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Jade : "Un moment qui restera à jamais gravé dans ma mémoire"

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La photo du sacre

Crédits Eurosport

ParJulien Tissot
22/01/2020 à 17:08 | Mis à jour 22/01/2020 à 17:14
@jetonsethommes

En décembre dernier, au Club Montmartre, lors de l’étape parisienne du festival Road to PSPC, Jade s’est imposée sur le Main Event. Elle a décroché un Platinum Pass, en plus de 45.000 euros qui étaient promis au vainqueur. Entretien.

Peux-tu te présenter ? Comment as-tu découvert le poker ?

Jade, 31 ans, actuellement serveuse en restauration. Je suis d’origine vietnamienne, née dans un camp de réfugiés aux Philippines. Je suis venue en France à l’âge de 2 ans avec mes parents et mon frère aîné. Je fais partie d’une famille nombreuse et modeste, notre enfance n’a pas toujours été facile. Je suis naturellement une battante, je tiens cela de mes parents. Je finis souvent par obtenir ce que je veux, du moins je ne compte pas mes efforts pour parvenir à mes objectifs, et les échecs ne font que me renforcer.

Comme beaucoup, j’ai connu le poker lors de soirée entre amis, vers 2011. Mais je ne me suis pas de suite attachée au jeu, et ce n’est pas vers 2014 que je me suis replongée dedans, de manière plus sérieuse lorsque mon petit ami de l’époque m’emmenait avec lui dans des parties privées ou dans les parties de cash-game live dans les casinos. Depuis, je ne me suis tout simplement plus arrêtée de jouer.

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Comment s'est déroulé ton tournoi ? Qu'as-tu ressenti après cette victoire ?

Ce tournoi (le Road to PSPC Paris, au Club Montmartre fin décembre 2019), figurez-vous que je ne comptais même pas le faire. Je me rappelle que le tournoi débutait à 21h, et le jour-même, un ami qui comptait le faire me proposait de le rejoindre Place de Clichy vers 19h pour dîner et faire le tournoi ensemble. Je n’étais pas très partante, en raison du buy-in de 330 € qui représentait pour moi une somme quand même conséquente. Et finalement, je me suis dit « Allez, c’est le premier gros tournoi qu’il y a à Paris depuis la réouverture du Club Montmartre (c’est un lieu que j’affectionne beaucoup depuis que j’ai déménagé à Paris), ça va être un grand moment dans le poker parisien, tu ne peux pas rater ça ! ». Du coup, j’y suis allée, sans aucune préparation, juste dans le but d’apprécier le moment et de vivre ce premier gros tournoi à Paris. J’avais pour objectif d’aller le plus loin possible, mais la victoire, je n’y avais pas pensé une seule seconde.

Le day 1 s’est passé sans trop d’embûches, je n’avais pas touché beaucoup de gros jeux certes, mais j’arrivais toujours à maintenir mon tapis autour de l’average. Mon but au day 1 était de SURVIVRE, et pour ça, j’avais pour stratégie de jouer low variance et éviter les grosses confrontations qui pouvaient mettre en péril mon tournoi. J’arrive au day 2 avec mon petit tapis, autour des 19 blinds. Mais étant card dead et avec l’augmentation des blinds, je me suis retrouvée shortstack dès le 2ème niveau du day. Je me retrouve donc avec 13 blinds et j’open push Ajo UTG+2. Malheureusement c’est payé par le joueur au BU qui avait Aqo avec … 12 blinds. En toute logique, je perds cette confrontation et je tombe à 1 blind ! La main suivante, je suis UTG et je push ma dernière blind in the dark, et je split face à un autre joueur qui avait la même main que moi (K10o, on a fait quinte tous les deux). Mon tapis est de 3,5 blinds. Je double en BB et monte à 9,5 blinds. Puis je double up encore pour remonter à 19 blinds. Je me suis dit « C’est bon, tu as le stack pour steal/resteal, tu as de le FE, ça tu sais bien faire ! » Et depuis, je ne me suis plus jamais retrouvée shortstack durant le reste du tournoi et j’ai pu aborder la bulle très sereinement.

