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Onze ans après, les Suisses sont à la reconquête d’Adelboden

Onze ans après, les Suisses sont à la reconquête d’Adelboden

Le 11/01/2019 à 08:14Mis à jour Le 11/01/2019 à 21:10

ADELBODEN - Voilà une série qui pourrait bien prendre fin ce week-end. Depuis le géant victorieux de Marc Berthod en 2008, aucun Suisse n’est monté sur le podium d’Adelboden. Une éternité qui fait tâche dans le pays. Mais dans le sillage de Daniel Yule et Loic Meillard, une nouvelle génération émerge depuis un an, prête à enflammer un public qui n’attend que ça.

Ça ne les empêche pas de venir toujours aussi bruyants et nombreux. Année après année, la passion helvétique reste sans faille à Adelboden (41 000 spectateurs sur le week-end l’an dernier), où règne l’une des ambiances les plus survoltées de l’hiver. Cette vision du skieur déboulant dans le Zielhang, ce mur vertigineux qui fait face à une tribune d’arrivée bondée, est un spectacle à lui tout seul. Mais dans la station de l’Oberland bernois, les Suisses aimeraient bien aussi vibrer devant l’exploit d’un des leurs. Cela fait trop longtemps qu’ils l’attendent.

Depuis 1955, date de la première course dans ce temple du ski, la Suisse a signé 51 podiums, dont 16 victoires. Un joli ratio en 80 courses. Mais sur les 19 dernières épreuves, zéro. Rien. Pas un Helvète n’est monté sur la boîte à Adelboden depuis le géant du 5 janvier 2008, remporté par Marc Berthod devant son compatriote Daniel Albrecht. Onze ans de disette. Une éternité sachant qu’avant les deux sacres de Berthod sur le géant 2008 et le slalom en 2007 (souvenez-vous de sa folle remontée), quatre ans s’étaient écoulés depuis la 2e place de Michael Von Grünigen lors du géant de 2003.

Pas une malédiction, mais l’illustration d’une crise

Bien plus qu’une quelconque malédiction sur la Chuenisbärgli, nom de la piste aussi emblématique qu’imprononçable, cette série traduit surtout la crise, sans précédent, connue par la Suisse dans les disciplines techniques. Le 22 décembre 2017, lorsque Luca Aerni s’est classé 2e à Madonna di Campiglio, cela faisait presque huit ans qu’un Helvète n’était pas monté sur le podium en slalom (2e place de Silvan Zurbriggen à Schladming en janvier 2010). Même chose en géant, entre la victoire de Carlo Janka à Kranjska Gora (5 mars 2011) et la 3e place de Thomas Tumler à Beaver Creek, le 2 décembre dernier.

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Dans chacune des deux disciplines, jamais l’attente n’avait été aussi longue. Une crise double en simultané. Cela faisait particulièrement tâche en géant, discipline historiquement très forte dans le pays de Zurbriggen, Von Grünigen. Le contraste était terrible avec la réussite du groupe de vitesse. Tout souriait pour les Cuche, Defago, Kueng, Feuz et Villetta, qui ramassaient les victoires à la pelle tandis que leurs collègues des épreuves techniques devaient se contenter d’un top 10. La disparition des radars de Carlo Janka n’a, il est vrai, pas aidé.

Adelboden a ainsi été l’illustration criante de cette Suisse à deux visages. Après la victoire de Berthod en 2008 dans la station de l’Oberland bernois, les Suisses ont décroché 24 podiums (au moins un chaque année) sur leur territoire. Wengen, Crans Montana et Saint-Moritz ont eu leur part. Mais pas Adelboden, victime collatérale de la plus longue pénurie de l’histoire nationale en géant et en slalom.

Six podiums en un an pour les slalomeurs

Mais la Suisse a sans doute mangé son pain noir. La triste série de onze années sans podium à Adelboden pourrait bien s’arrêter dès ce week-end vu la qualité de la nouvelle génération, déjà couronnée de succès.

En slalom, ils sont actuellement quatre dans le top 18 mondial, avec une moyenne d’âge inférieure à 25 ans : Daniel Yule (3e au classement FIS), Ramon Zenhaeusern (7e), Loic Meillard (15e) et le champion du monde du combiné Luca Aerni (18e). Niveau densité, personne ne fait mieux à part l’Autriche d’Hirscher, la France se situant un poil derrière. En l’espace d’un an, ce quatuor a engrangé six podiums (trois pour Yule, un pour les autres). Soit autant que la récolte de leurs aînés depuis le début du siècle. Avec cette nouvelle bande, la rupture est franche. Le renouveau total.

Daniel Yule lors de sa victoire sur le slalom de Madonna di Campiglio le 22 décembre 2018

Daniel Yule lors de sa victoire sur le slalom de Madonna di Campiglio le 22 décembre 2018Getty Images

Cerise sur le gâteau, Yule s’est imposé à Madonna di Campiglio, le 22 décembre dernier. La victoire - certes heureuse vu le ratage combiné de Kristoffersen et Hirscher - était la première pour un Suisse en slalom depuis Marc Gini. La fin de onze ans d’attente, là aussi (tiens, tiens…).

Meillard vient de signer son premier podium en géant

Côté géant, ça rigole aussi, même si la densité est un peu moindre. Meillard, encore lui, se détache du lot malgré ses 22 ans. Sa dernière sortie, à Saalbach, s’est soldée par une 2e place, soit son premier podium en carrière (il a remis ça le lendemain en slalom). Une récompense de sa régularité alors qu’il restait sur quatre gros résultats en géant (4e à Are, 5e à Beaver Creek et Val d’Isère et 8e à Alta Badia). Dans la spécialité, deux autres Suisses tapent aux portes du top 15 mondial, Gino Caviezel (19e) et Thomas Tumler (20e), révélé par son podium à Beaver Creek en décembre (finalement 2e après la disqualification de Stefan Luitz).

Les cartes suisses sont ainsi belles et nombreuses en vue du week-end (géant le samedi, et slalom le dimanche). Après voir vu le pire, le public rouge et blanc peut raisonnablement envisager le meilleur. Il attend ça depuis onze ans. Si vous avez la chance d’y être, gare aux tympans dans l'enfer du Zielhang.

Loic Meillard

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