17 mars 2019. Géant des finales de Soldeu. Le soleil consume la piste andoranne depuis trois bonnes heures et la première manche arrive à son terme. Plus qu’une skieuse à passer. Une quasi-inconnue de 17 ans. Alice Robinson doit sa présence à son titre de championne du monde juniors décrochée le mois dernier. Elle vient à peine de marquer ses premiers points en Coupe du monde, neuf jours plus tôt, une 16e place à Spindleruv Mlyn, en République Tchèque.
Personne ne se doute du feu qui couve déjà sous ses skis. Elle allume du vert au deuxième intermédiaire. Premier éclair. La novice vient de coller 31 centièmes à Mikaela Shiffrin. Elle lâche du temps sur le bas mais la surprise reste totale lorsqu’elle franchit la ligne d’arrivée. Troisième temps de la manche. Un exploit. Le soufflé ne retombe pas lors de la seconde. Bien au contraire : elle fait fi de la pression pour grimper d’un rang et se hisser à la 2e place. Coincée sur le podium entre Shiffrin et Petra Vlhova, les deux reines du circuit, Alice Robinson signe une entrée fracassante à la table des championnes. Qu’elle confirmera dès l’hiver suivant en remportant deux victoires, à Sölden puis Kranjska Gora, faisant d’elle la plus jeune lauréate sur le circuit depuis Shiffrin en 2013.
Sa précocité sidère, mais ce n’est presque rien comparé à la curiosité que soulève sa nationalité. Néo-Zélandaise. Sans compter sa ville natale, Sydney. Mais comment diable cette fille d’Australiens a-t-elle pu devenir la nouvelle prodige du ski alpin, sport pour le moins marginal dans sa partie du globe ?
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"Ma mère a grandi dans une ferme, à la campagne, retrace Alice Robinson, qui nous a accordé un entretien à la veille du super-G de Sankt-Anton, samedi dernier. Mon père est de Brisbane, dans le Queensland. Je crois qu’ils n’ont pas vu le moindre flocon avant d’avoir 18 ans!” Mais ils aiment le sport. Beaucoup. Spécialement le hockey sur gazon pour Sarah. Le rugby pour David. Pour leurs vacances, ils optent un jour pour Queenstown, un grand village touristique de Nouvelle-Zélande coincée entre lacs et montagnes, à 2h30 de vol de Sidney.
C’est le paradis des sports outdoor. Le décor choisi par Peter Jackson pour tourner le Seigneurs des Anneaux. Le couple en tombe amoureux. Papa travaille dans la finance : la chance, il peut vivre où bon lui semble. La famille déménage donc à Queenstown. Alice, deuxième d’une fratrie de trois enfants, a alors 4 ans. La maison des Robinson se situe à une dizaine de minutes des pistes de Coronet Peak, l’une des quatre stations environnantes. La voilà au coeur de l’une des rares places fortes du ski dans l’hémisphère sud.
On a dû se frayer notre propre chemin, ma famille et moi
Alice marche dès ses 9 mois, touche à tout dès son plus jeune âge. "Soccer", netball, équitation. Mais la neige occupe une place à part. Son oeil est attiré par les skieurs. Elle trouve leurs tenues jolies. "Je crois que j’ai toujours voulu devenir skieuse. Je n’étais pas sûr de quoi serait fait mon futur, mais ce que je voulais, c’était skier. J’ai donc fini par arrêter les autres sports pour m’y consacrer."
"C’est clair qu’en Nouvelle-Zélande, ce n’est pas commun d'avoir ce rêve, concède-t-elle. Mais à Queenstown, il y a plein de gens qui skient et font des courses chez les jeunes. Le problème, c’est qu’il n’y a pas vraiment d’équipe nationale sur laquelle s’appuyer pour se hisser au plus haut-niveau. Percer est très difficile. Les hivers sont courts ici (mi-juin à octobre), il faut partir constamment en Europe, jusqu’à six mois par an, et ça coûte très cher. Beaucoup finissent par jeter l’éponge. On a dû se frayer notre propre chemin, ma famille et moi.”
A 12 ans, soutenue pleinement par ses parents et grâce à des collectes de fond, elle effectue son premier camp d'entraînement à l'étranger, deux mois complets aux Etats-Unis. A 15 ans, elle participe à sa première course européenne, en Slovénie. Puis découvre la Coupe du monde à Kranjska Gora le 6 janvier 2018, un mois après son 16e anniversaire. “C’était vraiment effrayant ce jour-là. Je me sentais comme une 'étrangère' dans ce monde d'Européens. J’étais toute seule, très jeune, je ne connaissais aucune concurrente. Ce n’est pas comme une jeune Autrichienne qui fait ses débuts entourée d’un groupe de filles expérimentées. Moi, je n’avais rien sur quoi me reposer. Tout était nouveau. J’étais la seule Néo-zélandaise, la seule à venir de l’autre bout du monde."
Au fil du temps, elle parvient à faire de cette singularité une source de motivaiton. "J’ai fini par me dire :'Mais pourquoi une fille de l’hémisphère sud ne pourrait-elle pas aussi faire partie de ce monde ?' Aujourd’hui, je me sens pleinement intégrée dans cette communauté. Beaucoup me disent qu’il trouve ça cool que je sois néo-zélandaise !"
Elle a fait la connaissance de Tessa Worley, dont le père est australien. "Tessa est vraiment sympa. Elle m’a raconté que c’est en Nouvelle-Zélande qu’elle a skié la première fois. On a aussi beaucoup discuté de nos origines australiennes. Quelque part, ça m’a inspiré qu’une fille issue en partie de l’hémisphère sud ait pu réussir."

