Est-il possible de se satisfaire d’un métal argenté alors que l’or était prévu ? A cette question, Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron ont donné une réponse éclatante ce mardi. Favoris avec leur entrée sur la glace dans la nuit de dimanche à lundi, les deux Français ont finalement décroché l’argent ce mardi derrière leurs rivaux canadiens, Tessa Virtue et Scott Moir.

Quelques jours avant les JO, cette deuxième place aurait pu décevoir les deux danseurs. Mais la compétition est toujours pleine d’imprévus. Et, finalement, au vu des évènements, c’est une vraie fierté qui habitait les patineurs tricolores. Car ce mardi, sur la glace, ils ont répondu en champions comme l’a expliqué Cizeron en conférence de presse : "On est des compétiteurs, évidemment on va toujours chercher la première place. Mais on peut être très fiers de nous aujourd'hui (mardi) et très fiers de cette médaille d'argent".

PyeongChang
Ils ont été éblouissants, mais ça n'a pas été suffisant
20/02/2018 À 04:27

Fiers car ce mardi, face à la pression, ils ont sorti le meilleur programme libre de leur carrière, battant encore au passage leur record du monde du libre (123,25 pts) avant que les Canadiens ne battent celui de la discipline avec une marque à 206,07 points. Cizeron toujours : "On n'a jamais mieux patiné. On approche de la note parfaite. On va ramener avec nous plein de bons souvenirs. Ce sont des expériences comme ça qui rendent plus forts".

Sortir cette performance lors de leur première apparition aux JO n’a rien d’anodin non-plus comme l’a souligné Gabrielle Papadakis : "On est tous les deux très contents de la façon dont on a su rebondir après ce qui s'est passé hier pour offrir une superbe performance. On n'a jamais patiné comme ça avant, le faire pour nos premiers JO, c'est vraiment quelque chose dont on est fier". "C'était la quasi-perfection", a sobrement résume leur entraîneur Romain Haguenauer.

Papadakis-Cizeron

Crédit: Getty Images

En compétition, on passe par des ascenseurs émotionnels incroyables

Fiers, ils peuvent l’être. Mais, pour autant, n’y-a-t-il pas, au fond, une part de frustration ? Car si le titre olympique leur a échappé, ils n’y sont pas pour grand-chose. C’est un élément extérieur, à savoir une accroche de robe qui saute lors de la danse courte, qui a perturbé leur première journée. La mésaventure reste-t-elle en travers de la gorge ? "Il fallait bien évacuer ça, sinon on n'aurait pas pu patiner comme on l'a fait aujourd'hui" détaille Cizeron.

Mais c’est Papadakis qui explique finalement le mieux toute la beauté de ce sport et de ce découpage sur deux jours : "On a l'habitude d'avoir à rebondir parfois. On fait beaucoup de travail mental. On s'est regroupé avec notre coach, on a parlé, on savait qu'il fallait avancer. En compétition, on passe par des ascenseurs émotionnels incroyables". Avant d’ajouter, philosophe : "Ça change à peu près toutes les deux minutes. Il y en a des belles et des moins belles".

Celle-ci est belle. Parce que ce sont les JO. Parce que les circonstances étaient contre eux. Et parce que les deux n’ont rien à regretter. Ils ont pris un pied pas possible sur la glace et ont donné tout ce qui fait la beauté de ce sport aux spectateurs : une grâce folle et de l’émotion. Beaucoup d’émotion.

En l’espace de six minutes, le temps s’est arrêté dans la patinoire de Pyeongchang. D’abord pendant cinq minutes lors de leur récital sur la sonate "Au clair de lune" de Beethoven, simplement sublime. Puis, la musique s’est arrêtée, la foule a applaudi et les deux se sont retrouvés seuls sur la glace. En pleurs, Papadakis a tout lâché. Des larmes qui symbolisaient finalement un peu toutes les émotions par lesquelles les deux sont passés en de début de semaine.

"Ce n'est pas quelque chose que je peux traduire en mots" a-t-elle expliqué après coup. Alors c’est son compère qui a tenté d’expliquer ce qu’ils ont senti sur la glace : "C'est un mélange de plein de choses : le programme qu'on adore patiner, dans lequel on s'est sentis bien. On est ému de ce qu'on a fait. Il y a aussi une part de soulagement, de bonheur…"

Peut-être qu’ils vont nous manquer

Un bonheur dont il faut profiter. Mais pas trop longtemps non plus. Car les choses sérieuses vont vite revenir. A 22 et 23 ans, les deux diamants français ont encore la vie devant eux. Et cela passera par d’autres JO. Sans leurs rivaux canadiens pour gâcher la fête. " On se bat contre des compétiteurs qui ont deux médailles d’or et presque dix ans de plus que nous (Virtue et Moir ont respectivement 28 et 30 ans, ndlr)" a ainsi expliqué la Française sur Europe 1.

Pour autant, cette rivalité va-t-elle leur manquer ? "Pas sûr" avance Cizeron dans un sourire, corrigé immédiatement par son duo dans un sourire : "Mais peut-être". Car c’est aussi ça le patinage. Une discipline que les deux n’ont clairement pas l’intention d’abandonner : "On a toujours eu beaucoup de passion pour notre sport. Ça la renforce" a expliqué Papadakis. Heureusement pour eux. Heureusement pour nous. Heureusement pour le patinage.

Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron.

Crédit: Getty Images

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