On en rêvait ouvertement. Depuis quelques jours, on y croyait secrètement. La perspective d'un doublé français s'était dessinée mais elle restait trouble ; dans la course la plus serrée de l'histoire, où les 15 premiers pilotes se sont tenus en moins de neuf secondes, il fallait que la réussite s'allie. Que les planètes s'alignent. Après avoir chacun traversé des mois de galères et des semaines de doutes, Fabio Quartararo et Johann Zarco ont fait ce qui était inimaginable il y a encore un an et demi, hissant, à Losail, le drapeau tricolore sur les deux premières marches du podium. Une première dans toute l'histoire de la catégorie reine.
Ces deux-là sont décidément indestructibles. La temporalité n'était pas tout à fait la même mais ils sont, tous deux, montés très haut avant de retomber très bas. Il y a moins d'un an, Quartararo s'imposait lors des deux premières courses d'une saison pas comme les autres, s'ouvrant une voie royale vers la couronne. Au fil de désillusions, d'une crise de confiance et de défaillances mécaniques, il avait fini par s'éloigner du Graal, jusqu'à dégringoler au huitième rang du mondial. Des louanges vantant un talent à part, il avait fini par récolter les critiques de ceux qui remettaient en cause sa promotion expresse au sein de l'équipe officielle Yamaha.

Revenus de loin

Grand Prix Doha
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"Les médias m'ont mis beaucoup de pression en me rappelant que j'avais hérité de la moto de Valentino Rossi", a-t-il avoué après son succès. Certains avaient peut-être oublié qu'on ne succédait pas à la légende de ce sport par hasard ou de manière conjoncturelle. "El Diablo" n'avait pas toutes les armes pour devenir champion la saison dernière mais il s'est donné les moyens de rebondir. Encore trop émotif, il a profité de l'intersaison pour travailler avec un psychologue et adoucir un tempérament qui lui a parfois joué des tours en affectant d'autres pans de ses performances.
"À Valence, la moto était catastrophique, mais je disais : 'ça ne va pas, ça ne va pas' sans pointer une faiblesse au freinage ou autre, expliquait-il récemment à Canal+. Mon ingénieur m'a répondu : 'Tu rentres au stand et tu dis simplement que ça ne va pas. Moi, je ne peux rien faire'." Les facultés d'apprentissage du bonhomme sont pourtant hors norme. Ce dimanche, il a remporté le Grand Prix de Doha "en faisant tout l'inverse" de ce qu'il avait fait la semaine précédente, sur ce même circuit. En sept jours, le prodige niçois a appris. Il a compris. Il a gagné.
Zarco, lui, a fait peu ou prou ce qu'il avait fait dimanche dernier. Et il a bien fait. L'aîné des pilotes tricolores court toujours après une première victoire parmi l'élite, après y avoir décroché neuf podiums dont six places de deuxième. Qu'importe. Il est chez Pramac, l'équipe satellite de Ducati, pour rendre la confiance que lui a accordé le constructeur italien. Fin 2019, quelques mois après l'arrêt brutal de sa collaboration avec KTM, Gigi Dall'Igna, le patron de la section course de la firme bolognaise, l'avait repêché alors qu'il était proche de faire ses adieux à la catégorie reine.

L'un avait tout pour succéder à Rossi, l'autre y est parvenu

À deux doigts de prendre la porte, Zarco est repassé par la fenêtre. Sa science du pilotage et la précision de ses observations techniques ont fait de lui l'un des chouchous du grand manitou de Ducati. En deux courses, il a démontré que son talent n'était peut-être pas aussi brut que celui de Jack Miller, Francesco Bagnaia et Jorge Martin, mais qu'il était certainement au moins aussi précieux. Ducati rêvait de trouver le logiciel capable de mettre au point la machine anti-Marquez. Le constructeur de Borgo Panigale l'a trouvé.

Une image historique : Yohann Zarco (2e) et Fabio Quartararo (1er) sur le podium au Qatar

Crédit: Getty Images

"Je continue d'apprendre à connaître cette Ducati, a-t-il assuré après la course. Je dois encore apprendre à mieux contrôler pour me sentir plus à l'aise et disposer de plusieurs solutions durant la course. Si je peux continuer à évoluer sur ce point et profiter du potentiel de cette machine sur d'autres circuits, je pourrais m'amuser." À plusieurs reprises, le double champion du monde Moto2 a évoqué du bout des lèvres son statut de leader du Mondial. Peut-être provisoire. Mais certainement pas anodin. "Il a un rôle différent, a susurré son coéquipier Jorge Martin, qui a longtemps mené la course avant de céder face aux deux Français. Il vise le titre." Preuve que Ducati croit en lui autant qu'en tous ses autres pilotes.
Dans un autre scénario, Yamaha s'en mordrait les doigts : il y a un peu plus de deux ans, alors qu'elle avait encore Zarco dans son giron, la firme aux diapasons s'était abstenue de lui proposer une place au sein de son équipe officielle ou, au moins, un matériel d'usine qui lui aurait permis de jouer les premiers rôles. À l'époque, Valentino Rossi était encore intouchable. En 2021, elle a finalement accordé cette confiance à un autre Français. Tant mieux pour elle. Tant mieux pour Ducati. Et, disons-le, tant mieux pour nous aussi.
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