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"Je ne me sens pas prête pour ça, c'est fou"

"Je ne me sens pas prête pour ça, c'est fou"

Le 11/02/2018 à 17:15Mis à jour Le 11/02/2018 à 17:41

JO PYEONGCHANG 2018 – A 19 ans, Perrine Laffont est entrée dans la galaxie des champions olympiques français. Impériale lors de son dernier passage dimanche, elle est la nouvelle reine des bosses. Mais si elle a tout mis en œuvre depuis quatre ans pour atteindre cet objectif, elle a encore beaucoup de mal à prendre la mesure de sa performance comme de son nouveau statut.

Perrine Laffont a pris son temps pour exulter. Lorsque Andi Naude, dernière des six finalistes à s'élancer, a totalement manqué son run, l'or était dans la poche de la Française. Mais elle n'a pas réagi tout de suite. Parce qu'elle attendait de savoir si sa rivale n'était pas blessée. Peut-être, aussi, parce qu'elle était touchée par une forme d'incrédulité. Il a fallu l'affichage officielle du score de Naude pour que la nouvelle championne olympique de ski de bosses comprenne vraiment que l'or lui appartenait. "J'ai 19 ans, j'ai encore l'air d'une enfant, a-t-elle rigolé. Je suis là parce que je m'amuse, que j'adore ça. Je ne me sens pas prête pour ça, c'est fou."

Pas prête, vraiment ? C'est vrai que l'Ariégeoise est encore toute jeune, mais depuis quatre ans, elle a tout mis en œuvre pour répondre présent ce 11 février 2018. Depuis ses larmes de Sotchi. En Russie, elle avait brillé lors des qualifications avant de passer à côté de sa finale. Elle n'avait que 15 ans, n'avait débuté en Coupe du monde qu'un mois auparavant, mais elle avait vécu ça comme un échec, symbole de son ambition déjà affirmée. "Sotchi, dit-elle, ça fait partie de mon histoire, c'est ce qui m'a construite, c'est peut-être ce qui m'a aussi aidée à être championne olympique aujourd'hui." Le jour même de la finale de Sotchi, elle s'était fait une promesse : "je me rappelle avoir pensé : 'tu prendras ta revanche dans quatre ans'". C'est fait.

Perrine Laffont

Perrine LaffontGetty Images

Merci la fatigue !

Sa plus grande victoire, c'est peut-être sur elle-même qu'elle l'a obtenue. Car le rendez-vous de ce dimanche marquait le bout de quatre années d'attente. Quatre années et 48 heures, même, après ces qualifications dont elle était sortie au premier rang, renforçant son statut de prétendante au titre. D'autant qu'elle était un peu au bout du rouleau. "Depuis qu'on est arrivés ici, on n'a pas arrêté, a-t-elle rappelé. J'étais là à chaque entraînement. Je voulais prendre des pauses et mes entraîneurs n'ont jamais voulu. Ils m'ont dit 'tu continues'. J'étais hyper fatiguée. Je suis vraiment allée la chercher. J'étais vraiment dans le dur toute la journée."

Mais elle a tenu. "Elle a un mental incroyable", a estimé le patron de l'équipe de France Ludovic Didier. "Avant la finale, elle était un petit peu angoissée. Dès le premier run, on l'a sentie un peu crispée, les jambes un peu dures, un peu moins rapide qu'aux entraînements et en qualification. Sur le dernier run, il y avait un peu de fatigue et de tension. Mais il n'était pas question d'assurer, il fallait se lâcher. Elle prouve encore ce soir qu'elle a des ressources et un mental incroyable. C'est un gros caractère, elle sait ce qu'elle veut, elle est déterminée", a expliqué Didier.

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Seulement 6e de la finale à vingt, puis 3e de la manche à douze, Perrine Laffont avait heureusement gardé le meilleur pour la fin. Paradoxalement, la fatigue est alors devenue son alliée : "Elle m'a aidée. Sur le premier run, j'étais nerveuse et ça s'est ressenti dans mon ski. Au fur et à mesure, la fatigue est arrivée et ça a apaisé un peu cette nervosité, j'étais bien plus calme au départ." Son dernier passage a été le meilleur. Celui qui lui vaut l'or, devant la tenante du titre, la Canadienne Justine Dufour-Lapointe. C'est là, quand tout se jouait, que la Française a eu le mérite de rendre sa copie à la fois la plus audacieuse et la plus propre.

" Je l'ai rêvé tellement de fois"

Une petite trentaine de secondes pour la gloire. Trente secondes qui vont changer sa vie. Elle raconte : "Je me suis juste dit : 'Allez, il te reste un run, un seul. Tu en as toujours rêvé de ce run, tu as toujours rêvé d'être à ce départ, n'aie aucun regret'." Il n'y aura pas de regrets. Seul point commun avec Sotchi, les larmes, mais elles n'avaient pas le même goût. 26 ans après Edgard Grospiron, miss Laffont apporte au ski de bosses tricolore son deuxième titre olympique. Cerise sur le gâteau, elle restera aussi la toute première médaillée française dans ces Jeux de Pyeongchang.

Il va quand même lui falloir un peu de temps pour redescendre et tout comprendre. Ce n'est pas parce qu'on ne pense qu'à une chose pendant des années qu'elle est aisée à mesurer une fois qu'elle se concrétise. "C'est juste fou, répète-t-elle. Je l'ai rêvé tellement de fois, je me le suis imaginé tellement de fois, je l'ai visualisé tellement de fois, et puis j'ai souffert tellement de fois pour ça, que c'est juste un sentiment incroyable de me dire que, ça y est, j'ai réalisé le rêve que j'avais depuis toute petite. Je travaille hyper fort depuis quatre ans pour ça. Je pense que j'ai besoin d'un peu de temps pour réaliser." Elle a toute la vie pour ça.

Perrine Laffont avec le drapeau tricolore après son sacre olympique en ski de bosses à Pyeongchang

Perrine Laffont avec le drapeau tricolore après son sacre olympique en ski de bosses à PyeongchangGetty Images

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