Éclipsée par les All Blacks

Coronet Peak est une destination régulière des skieurs américains, qui trouvent de quoi s’entrainer durant l'été. Gamine, Alice se souvient avoir vu Lindsey Vonn, Bode Miller ou Ted Ligety dévaler ses propres pistes. Curieux paradoxe que de pouvoir les côtoyer en chair et en os sans pouvoir les retrouver l’hiver venu devant la télé. “En Nouvelle-Zélande, le ski ne pèse rien face au rugby, qui est numéro 1, et le cricket. Les courses de coupe du monde ne sont diffusées sur aucune chaîne, et c'est toujours le cas. Je m’identifiais donc bien plus aux Américains que l’on avait la chance de croiser qu’aux Européens.
Bien involontairement, les All Blacks ont largement éclipsé sa première victoire en coupe du monde à Solden, le 26 octobre 2019. Quand Alice Robinson devient la première "kiwi" à s'imposer sur le circuit depuis Claudia Riegler en 1997 (et la troisième de l’histoire après Annelise Coberger) cela fait deux heures que le pays pleure la défaite des rugbymen face à l'Angleterre en demi-finale de Coupe du Monde. "C'est clair que ma victoire est passée assez inaperçue ! Mais quand je suis rentré à la maison deux jours plus tard pour finir mon année au lycée (elle ne fait désormais plus d’études, ndlr), l’accueil était super de la part de ma famille, mes amis et de tout Queenstown. J’ai eu pas mal de sollicitations médiatiques quand même… mais le sujet majeur restait évidemment la défaite en rugby !"

Le rêve olympique

Aujourd’hui installée parmi les meilleures, elle juge avoir eu de la chance. “Avoir fait le jump très vite entre les courses de jeunes et le top 15 mondial m’a beaucoup aidé. J’ai été bien entouré et eu des coaches qui m’ont bien guidé (Tim Cafe et désormais Chris Knight, l’ancien entraineur de Lindsey Vonn, un Néo-zélandais qui a monté l’International Ski Racing Academy, structure basée à Val di Fassa qui regroupe des femmes majoritairement issus de pays non-traditionnels du ski). Quand tu es Néo-zélandais, tu n’as pas le temps de te développer. Mais j’ai eu la chance que tout aille très vite. Mon podium en Andorre m’a permis de trouver des sponsors puis la victoire à Solden a rendu ma position confortable. En 6 mois, je suis passé de rien à tout. Mais sans résultats, il faut tout payer seul, et c’est vraiment trop cher. Par exemple, on ne peut pas s’entraîner “gratuitement” comme les équipes autrichiennes ou françaises qui ont tout ce qu’il faut à domicile. Nous, on ne peut pas rentrer chez nous, on est toujours sur la route. Parfois, certaines équipes me laissent m’entraîner avec elles. Mais il peut y avoir des refus.” Billets d’avions, coaches, hôtels, matériel…. Alice Robinson dit subvenir à 70% des frais nécessaires à sa vie de skieuse, les 30% provenant de la fédération néo-zélandaise des sports de neige.

Comme n’importe quel skieur”, son ambition est de remporter un jour le gros globe. Elle a marqué ses premiers points en super-G, le 20 décembre à Val d’Isère (21e), les premiers de l’histoire pour une Néo-Zélandaise en vitesse. “J’ai encore énormément de chemin à parcourir avant d’y prétendre. Il me faut trouver de la constance.” Les Jeux Olympiques, qu’elle a découverts à Pyeongchang (35e du géant), occupent une place à part dans ses objectifs. Sa compatriote Annelise Coberger a déjà décroché une médaille, la première de son pays (2e du slalom aux JO d’Albertville en 1992). Mais jamais la Nouvelle-Zélande n’a remporté l’or aux JO d’hiver. “C’est peut-être mon plus grand rêve, ce serait vraiment spécial pour le pays. La course olympique, chez nous, c’est la seule occasion qu’on a de se faire voir à la télé. Gagner un globe est sans doute plus gratifiant personnellement, mais ici ça ne parle pas du tout aux gens. Alors qu’une médaille d’or…
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