Dans la loterie du début de saison, un numéro est sorti deux fois. Le 23, propriété d'Enea Bastianini, l'épatant leader du Championnat du monde MotoGP après quatre épreuves disputées. Vainqueur à Losail et à Austin, l'Italien émerge enfin. À 24 ans. Après avoir révélé son talent très tôt dans les catégories inférieures et tardé à le confirmer.
En France, beaucoup l'ont découvert en septembre dernier, dans le cadre du Grand Prix de Saint-Marin, lorsqu'il avait privé Fabio Quartararo d'un podium en toute fin de course, alors que le Niçois s'apprêtait à fêter son titre de champion du monde. Ce podium, son premier en catégorie reine, avait récompensé une première saison parmi l'élite studieuse. Et une montée en puissance discrète. Mais réelle.
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Son début d'exercice n'est donc pas tout à fait une anomalie. Même si, aux yeux de Ducati, il pourrait faire tâche. Aligné par la structure privée Gresini Racing, Bastianini dispose d'une machine fournie par le constructeur italien dans sa version 2021. Et c'est une chance. Car la spécification 2022 montée par les pilotes d'usine - Francesco Bagnaia et Jack Miller - est, elle, encore jugée trop agressive.
"Pour moi, les gros progrès viennent de la moto, analysait l'Italien auprès de motogp.com. Elle est plus facile à piloter, l'accélération est plus douce. Je suis plus confiant pour mettre les gaz." Réglée de manière optimale en fin de saison dernière, la GP21 avait permis à Ducati de confisquer le podium du dernier Grand Prix, à Valence. Celle qui fut donc la meilleure machine du sprint final l'est encore sur cette première partie de championnat.

Bastianini a tracé son propre chemin

Mais la firme de Borgo Panigale ne laisse jamais bien longtemps ses machines d'usine en retrait. La GP22 devrait, peu à peu, devenir la référence. Et contraindre Bastianini à rentrer dans le rang ? Pas si vite. "Enea a un style très particulier, confiait récemment Jack Miller. Quand il dépasse, il semble le faire sans effort. Il arrive à laisser la moto bouger et à rester très solide et calme. Et ça fonctionne. Et puis il est tout petit, donc il peut être très rapide en ligne droite. Mais si je savais comment il faisait la différence, je ferais comme lui !"
Si "Bestia" se démarque, c'est avant tout parce que c'est ce qu'il a toujours cherché à faire. Plus jeune, son attrait pour les looks un peu fantaisistes lui avait valu des comparaisons avec Valentino Rossi. Ces dernières années, l'Italie n'a cessé de chercher un successeur à l'idole nationale. Bastianini avait une belle gueule, beaucoup de talent et il est né... à Rimini, à 30 km de Tavullia, ville du "Docteur". Un profil idéal. Un de plus.

Enea Bastianini (Gresini Racing) au Grand Prix des Amériques, le 10 avril 2022

Crédit: Imago

Pourtant, lui est une exception. Au contraire de la plupart des jeunes pilotes émergents de l'autre côté des Alpes, Bastianini a échappé à la VR46 Academy - le centre de formation créé par Rossi - qui avait pourtant tenté de l'enrôler en 2015. Le jeune pilote avait décliné la proposition, par fidélité à Fausto Gresini, l'homme qui lui avait donné sa chance. Ancien pilote, grande figure du paddock, le dirigeant a été emporté par le Covid-19 en février 2021, un an avant la victoire inaugurale de "Bestia".
Je pense qu'il peut avoir un grand avenir
Sacré en Moto2 en 2020, Bastianini a eu la bonne idée de tracer son propre chemin, et de s'épargner la pression subie par tous les produits de la VR46 Academy, Francesco Bagnaia et Franco Morbidelli en tête. De toute façon, lui a toujours idolâtré Casey Stoner, double champion du monde avec Ducati et grand rival de Valentino Rossi en son temps. Et s'il a opté pour le N.23, ce n'est pas parce qu'il estime être à mi-hauteur du Docteur. Simplement un petit hommage à Michael Jordan, après avoir été privé de son fétiche, le 33, par un autre pilote.

Enea Bastianini (Gresini Racing) devant Valentino Rossi (Yamaha SRT) lors du Grand Prix de Styrie, le 8 août 2021

Crédit: Getty Images

"Bastianini n'est pas l'un de nos pilotes, mais il a été très impressionnant à Misano, notait Rossi quelques semaines avant de prendre sa retraite. Très rapide. Tout le week-end, il a roulé comme un diable. Je pense qu'il peut avoir un grand avenir." Plusieurs mois plus tard, force est de constater que le septuple champion du monde avait (encore) vu juste.
"Je le vois comme le leader de Ducati, a confirmé Fabio Quartararo en amont du Grand Prix du Portugal disputé ce week-end, dans des propos relayés par Moto.it. Je pense que c'est lui qui fait la différence, et non la moto." S'il lui faut encore quelques podiums pour devenir un candidat au titre crédible, Bastianini a déjà fait une promesse. S'il est champion, il optera pour la même teinture de cheveux que Valentino Rossi lors de son sacre de 250cc, en 1999. Preuve que la légende italienne finit toujours par inspirer la relève.
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