Si Honda avait voulu sortir de son confort, le constructeur japonais ne s'y serait sûrement pas pris autrement. Imaginez donc : alors que la saison 2020 n'a pas encore débuté - le premier Grand Prix aura lieu ce week-end, à Jérez – la firme ailée a décidé d'offrir le guidon d'Alex Marquez à Pol Espargaro dès 2021… alors qu'elle a recruté le petit frère du champion du monde en fin de saison dernière. Une décision quelque peu farfelue, quoique certainement pas dénuée de sens. Ni d'une gigantesque part de risque.

Saison 2021
Honda lance la saison : Espargaro prendra la place d'Alex Marquez dès 2021
13/07/2020 À 08:23

Depuis des années, le constructeur nippon vit sur les succès du meilleur pilote de sa génération, Marc Marquez, sans forcément s'en accommoder - on y reviendra. Honda ne doit sa "triple couronne" (pilote, constructeur et équipe) qu'à son sextuple champion du monde MotoGP et l'a logiquement récompensé.

En février dernier, quelques semaines après que Yamaha avait officialisé la promotion de Fabio Quartararo dans son équipe d'usine, la firme ailée vantait le nouveau bail de quatre saisons signé par l'Espagnol, consentant un effort rarissime en catégorie reine. Et peut-être inédit : ces dernières semaines, chacun y est allé de son petit pronostic sur les montants mis enjeux. Et beaucoup ont estimé qu'il s'agissait du plus gros contrat de l'histoire.

Inverser le rapport de force

Avant cela, Honda avait aussi accordé un pouvoir de décision à son leader, en remplaçant le retraité Jorge Lorenzo (qui a repris du service depuis) par son jeune frère Alex. Souvent interrogé à ce sujet, Marc Marquez a toujours nié bénéficier d'un tel poids dans les choix de l'équipe. On est en droit de le croire, on peut aussi en douter.

Alex et son frère, Marc Marquez

Crédit: Getty Images

La manoeuvre effectuée, à savoir la rétrogradation de son frère cadet au sein de la structure satellite LCR couplée au recrutement de Pol Espargaro, laisse en effet penser qu'un rapport de force entre le champion en titre et son équipe a bel et bien existé. Et que le constructeur japonais tente de l'inverser. Au fond, tout cela n'aurait rien d'étonnant.

Ces dernières années, la marque à l'aile n'a pas toujours apprécié que son pilote cristallise toute la reconnaissance. Sa machine, la RCV, est jugée rétive et indomptable par quiconque ne s'appelle pas Marc Marquez. En 2019, ses autres pilotes d'usine, Lorenzo et Cal Crutchlow, ont décroché à eux deux moins de points que Jack Miller, troisième élément chez Ducati. Alors, pour des questions de marketing et d'image, Honda cherche à accroître sa part de responsabilité dans ses succès.

Espargaro, un affront ?

Dans cette quête, le constructeur a l'avantage d'avoir placé Alberto Puig à la tête de son écurie. L'ancien pilote n'est pas un sentimental et ne jure que par les résultats. L'actuel leader du projet KTM n'a pas été choisi au hasard : il y a quelques mois, Puig avouait à DAZN que l'Espagnol l'avait "toujours plu" et qu'il le pensait capable de "rouler avec Honda".

Sur le fond, il n'a certainement pas tort. Le style de pilotage d'Espargaro lui permet d'obtenir des résultats qu'aucun autre n'est capable de décrocher au guidon du prototype KTM, lui aussi particulièrement agressif. Mais ce n'est pas tout. Le pilote de Granollers est aussi un rival historique de Marc Marquez. Ces deux-là étaient concurrents en minimotos, au tout début du siècle, et le sont restés jusqu'en Moto2, où ils se sont disputés la couronne en 2012.

Bien sûr, il n'est pas question ici d'interpréter de manière excessive les choix d'Honda. Mais il n'est pas inimaginable que le champion catalan perçoive le remplacement de son frère par l'un de ses meilleurs ennemis comme un affront. Et que le contrat en or massif qu'il a paraphé il y a quelques mois n'ait plus tout à fait la même valeur à ses yeux.

Marc Marquez (Honda HRC) lors des essais de pré-saison à Sepang, le 9 février 2020

Crédit: Getty Images

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