Six podiums, trois victoires, un petit globe qui se défile pour deux malheureux points. Que retenez-vous de votre saison 2019-2020 ?

Clément Noël : "Je retiens pas mal de choses. L’hiver a été assez court finalement. J’ai disputé neuf courses. Je regrette un peu que ça se soit terminé aussi rapidement, mais c’est comme ça. Ç’a été un bel hiver tout de même mais c’est frustrant de finir comme ça."

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A tête reposée, dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?

C.N. : "Je ne pense pas au ski en ce moment. Je n’ai pas la tête là-dedans. Ça ne m’a jamais vraiment frustré. C’est surtout une frustration de ne pas avoir pu faire les courses, pu finir la saison. Il y a ces deux petits points, mais ce n’est pas un échec."

Votre hiver a notamment été marqué par cette victoire à Chamonix. Un premier succès en France qui a compté…

C.N. : "C’était une journée folle. Des courses en France, on en fait tous les ans, à Val d’Isère. Mais là, c’était quelque chose de nouveau. Je n’avais jamais skié à Chamonix. Les gens se sont déplacés en masse pour venir voir les courses. Le rassemblement était impressionnant. On a l’habitude de voir ça en Autriche, mais là, c’était en France et c’est plaisant de voir autant de monde assister à du ski alpin. Ça ajoute de la saveur à la victoire. Gagner en Autriche, c’est magnifique, mais les Autrichiens sont plus derrière les Autrichiens que derrière les Français."

Noël a vacillé, mais il n'a pas cédé

Cette Marseillaise avait-elle quelque chose de différent par rapport aux cinq premières ?

C.N. : "C’était en France, c’était forcément particulier. Chamonix, c’est un mythe. Ce sont des montagnes qui ont une histoire dans notre sport. Avant ça, j’ai gagné à Kitzbühel. C’était quelque chose, mais c’est vrai que les sensations se sont rapprochées de celles vécues là-bas. Assez magique à vivre…"

Vous avez tellement été sollicité à Chamonix après le slalom que vous n’avez même pas pu voir vos parents après la course…

C .N. : "C’est vrai ! Après une victoire, les sollicitations sont nombreuses. Mais là, c’était autre chose, à Chamonix, car il y avait la remise des prix l’après-midi, une séance de dédicaces. Il y avait pas mal de choses à faire. Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour moi. Ce sont des journées éprouvantes, mais c’est le jeu. Quand on s’endort le soir, on est vidé mais la joie prédomine."

Avec Daniel Yule et Henrik Kristoffersen, vous êtes les slalomeurs qui ont gagné le plus cet hiver en slalom. Qu’ont le Suisse et le Norvégien que vous n’avez pas ?

C.N. : "Ils sont très différents l’un et l’autre. Ce sont des grands champions. Chez Henrik, il y a des choses qui m’impressionnent, notamment la hargne, l’envie de gagner. Tout le temps. C’est un personnage particulier, par forcément apprécié de tous. Mais on ne peut pas lui enlever cette ambition. Moi, je ne veux pas du tout ressembler à ça car je ne suis pas comme ça. En revanche, je suis impressionné par sa régularité. Il l'a été tout l’hiver."

Second-placed Norway's Henrik Kristoffersen, race winner Switzerland's Daniel Yule and third-placed France's Clement Noel celebrate on the podium after competing in the FIS Alpine Ski World Cup's Men's Slalom on January 8, 2020 in Madonna di Campiglio, It

Crédit: Getty Images

Et Yule ?

C.N. : "Daniel, c’est quelqu’un que j’apprécie bien. Il est plus cool. Dans l’état d’esprit, il nous ressemble beaucoup, nous, les Français. Après, au départ de chaque slalom, il se transforme. Mais c’est quelqu’un de sérieux, de rigoureux. Cette année, il a passé un énorme cap techniquement et dans la tête. Quand il lâche son ski, il produit des manches incroyables. A mes yeux, c’est celui qui a été le plus impressionnant sur certaines courses. Il a surpris beaucoup de monde car pour moi, le plus rapide des Suisses, ce n’est pas lui, mais Ramon (Zenhaeusern). Quand Daniel arrive à utiliser 100% de ses capacités physiques et techniques, ça donne des manches parfaites."

Le regard de vos adversaires a-t-il changé depuis deux ans vous concernant ?

C.N. : "C’est compliqué de répondre à ça car je commence à me rapprocher de certains. On sympathise. Je ne sais pas si je ressens de la crainte chez eux. Ce n’est pas parce qu’on est adversaires sur la piste, qu’on ne s’entend pas bien en dehors. De mon côté, je ne cherche pas à les impressionner avant le départ. Je n’essaye pas car je ne saurais même pas m’y prendre (rires)."

