenti en entrée de courbe.

Jorge Lorenzo (Honda HRC) à la lutte avec Hafizh Syahrin (KTM Tech3) lors du Grand Prix d'Australie 2019

Jorge Lorenzo (Honda HRC) à la lutte avec Hafizh Syahrin (KTM Tech3) lors du Grand Prix d'Australie 2019Getty Images

Lorenzo a pris ses distances avec "la limite" il y a plusieurs mois, contre son gré. Le Majorquin a (logiquement) eu besoin de temps pour se remettre d'une double fracture des vertèbres (T8 et T6), contractée lors d'une lourde chute subie aux essais libres du Grand Prix des Pays-Bas. Il ne s'en est pas encore remis psychologiquement. Il est même possible qu'il ne s'en remette jamais.

Sa chance ? La patience d'Honda

L'Espagnol peut-il se remettre à l'endroit, lui qui est déjà revenu des enfers plusieurs fois ? En 2013, déjà à Assen, il s'était classé cinquième 36 heures après avoir été opéré d'une fracture multiple de la clavicule, avec un bout d'os en balade autour de son artère sous clavière. Mais c'était il y a six ans. Lorenzo était champion du monde en titre. Il a désormais 32 ans. Il a franchement pensé à la retraite. Et il doit désormais retrouver le goût du risque, sur la machine la plus imprévisible du plateau, en sachant pertinemment qu'une nouvelle chute pourrait encore fragiliser son dos, donc le reste de sa vie.

Ces dernières semaines, Honda lui a publiquement réaffirmé sa confiance. Le constructeur n'a rien à perdre – merci Marquez – et beaucoup à gagner : d'éventuels bons résultats décrochés par Lorenzo, à l'avenir, lui conférerait énormément de reconnaissance, alors que les derniers titres amassés par le champion espagnol ont beaucoup plus souvent été assimilés à son seul talent. Il faudrait un miracle. Et il y a peu de chances qu'il se produise lors des deux prochaines manches, en Malaisie et à Valence. Rendez-vous donc en 2020. Si Lorenzo n'a pas renoncé d'ici-là.

Jorge Lorenzo lors des essais libres du Grand Prix d'Australie, le 27 octobre 2019

Jorge Lorenzo lors des essais libres du Grand Prix d'Australie, le 27 octobre 2019Getty Images

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