Frottez-vous les yeux, pincez-vous le bras, jetez un nouveau coup d'oeil au classement du championnat du monde. Non, vous ne rêvez toujours pas. Après les deux premières manches de cette saison 2021, et avant la troisième prévue ce week-end au Portugal, deux Français ont pris les devants. Johann Zarco est aux commandes du Mondial avec quarante points. Fabio Quartararo est son dauphin avec quatre unités de moins. Et tous deux partagent un objectif commun : devenir champion du monde.
L'heure est bien plus aux constats qu'aux conclusions hâtives mais les perspectives n'avaient jamais été aussi belles. Après tout, Zarco comme Quartararo sont là pour ça. Ils ne l'ont jamais caché. Pour s'en approcher, l'un a simplement dû passer par des chemins plus sinueux que ceux de l'autre. "Moi, je n'ai pas envie d'oublier ce rêve-là, confiait l'aîné des pilotes tricolores à RMC Sport, après la double épreuve qatarienne. Je suis premier du championnat, donc pourquoi pas ? Je m'entraîne pour ça. Je ne me mets pas la pression et je ne me l'interdis pas."
Le double champion du monde Moto2 sait d'où il vient, un an et demi après un échec chez KTM qui aurait pu le pousser dehors à tout jamais. Il sait aussi où il est. Chez Pramac, il ne devrait théoriquement pas être le principal candidat de Ducati. Qu'importe : le constructeur italien se satisferait volontiers d'enlever la couronne, que ce soit avec un pilote d'usine ou de son giron. La firme de Bologne, qui cherche désespérément un successeur à Casey Stoner, champion du monde avec la moto rouge en 2007, a mal vécu la domination de Marc Marquez et les échecs répétés d'Andrea Dovizioso, trois fois dauphin de l'Espagnol.
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Une image historique : Yohann Zarco (2e) et Fabio Quartararo (1er) sur le podium au Qatar

Crédit: Getty Images

Zarco a la meilleure arme : sa régularité

C'est l'une des raisons pour lesquelles elle a retenu Johann Zarco. Au-delà de son talent, le Français est reconnu pour la précision de ses retours techniques, son expérience et sa science de la course. C'est là sa plus grande force : lorsqu'il est dans un environnement qui lui convient, le Cannois est un métronome. Bien plus que les deux pilotes d'usine, Miller et Bagnaia, plus habitués à réussir des coups qu'à performer sur la durée. "Si j'arrive à conserver ce rythme pendant de nombreuses courses, voire toutes [...] je m'attends à toujours le prendre de façon aussi légère parce que j'ai compris que ça peut repartir comme c'est venu, a-t-il confié ce jeudi en conférence de presse. Je ne suis donc pas sous pression. Peut-être que ce sera mon point fort, mais on ne saura qu'en fin de saison si j'ai raison ou pas."
En réalité, il le sait pertinemment. Dans une ère où les performances des machines sont plus homogènes que jamais, la régularité est la clé. Même Marc Marquez, pourtant au-dessus de la meute avant sa blessure, avait décroché ses deux derniers titres en misant sur des podiums répétés, quitte à mettre de côté, parfois, son incommensurable désir de succès. Fabio Quartararo ne dira pas le contraire non plus : la saison dernière, aucun pilote n'a décroché plus de succès que lui. Le prodige niçois a pourtant bouclé l'exercice au 8e rang du championnat du monde. "On n'avait pas la moto pour gagner toutes les courses, seulement pour faire 7e ou 8e, avait admis El Diablo à l'AFP avant le début de saison. Et je voulais beaucoup trop en faire. Or, 7e ou 8e, ce sont des points à prendre."

Quartararo ne peut viser que le titre

Le jeune pilote tricolore a retenu la leçon. À Losail, il s'est contenté d'une 5e place lors de la manche inaugurale mais s'est déchaîné la semaine suivante pour gagner, après avoir vu son coéquipier Maverick Viñales s'imposer avec la même machine que lui. Au contraire de son compatriote, Quartararo est là où il faut être pour aspirer à un titre de champion du monde. Et pas uniquement parce qu'il a hérité du guidon du champion le plus titré de la discipline, Valentino Rossi. "L'objectif est de se battre pour cela, assurait-il. La première année, on a fait des podiums. La deuxième, des victoires. Il manque le dernier pas : être champion du monde."

Fabio Quartararo (Yamaha), vainqueur du Grand Prix de Doha 2021

Crédit: Getty Images

La pression n'est évidemment pas la même pour lui mais il a eu la bonne idée de vite la dissiper grâce à un succès bien mérité au Qatar. Parfois trop émotif la saison dernière, comme il l'a lui même concédé à plusieurs reprises, le pilote de 21 ans s'est entouré d'un psychologue pour mieux appréhender les montagnes russes d'une saison dense. Mais pour lui comme pour Zarco, deux inconnues demeurent.
La première concerne Marc Marquez et sa capacité à retrouver le niveau qui était le sien avant sa blessure. S'il y parvient, l'Espagnol sera de nouveau l'homme à battre, même avec un retard de 40 points au Mondial. La deuxième interrogation porte sur les performances des machines, difficiles à jauger sur un tracé aussi particulier que celui de Losail. Ces dernières années, Yamaha comme Ducati, performants au Qatar, ont ensuite rencontré certaines difficultés majeures durant la tournée européenne. Le toboggan de Portimão, qui tranche avec le circuit qatarien, devrait permettre d'en savoir plus sur ce plan. Dès ce week-end.
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