Misano aura toujours une place à part dans la carrière de Fabio Quartararo. C'est ici, sur les bords de l'Adriatique, que le Français a décroché son premier titre de champion du monde il y a onze mois. C'est aussi ici, il y a trois ans (déjà), qu'il a livré son tout premier duel marquant avec celui qui était la référence absolue de la discipline à l'époque.
Dimanche, sur le circuit de Misano, il n'y aura ni célébration pour le titre ni bataille avec Marc Marquez. Si l'on était voyant, on vous annoncerait plutôt une lutte acharnée avec des motos rouges, grises, ou encore blanches et violettes, toutes animées par un moteur Ducati. Ainsi va la saison du meilleur pilote du monde.
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Les machines italiennes sont en nombre (8). Elles sont aussi les références du plateau. Et pas pilotées par des manchots. "Je dirais que nous sommes dans une situation difficile depuis février 2022, analyse Quartararo dans une interview diffusée par le site officiel motogp.com. Les autres constructeurs et pilotes ont fait beaucoup de progrès et nous, nous avons quelque peu stagné. Et ça me rend la vie super difficile."

Les Ducati mènent la vie dure à Quartararo

D'autres tendances n'ont pas vraiment fait les affaires du champion du monde en titre. Le peloton est devenu extrêmement homogène et la course aux innovations aérodynamiques, justement initiée par Ducati, a complètement changé la physionomie des courses. Désormais, les carénages musclés et les ailerons "Pokemon" créent des flux extrêmement perturbants pour les pilotes situés derrière.
Surtout lorsque ceux-ci doivent se démener avec une Yamaha très peu "sociable". "Quand je suis seul, je peux avoir un très bon rythme, assure Quartararo. Mais dès que je suis dans une roue... A l'accélération et dans les lignes droites, nous perdons beaucoup." Voilà pourquoi les chronos de course du Niçois sont souvent très différents des temps métronomiques réalisés aux essais.
"C'est très frustrant de voir que tu es plus rapide que le gars qui est devant, mais que tu ne peux même pas tenter un dépassement, confie El Diablo. Dans ces moments, on se dit : 'ok, essaie d'apprendre et de faire de ton mieux'." Le leader du Mondial a donc opéré un changement radical. Autrefois pilote impulsif au style coulé, il est aujourd'hui un garçon réfléchi au style très agressif.
Passer du tout au tout était une condition impérative pour rester l'homme à battre. Même si la mue est longue et périlleuse. À Assen, elle lui a coûté une chute dont les conséquences ont duré jusqu'au Grand Prix de Grande-Bretagne. "Préparer un dépassement est un cauchemar et je dois prendre beaucoup de risques", admet-il.
Tenter des dépassements bizarres
Mais ils commencent à payer. Lors de la dernière manche, en Autriche, Quartararo a réussi l'une de ses meilleures prestations en catégorie reine. Sur un circuit largement favorable aux Ducati, le Français a fini à une demi-seconde du vainqueur Francesco Bagnaia, dans un Top 5 trusté par les machines italiennes. Une vraie révolution pour lui.
"Elles ont toutes la même gestion de l'accélération et de la puissance, a-t-il analysé au sujet des motos de Bologne, qui peuvent coller jusqu'à 13 km/h à sa Yamaha en ligne droite. Je dois donc avoir un comportement totalement différent par rapport à ces pilotes. Dépasser est complexe et parfois, je ne peux pas trouver la vitesse de passage en courbe que j'ai l'habitude d'avoir quand je suis seul. J'ai donc dû tenter des dépassements bizarres."
Parmi ces manœuvres, auxquelles nous aurions accolé un qualificatif plus flatteur, il y a eu cette tentative osée et payante sur Jack Miller à la chicane. Pour le Français, elle pourrait marquer un avant et un après. "C'est une très bonne expérience pour moi, a-t-il noté. Je pense que cela aidera pour le futur."
À Misano, sur un circuit qu'il apprécie, Quartararo pourrait rencontrer un peu moins de difficultés. Mais le lieu est important, à la fois pour sa quête d'un deuxième titre, aussi pour les essais qui y seront effectués dans la foulée (6 et 7 septembre) durant lesquels il découvrira la version 2023 de sa monture. "Nous avons besoin de plus de puissance et d'accélération", a insisté le Niçois. Sinon, il devra encore s'adapter. Ce qu'il a plutôt bien fait jusqu'ici.

Fabio Quartararo (Yamaha) après le Grand Prix d'Autriche, le 21 août 2022

Crédit: Getty Images

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