Mail de Robert Bowman. Léon Marchand n'en est pas revenu. A la fin de l'été 2020, le jeune Français a pris sa décision : à 18 ans, il veut partir aux Etats-Unis pour coupler ses études et la natation. "Je me suis rendu compte qu'en France, c'était assez compliqué de faire des études et du sport de haut niveau, a-t-il confié à l'AFP. Et puis j'avais envie de voir autre chose que la culture française. Et surtout d'aller vers les meilleurs."
Le voilà donc qui bombarde de courriers électroniques les principales universités américaines. Après avoir rêvé de Berkeley ou de Stanford, les deux grandes rivales de la région de San Francisco, la crainte de ne pas obtenir de bourse lui impose de changer ses plans. Il écrit notamment à Arizona State, la fac où œuvre un certain Bob Bowman, entraîneur légendaire de la natation mondiale, dont Michael Phelps fut le protégé.
La réponse est arrivée beaucoup, beaucoup plus vite qu'il ne l'avait imaginée, et elle émanait de l'intéressé lui-même ! "Normalement, ce sont les assistants qui répondent aux mails, et genre quinze minutes après, Bob m'a répondu. J'ai vu 'Robert Bowman', et j'ai dit 'Mais c'est lui, ça ?' C'était assez fou. Surtout qu'il disait qu'il était hyper intéressé, qu'il avait regardé mes courses, qu'il avait envie que je vienne en fait. C'était une bonne soirée ! C'était vachement surprenant. Vraiment, le soir où j'ai reçu ça, je me suis dit : 'Ah oui quand même !'."
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08/07/2022 À 15:00
Je suis arrivé, j'étais choqué
C'était un choix fort, mais pas sans risques. La méthode américaine, et celle de Bowman en particulier, ne convient pas à tout le monde. Après son triomphe olympique à Londres en 2012, Yannick Agnel avait lui aussi rejoint l'entraîneur de Michael Phelps aux Etats-Unis avant de rentrer au bout d'une année. "Pour résumer, j'étais sur un kilométrage bien plus faible et beaucoup de travail technique à Nice, avait alors expliqué Agnel. Là-bas, c'était tout le contraire. J'ai passé dix ans à Nice, ce n'est pas en dix-huit mois que j'aurais pu m'adapter à un programme comme ça."
Agnel était à Baltimore, Marchand dans l'Arizona, mais le style Bowman n'a pas changé. Et le jeune Toulousain l'admet, il a été surpris, lui aussi, même s'il y était mieux préparé. "Bowman est réputé pour faire nager beaucoup, comme le TOEC (le club de Toulouse, NDLR) où j'étais depuis tout petit, relève-t-il. Je suis habitué. Après, aux États-Unis, les nageurs sont toujours à fond, alors que moi, j'avais mon petit échauffement tranquille. Je suis arrivé, j'étais choqué".
Mais passée la période d'adaptation, dans les bassins comme en dehors, il n'a pas regretté son choix. Le Français ne partait pas de nulle part. L'an passé, à Tokyo, sa 6e place lors de la finale du 400m 4 nages. Pas mal, pour une grande première olympique. Depuis, il a grandi. Au printemps, il s'est octroyé le record de France du 200m 4 nages détenu depuis neuf ans par Jérémy Stravius et a signé la meilleure performance mondiale du 400m 4 nages.

Léon Marchand sous les couleurs d'Arizona State.

Crédit: Getty Images

J'ai envie de créer ma propre voie, je n'ai pas envie de suivre celle de Phelps
Il s'est épaissi, aussi. "J'ai pris un peu de kilos, s'amuse-t-il. Je pense qu'il y a deux choses qui ont fait ça, c'est la muscu et la bouffe. La nourriture est quand même vachement plus grasse là-bas, on mange beaucoup de burgers, de pizzas, c'est comme dans les films ! Mais je pense que je me sens mieux dans l'eau. Je suis plus puissant et j'arrive mieux à finir mes courses, donc au final, c'est bénéfique". Il se sent plus fort, à tous points de vue, et c'est aussi ça, l'effet Bowman : "C'est une chance. C'est un entraîneur qui a un passé énorme, en qui j'ai énormément confiance. Forcément c'est un plus. Disons que je mets toutes les chances de mon côté pour réussir."
A Budapest, le couple franco-américain va vivre sa première grande compétition internationale ensemble à l'occasion des Championnats du monde. Ils le savent, ils seront scrutés. Léon Marchand est présenté comme le "nouveau prodige de Bowman", comme tous les éléments prometteurs qui travaillent avec l'ancien coach de Michael Phelps. Le Toulousain est honoré, mais la comparaison, même s'il la sait inévitable, ne l'emballe pas.
"C'est un extraterrestre, rappelle-t-il. Il a 28 médailles olympiques, dans toutes les courses, c'est un truc de fou. C'est un peu une idole. Et savoir qu'il a travaillé avec un entraîneur que je côtoie, c'est sympa. Mais je n'ai pas envie qu'on me compare tout le temps à Phelps. Je suis très, très loin de lui. Et Bowman n'a pas eu que Phelps, il a eu plein d'autres monstres. Disons que j'ai envie de créer ma propre voie, je n'ai pas envie de suivre celle de Phelps." Mais l'aura du nageur de Baltimore plane et Bowman ne manque pas de s'y référer : Quand Marchand était encore à Toulouse, Bowman lui envoyait des vidéos de séries de Phelps. "Franchement, maintenant je comprends : il faisait des semaines, c'était un truc de fou !", soupire le grand espoir français.

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Comme papa à Perth ?

Pour ses premiers Championnats du monde, il s'alignera sur trois distances : le 200 m quatre nages, le 400 m quatre nages et le 200 m papillon. Pour première médaille mondiale ? Peut-être, qui sait, sur la même distance que son père, Xavier Marchand, argenté sur 200m 4 nages à Perth en 1998 (sa maman, Céline Bonet, était également une nageuse de haut niveau, spécialiste du 4 nages). "Il a nagé extrêmement bien cette année et s'est très bien entraîné. Donc je pense qu'il est confiant qu'il peut faire de bonnes performances là-bas", espère Bob Bowman.
Ce sera un bon test pour le jeune Tricolore, y compris sur sa capacité à appréhender un tel évènement avec de fortes attentes. Comme il sait que ce sera "pire" encore à Paris dans deux ans, il s'est d'ores et déjà adjoint les services d'un préparateur mental. "On a mis pas mal de choses en place pour Paris parce qu'on sait que ça va être le moment où il y aura le plus d'attentes et de pression, confie-t-il. C'est croissant donc j'essaye de m'adapter tous les jours et je pense que je le gère de mieux en mieux. Maintenant, le stress me permet d'aller plus vite."
Paris 2024, c'est la grande ambition et le rêve absolu. Budapest marque le début du chemin pour les deux hommes. "Ce sont les Championnats du monde, concède l'élève. Il y a quand même un gros niveau donc c'est le moment d'être au top. Mais je suis assez relax au niveau des attentes." "On verra jusqu'où il peut aller, mais je pense qu'il peut aller très loin", tranche le maître.

Léon Marchand lors du Grand Prix de San Antonio le 31 mars 2022

Crédit: Getty Images

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