Sur le day 3, mentalement je me sentais très bien. Ma confiance était au plus haut niveau, sans être dans l’excès et l’impulsivité. Je faisais un bon travail de profiling à chaque fois que je rencontrais de nouveaux joueurs, j’instaurais le rythme que je voulais à ma table, je ne manquais aucun détail sur mes adversaires, le moindre tell physique, le moindre sizing, les timings tells... mon cerveau mémorisait tout. Comme disent les pros, j’étais dans la zone. Et je n’en suis pas sortie une seule seconde jusqu’à atteindre la table finale. Et puisqu’on en parle, quelle table finale ! Je n’aurais jamais cru pouvoir vivre une table finale aussi atypique. Bien sûr, je suis consciente que j’ai eu un énorme run sur cette TF, les bonnes confrontations de jeux etc. Mais lorsque tu élimines un, puis deux, puis trois, puis 4 adversaires à toi toute seule en moins de deux heures, c’est juste une sensation incroyable, un sentiment que tu es intouchable et que personne d’autre que toi peut remporter ce tournoi ! Le plus dur pour moi a été de ne pas penser à la victoire trop tôt, et d’appréhender le scénario dans le cas où je ne le gagnerais pas, malgré mon avantage en jetons. Je suis restée hyper concentrée, mais dans ma tête c’était la win, et rien d’autre.

J’ai abordé le HU contre Aimeric Camporesi de manière plutôt sereine, même si son stack était devenu plus important que le mien. Je sais que c’est un très bon joueur, parmi les meilleurs même de cette table finale, et c’était une fierté et un honneur pour moi de l’avoir en HU. Mais j’avais toutes mes chances. Et mes dieux de poker ont bien fait leur job puisque la 1ère main du HU s’est soldé par une flush over flush. C’était juste incroyable, presque irréel ! « Mais qu’est-ce qui est en train de se passer ?! Je n’y crois pas ! » hurlais-je intérieurement. Mais ce n’était pas fini, il fallait que je porte le coup final à mon adversaire pour toucher cette victoire.

La 2ème main du HU, j’ouvre KQo. Je savais que j’allais partir à tapis s’il a une main. « Tapis, payé ! » Il a A2s. Le 60/40 d’une vie ! Et tout de suite une Q au flop mais c’est incroyable, une turn qui donne un peu des frissons parce qu’il joue une gutshot en plus, que la river ne lui a pas apporté fort heureusement.

Je n’oublierai jamais tout le bonheur que j’ai ressenti à ce moment-là, c’était un rêve. Tous mes amis étaient derrière moi dans le rail, on criait notre joie, on pleurait en se prenant dans les bras, eh oui, c’est ça aussi le poker, beaucoup d’émotions, et une fois que toute cette tension, tout ce stress s’est relâché, ce sont juste des larmes de bonheur qui coulent sur les joues. Je l’ai fait, je l’ai remporté, je ramène le pique à la maison, les 45 000 euros et le Platinum Pass pour le PSPC à Barcelone. C’est juste énorme, un moment qui restera à jamais gravé dans ta mémoire, et j’espère pouvoir vivre encore pleins de moments comme cela par la suite.

Tu fais partie d'un club associatif, la Darshan Team; Peux-tu nous en parler ?

J’ai connu la Darshan Team en février 2019. En venant à Paris, j’avais l’impression d’avoir perdu tous mes repères (ma famille, mes amis …), avec un grand sentiment de vide au niveau du poker. Mais ça, c’était avant d’avoir mis pour la première fois mes pieds au Cercle Clichy Montmartre et avant rencontré la Darshan Team ! Je ressentais ce besoin de m’entourer de gens qui partageaient la même passion du poker que moi. Tu rencontres bien évidemment beaucoup de joueurs dans les cercles et casinos, mais ça reste un univers dans lequel on se rencontre par confrontations dans le jeu. Ce n’est pas très propice au partage et à l’échange d’un point de vue technique et social. C’est ainsi que j’ai commencé à chercher sur internet où je pouvais jouer en association à Paris et alentours. Mes critères étaient convivialité et bonne ambiance, respect, échanges autour du poker, discussions stratégiques et techniques autour du jeu, compétitivité (malgré le manque d’enjeu). J’étais persuadée qu’un tel environnement de pratique du poker pouvait m’aider à rencontrer des gens sympas et à progresser dans mon jeu. Et je ne me suis pas trompée en choisissant la Darshan Team.

