Marie Wattel a été sacrée championne d'Europe du 100 m papillon, ex aequo avec la Grecque Anna Ntoutounaki, mardi à Budapest. Wattel, bientôt 24 ans, et Ntountounaki se sont imposées en 57"37, devant la Suédoise Louise Hansson (57.56). La nageuse française, une des cinq Tricolores à avoir déjà son billet pour Tokyo en poche, sur 100 m papillon et sur 100 m, n'était encore jamais montée sur un podium international en individuel.
Il s'agit de la deuxième médaille de la semaine pour l'équipe de France, et pour Wattel, après le bronze obtenu par le relais 4x100 m féminin lundi. En individuel toujours, elle a vécu ses deux premières finales mondiales - et seules pour l'instant - en 2019 à Gwangju (Corée du Sud). Dans le bassin de Budapest, elle ne prenait le départ que de sa deuxième finale continentale, après celle du 100 m en 2018. La sprinteuse, qui s'entraîne depuis l'automne 2016 à Loughborough, en Angleterre, avait nagé le deuxième temps des séries (57"69) comme des demi-finales lundi (57"48).
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Longtemps, elle a douté. Souvent aussi, elle a pleuré. Mais mardi soir, c'est une nouvelle Marie Wattel, forte d'une certaine sérénité dans ses réponses aux journalistes, les yeux embués mais sans plus quand la Marseillaise a résonné en son honneur, qui s'est distinguée. "J'ai franchi des étapes, confirme-t-elle. J'étais en finale des Championnats d'Europe et, derrière le plot, je ne pensais qu'à gagner. Je n'avais pas peur de finir quatrième, j'avais juste envie de gagner. C'est un gros cap." "Pour être tout à fait honnête, je finis première ex aequo et ça me fait un peu ch... !", avoue Wattel, sésame olympique en poche depuis fin mars, sur 100 m papillon et 100 m. "Ça veut bien dire que je commence à être vraiment une compétitrice."
A quoi attribue-t-elle son nouvel état d'esprit conquérant?

"Rage"

"Au fait d'avoir beaucoup échoué. Ça m'a donné cette rage, répond-elle. Il y a cinq ans, je finis quinzième aux Championnats d'Europe. Je me rappelle comment j'avais eu mal au coeur. Aujourd'hui, c'est ça que je ressens dans les quinze derniers mètres: de la rage !" Pour mesurer le chemin parcouru par la sprinteuse annécienne, il faut remonter le temps. Jusqu'à ses JO-2016 sans relief, traversés furtivement à 19 ans seulement, et sa décision qui a suivi de s'exiler à Loughborough, au coeur de l'Angleterre, à l'automne 2016. Elle s'y entraîne depuis sous la houlette du Britannique Ian Hulme. Ça n'a pas payé immédiatement: en 2017, elle a échoué à se qualifier pour les Mondiaux de Budapest, déjà.
Mais saison après saison ensuite, elle a progressivement pris de l'épaisseur, jusqu'à s'affirmer au meilleur moment, à portée des Jeux de Tokyo. D'abord une finale individuelle européenne à l'été 2018 à Glasgow (7e du 100 m). Ensuite deux premières finales mondiales un an plus tard à Gwangju (Corée du Sud), sur 100 m papillon (7e) et 50 m papillon (5e). Et, pour celle qui était jusque-là paralysée par le stress dans les grands événements, "l'impression de changer de dimension".
"Les filles que je croyais inaccessibles hier ne sont pas si loin aujourd'hui, ça me permet de me rendre compte de mon potentiel et de gagner en confiance", apprécie-t-elle à l'époque, son record personnel tout juste porté à 57 secondes pile. Enfin il faut ajouter la précieuse expérience tirée l'automne dernier de ses six semaines de courses effrénées et de voisinage avec certaines des meilleures nageuses mondiales en ISL, la ligue privée née en 2019.
Au bout du compte, "aujourd'hui je n'étais pas la plus forte, mais je suis celle qui a le mieux géré la finale", résume Wattel, deuxième temps des séries et des demi-finales lundi. Si elle se "souhaite vraiment d'aller chercher les 56 sec à Tokyo", "gagner, ça marque les esprits", retient-elle. "Le truc, c'est de montrer aux autres filles qu'on peut toucher devant." Pour l'instant, ses 57"37 nagées mardi soir lui valent le huitième chrono mondial de la saison, et les cinq premiers sont sous les 57 secondes. Wattel en a bien conscience: "Il me reste du travail" mais "je suis positive pour la suite", insiste-t-elle.
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