Clément Noël a sorti le grand jeu pour aller chercher son 1er succès de l'hiver

Votre DTN Fabien Saguez dit de vous que vous êtes le "gamin parfait". La légende Ingemar Stenmark vous trouve "fantastique" et estime que vous représentez "l’avenir du ski". Comment gardez-vous la tête froide ?

C.N. : "J’ai surtout l’impression que le ski alpin est un petit sport en France. On nous laisse tranquille. Ça me touche, c’est sûr. Après, tout le monde ne sait pas ce que je fais. Je ne suis pas un footballeur, ce n’est pas la même pression. J’ai des ambitions. J’attends beaucoup de moi. Je préfère me concentrer sur ce que j’ai à faire, même si ça fait un peu cliché."

La pression aussi semble glisser sur vous…

C .N. : "A chaque course, les sensations ne se ressemblent pas. Que je referme le portillon, que je sois cinquième d’une première manche ou que je m’élance le premier en seconde, je vis un stress différent. L’expérience me permet de me connaître de mieux en mieux. Je dédramatise en tentant de prendre un maximum de plaisir. Quand on gagne une première manche, on est chanceux de refermer la course. C’est ce que je me suis dit la première fois que ça m’est arrivé, que c’était le rêve de tous les jeunes skieurs d’être là où je suis. Il faut profiter de ces moments-là car ça n’arrive pas tous les jours."

Cet hiver, vous avez connu deux abandons en slalom, à Val d’Isère puis à Adelboden. A chaque fois vous avez gagné derrière, à Zagreb puis à Wengen. On appelle ça l’art du rebond ?

C.N. : "Ça m’a un peu surpris. Disons que c’est la meilleure manière de se remettre en confiance. Quand on joue un classement général, quand on fait partie des meilleurs, on a très peu le droit à l’erreur. Un "DNF" (un abandon) peut vite faire tourner la tête, faire douter. Réagir comme ça, et gagner les deux courses ensuite, c’était un gros soulagement et une belle réaction."

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Cet hiver, vous avez pris, à Naeba, votre premier départ en géant. Quelles ont été les sensations ? Avez-vous prévu de renouveler l’expérience l’hiver prochain ?

C.N. : "Quand je vois comment j’ai skié à Naeba, peut-être que je ne devrais pas…"

Les conditions n’étaient pas simples au Japon. Vous êtes dur avec vous-même…

C.N. : "C’est vrai que ce n’était pas terrible. Les sensations étaient très mauvaises là-bas. La neige était molle. Et pour répondre à votre question, j’ai effectivement prévu d’en faire à nouveau la saison prochaine. Je vais en faire cet été, beaucoup. Car cet hiver, je n’ai eu que quatre jours et demi d’entraînement dans la discipline (un à Val-Thorens, deux à Sestrières, et un jour et demi à Naeba), c’est peu. Si la préparation est bonne, si j’arrive à gagner ma place, j’espère être au départ du géant de Sölden (NDLR : le premier géant de l’hiver). Après, il peut se passer tellement de choses qui peuvent me faire changer d’avis."

Lors de la préparation à Ushuaïa, vous aviez été touché au dos en pratiquant le géant. Cette douleur vous a-t-elle gêné cette saison ?

C.N. : "Non, mais elle m’a forcé à prendre soin de mon corps. Elle m’a montré, même en étant jeune, qu’il faut faire attention, faire des étirements. Mais sur les skis, ça ne m’a pas vraiment gêné."

Comme tout le monde, vous êtes confiné actuellement. Comment occupez-vous vos journées ?

C.N. : "Je n’aime pas trop ça mais mes journées se ressemblent un peu toutes. Mais je m’en sors pas mal. Je suis chez moi, à Albertville. Le matin, je fais du sport : un footing un jour sur deux, du gainage, de la mobilité. La saison est terminée, mais il faut se maintenir en forme. L’après-midi, c’est ménage, jardinage ou cuisine. Voire de la Playstation, avec Fortnite, Formula One ou FIFA…"

Plus consoles que livres donc ?

C.N. : "Complètement. Je n’ai pas de conseils de lecture à donner, je ne lis que des magazines automobiles. Et sinon, je suis la série F1 sur Netflix (Drive to Survive) et j’ai bien accroché avec Elite. Mais c’est une série pour adolescents. Je ne sais pas si on peut la conseiller à tout le monde… (rires)."

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