C’est une association de poker située dans le 17ème arrondissement de Paris. On se retrouve tous les samedis de 11h à 18h dans une brasserie à côté de la Porte Maillot, et on y pratique le poker sous différents formats. Le cash-game (en play money), le MTT full-ring, le MTT 6-Max, les SnG, les formats deepstack et les formats turbo, principalement en NLHE, mais on fait également du PLO, du HORSE (on est un des rares clubs à pratiquer les variantes !), et on s’amuse même sur le format Caesar Cup (en binôme) ou encore en MTT show-one ! En termes d’adhérents, c’est une association qui compte actuellement une cinquantaine de membres dont 30 % de femmes (contre généralement 10 % à 15 % dans les autres clubs) ! Nous avons tous les profils, du jeune étudiant débutant au cinquantenaire expérimenté, et c’est ça qui fait la richesse de notre club – et du poker en général.

En dehors des parties hebdomadaires que je viens de citer, nous participons également à des compétitions inter-clubs, comme le CNEC (le Championnat National par Equipes des Clubs), le CNIC (championnat online des clubs) et qui permet chaque année, de voir le meilleur club de poker de France remporter une victoire à l’échelle nationale.

Quels sont tes joueurs ou joueuses fétiches ?

Vanessa Selbst. On va dire que je la cite parce que je suis femme, mais c’est vrai, en tant que joueuse féminine, à mes débuts, je me suis beaucoup inspirée d’elle et d’autres joueuses sur le circuit (Jennifer Harmann, Liv Boeree, Vicky Coren …). Je trouve cette joueuse juste exceptionnelle, tant au niveau de ses compétences techniques au poker que de son charisme à une table. Elle n’a peur de rien, n’a pas froid aux yeux face à ses adversaires, et elle montre une telle confiance en elle et une solidité mentale à toute épreuve, on ne peut que s’en inspirer. J’admire énormément Davidi Kitai. Le génie. Il n’y a pas d’autres mots. J’aimerais avoir sa capacité de lire en ses adversaires comme dans un livre ouvert. J’adore ses tanks interminables quand il prend en compte tous les paramètres avant chaque prise de décision. Et j’adore son accent belge.

Comment vas-tu aborder le tournoi PSPC à Barcelone ? As-tu déjà réfléchi à une stratégie ?

J’avoue que je ne me suis pas trop penchée sur la question encore. J’‘aimerais travailler encore et encore mon jeu ça c’est certain, mais je ne sais pas encore comment je vais m’y prendre. Pour le moment, je visionne un maximum de contenus que je peux trouver en ligne. Je pense que c’est déjà un bon début. Et je vais continuer à partager avec les joueurs qui m’entourent, parce que pour moi, il n’y a rien de mieux pour progresser que discuter avec d’autres joueurs des mains où l’on a rencontré des difficultés. J’ai ce côté (je ne sais pas si c’est une qualité ou un défaut, sans doute les deux) de me remettre toujours en question, que je perde ou que je gagne un coup. Pourquoi j’ai perdu ce coup ? Comment le jouer autrement ? Comment j’aurais pu perdre moins ? Comment j’aurais pu gagner plus ? Il arrive qu’avec le club Darshan, on s’envoie plus de 500 messages dans une seule conversation pour débattre d’une seule main. Et je trouve ça fantastique, il n’y a rien de mieux pour progresser que d’échanger.

Je vais, je pense, aborder une stratégie de tournoi classique comme je sais faire. Survivre dans le tournoi, monter des jetons pour bien aborder le tournoi jusqu’à la bulle etc. Le plus dur, je pense, c’est de contrôler l’aspect mental, et je vais beaucoup travailler là-dessus. Ce n’est pas tous les jours qu’on fait un tournoi de 25 000 dollars !

As-tu envie de jouer davantage en Live ?

Pour moi, le poker, ça a toujours été le live qui prime. J’aime le métagame, cette adrénaline, qu’il y a dans les parties live quand tu as l’adversaire en face de toi et quand tu touches des jetons réels. Donc pour moi, ça a toujours été le poker live qui prédomine. Dès que j’en ai l’occasion, je vais jouer en cash-game live. Ce qui va changer un peu maintenant, c’est que je vais plus de tournois. Mais je ne vais pas m’enflammer. Je vais rester dans les tournois low et middle buy-in, entre 100 € et 1000€. Le but étant d’acquérir le plus d’expérience de tournois live possible (sans se broke évidemment haha). Je n’ai jamais été quelqu’un qui apprend bien, de manière théorique (d’où mon parcours scolaire chaotique). J’ai toujours appris « sur le tas », que ce soit au poker ou dans mon métier.

Les prochaines étapes Road to PSPC

Road to PSPC : St Amand – 11- 16 fevrier
Road to PSPC: La Grande Motte – 10 – 15 mars
Road to PSPC : Cannes – 10 -14 juin

Plus de détails ici !

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