Le 19 juillet dernier, il ne s'était pas gêné pour interrompre une conférence de presse particulière. Celle qui a suivi la première victoire tricolore en MotoGP. Ce jour-là, Johann Zarco était un Français comme tous les autres : il n'a pu s'empêcher de savourer le succès de Fabio Quartararo (Yamaha Petronas SRT) et, quelque part, de le vivre par procuration.

Au fond, cette fierté patriotique lui a permis d'approcher la place qu'il a toujours rêvé d'occuper. Peut-être même qu'il aurait dû ; il y a deux ans, Zarco était encore un pilote de la structure Tech3, alors équipe satellite de Yamaha. À l'époque, il était un prétendant régulier à la pole et au podium. Ce statut devait servir d'argument à son patron Hervé Poncharal qui, après une collaboration de 20 ans avec la firme aux diapasons, n'espérait qu'une chose : convaincre le géant japonais de lui fournir des machines d'usine, et non des versions antérieures.

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Yamaha n'ayant jamais totalement satisfait sa requête, le dirigeant français s'était alors tourné vers KTM alors que, dans le même temps, Zarco s'était lui aussi engagé avec le constructeur autrichien après avoir espéré hériter du guidon de Valentino Rossi. Un peu moins de deux ans plus tard, Quartararo a gagné, au sein de la nouvelle équipe satellite de la firme japonaise, au guidon d'une moto d'usine, et en ayant la certitude qu'il prendra la place du Docteur. Ironie de l'histoire.

Oui, Zarco est toujours à part

Zarco ne s'est jamais torturé avec la rancœur ou l'amertume. Peut-être parce qu'il n'est pas l'un de ces obsessionnels qui l'entourent, Marquez, Rossi et même Quartararo, tous prédestinés à courir derrière des titres suprêmes. Lui est un double champion du monde Moto2 débarqué en catégorie reine avec un objectif un peu naïf : démontrer sa valeur, prouver que l'on peut associer la science, le recul et l'expérience au talent pour aller chahuter tous les génies nés avec une poignée de gaz dans la main.

80% de chances d'être sacré : Quartararo est sur la voie royale

C'est d'ailleurs tout ce qui l'a amené là : il était le seul convaincu qu'il pouvait performer avec une KTM encore indomptable. Mais ce défi promis à l'échec l'a vite conduit dans une impasse. Ou plutôt un trou de souris. Heureusement, Gigi Dall'Igna a retenu son bagage. La raison ? Le directeur général de Ducati Corse est un admirateur de Jorge Lorenzo.

Le grand manitou italien a toujours considéré l'Espagnol comme le seul capable de rendre ses machines plus polyvalentes. Zarco s'étant toujours inspiré du style de pilotage du triple champion du monde depuis qu'il a débarqué en MotoGP, lui mettre une Ducati dans les mains pouvait lui permettre de finir les grands travaux débutés il y a trois ans, lorsque Lorenzo s'était engagé avec le constructeur de Bologne.

Johann Zarco (Ducati Avintia) lors des essais sur le cicuit de Brno, dans le cadre du Grand Prix de République tchèque 2020

Crédit: Getty Images

Les retours et les analyses du Cannois sont parmi les plus précises du paddock. Donc les plus précieuses. Encore fallait-il convaincre Avintia, l'une des structures dont les machines sont fournies par Ducati, de lui faire une place. Ce n'était pas évident : l'équipe engageait deux pilotes "payants". Le contrat de Karel Abraham a finalement été rompu alors que le Tchèque assurait à l'équipe une somme d'argent mise sur la table par son père, riche homme d'affaires propriétaire du circuit de Brno. Celui-là même où Zarco a enlevé une pole inimaginable, ce samedi. Autre ironie de l'histoire.

Zarco court encore et toujours après une moto d'usine

Le pilote de 30 ans a réussi cette performance au guidon d'une Ducati GP19 vieille d'un an, en partie développée sur la direction donnée par Lorenzo avant d'avoir été mis à la porte. C'est un exploit : jamais un pilote d'une équipe indépendante engageant des Ducati n'avait dominé une qualification sur piste sèche.

Le deuxième protégé de la firme, Jack Miller (Ducati Pramac), s'est classé 14e, juste devant le coéquipier du Français, Tito Rabat. Andrea Dovizioso, triple vice-champion du monde en titre et tête d'affiche du constructeur de Borgo Panigale, a échoué au 18e rang. Preuve qu'il sait encore se démarquer. Mais en sera-t-il récompensé, cette fois ?

"L'objectif est d'avoir une bonne place chez Ducati la saison prochaine", a-t-il admis à DAZN, dans une franchise qui le caractérise. Il part de plus loin : Miller est d'ores et déjà certain d'être promu au sein de l'équipe d'usine la saison prochaine. Sur l'autre machine officielle, Andrea Dovizioso n'a toujours pas prolongé son contrat et Ducati pourrait être tenté de tourner la page. Auteur d'un début de saison encourageant chez Pramac, où il a été mis en couveuse, Francesco Bagnaia a aussi deux arguments de poids. Il est jeune. Et Italien. Mais il s'est fracturé le tibia lors des essais, vendredi, et manquera les deux prochaines courses. Pour Zarco, c'est peut-être maintenant que tout se joue.

Johann Zarco (Ducati Avintia) en pole au Grand Prix de République tchèque 2020

Crédit: Getty Images

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