Jamais Valentino Rossi n'avait été filmé d'aussi loin. Dimanche dernier, au Grand Prix d'Aragon, l'Italien a franchi la ligne d'arrivée au 19e rang et ce n'était une surprise pour personne. C'était pourtant une première. Jamais, au cours d'une gigantesque carrière qu'il a débutée au début du millénaire, le septuple champion du monde ne fut aussi mal classé, à la régulière et sans chute. Aux abords d'une épreuve à domicile - le circuit de Misano se situant à une quinzaine de kilomètres de sa ville d'origine, Tavullia - à quelques semaines d'une retraite officialisée cet été, le Docteur n'exerce plus que par passion. Sans plus aucune prétention.
L'immense star quittera donc son sport sans que ses tout derniers souhaits puissent être exaucés ; seule une jauge de 23.000 personnes par jour sera autorisée à lui faire un avant-dernier adieu - un autre Grand Prix sera disputé sur ce même circuit en octobre. Il rangera cuir, casque et gants sans avoir réalisé son dernier grand rêve. Depuis 2015, année où son dixième titre toutes catégories confondues lui a échappé pour cinq petites unités dans une fin de saison sous très haute tension, son déclin sportif fut constant et peut-être même un peu brutal pour un pilote resté si longtemps sur les hauteurs.

Rossi a assuré la relève

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Il ne lui reste, désormais, plus que cinq épreuves pour tenter de monter une 200e fois sur un podium de la classe reine. Il s'y est vu au mois d'août, en Autriche, lorsqu'il a un temps occupé la 3e place d'une course chamboulée par la pluie avant d'être repris par des pilotes passés par les stands pour chausser les bons pneus. "Finir sur le podium aurait été génial, avait-il confié, souriant, après le Grand Prix. Je roulais bien quand, à deux tours de l’arrivée, j’ai vu que j'étais troisième sur le tableau. Donc au virage suivant je me suis raidi et j'ai un peu manqué la sortie de courbe." Preuve qu'il a quelque peu perdu le fil. Son dernier podium remonte au Grand Prix d'Andalousie 2020, son dernier succès au Grand Prix des Pays-Bas 2017. Une éternité.

Valentino Rossi (Yamaha Petronas SRT) et son demi-frère Luca Marini (Sky VR46 Avintia) au Grand Prix d'Aragon, le 10 septembre 2021

Crédit: Getty Images

"Comme tout le monde, je prends du plaisir en gagnant, expliquait-il récemment auprès du site officiel motogp.com. Malheureusement, pour tout un tas de raisons, je ne suis plus assez fort. Je ne suis plus assez rapide pour disputer le top 5, me battre pour le podium ou une victoire. Le niveau des pilotes ne cesse de s'améliorer. Il faut s'entraîner énormément, et quand on est plus âgé, il faut s'entraîner encore plus. Donc c'est sûr qu'on prend beaucoup moins de plaisir." Le légendaire pilote italien puise maintenant son plaisir chez les autres. Ces dernières années, les jeunes pilotes qu'il a formés au sein de son académie ont pris le relais. Franco Morbidelli, l'un deux, est vice-champion du monde en titre. Francesco Bagnaia, autre poulain de la VR46, est le principal rival de Fabio Quartararo pour le titre mondial cette année.
Le week-end dernier, en Aragon, Rossi avait même tout fait pour "hypnotiser" son ancien élève et le convaincre d'opter pour la bonne monte pneumatique. "Je l'ai vu samedi et lui ai dit : 'C'est le moment pour toi de gagner', a révélé le Docteur en visioconférence. Mais j'ai beaucoup insisté sur les pneus parce qu'il lui arrive parfois de prendre des décisions étranges. Samedi, je lui ai dit qu'il fallait qu'il parte premier, qu'il reste devant toute la course et qu'à la fin, il gagne." La prophétie du jedi. Dimanche, son padawan s'est imposé pour la première fois en MotoGP. La relève est bel et bien là. "Les supporters italiens sont tranquilles pour l'avenir, disait Rossi cet été. Ils pourront suivre le MotoGP même quand je n'y serai plus !" En réalité, il y sera toujours.

2022, c'est encore flou

Le multiple champion du monde devrait être à la tête de sa propre écurie, dès 2022. Car impossible, pour lui, de quitter définitivement un monde qu'il a découvert en 1996. Et impossible, pour le promoteur du championnat, de ne pas continuer à profiter de son image planétaire et infiniment plus puissante que celle d'un Marc Marquez ou d'un Fabio Quartararo. Il n'empêche, tout n'est pas encore très clair : le brouillard autour des sponsors et des fonds qui permettront de faire vivre cette structure n'est pas encore levé.

Valentino Rossi (Yamaha Petronas SRT) au Grand Prix d'Aragon, le 11 septembre 2021

Crédit: Imago

Le géant pétrolier d'Arabie Saoudite Aramco, au cœur du projet, n'a cessé de souffler le chaud et le froid à travers plusieurs intermédiaires. Les interlocuteurs seraient nombreux. Peut-être trop. "Je ne sais pas exactement quelle est la situation avec le Prince, a admis Rossi le week-end dernier. Mais nous allons monter cette équipe en MotoGP. Nous y travaillons très dur."
En parallèle, Valentino Rossi doit également se pencher sur la suite de sa carrière, qu'il devrait étendre au sport automobile. D'abord en Rallye. Et, pourquoi pas, en endurance, puisqu'il n'a jamais caché son souhait de participer un jour aux 24 Heures du Mans. D'ici là, il aura déjà débuté sa nouvelle vie, celle que ses voyages aux quatre coins du monde durant 25 ans lui ont longtemps empêché de s'imaginer. En août dernier, il a annoncé la grossesse de sa compagne Francesca Sofia Novello, mannequin de 27 ans. La réalisation d'un tout autre rêve. L'arrivée d'une tout autre relève.
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