Fabien Saguez avait bien raison. Avant le début des Championnats du monde, le DTN de la Fédération française de ski alpin pouvait logiquement viser haut. "Vu l’équipe qu’on a en France, vu la manière dont la saison s’est déroulée, c’est une évidence que trois ou quatre médailles est un objectif abordable". Non seulement abordable mais dépassable, puisque l’Equipe de France reviendra de Cortina d’Ampezzo avec pas moins de cinq médailles. Un bilan mathématique tout à fait exceptionnel aux Mondiaux pour les Bleus qui n’avaient pas connu une telle moisson de médailles depuis quarante-et-un ans et les Championnats du monde de … Val Gardena. En Italie déjà.

Le meilleur bilan depuis les Mondiaux 1970

A l’époque, les Tricolores avaient été encore plus extraordinaires pour briguer 10 des 24 médailles et 3 des 8 titres distribués. Les Français n’ont pas fait aussi fort cette année, mais qu’il semble loin le temps, pourtant pas si vieux, où l’équipe de France revenait des Mondiaux avec une seule médaille (2005 ou 2007 par exemple), voire rien du tout (2003 et 1987). C’est même mieux qu’en 2013 à Schladming, où les Bleus avaient pourtant glané quatre médailles dont deux titres (Marion Rolland en descente et Tessa Worley en géant).
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De quoi être satisfait pour le DTN. "La chose la plus positive pour nous, c’est la manière dont on a abordé ces Mondiaux : conquérants, à la bagarre en permanence… , explique t-il. Pour moi, c’était le leitmotiv avant d’arriver ici et je suis content que ça ait été bien respecté. On fait des médailles sur la première et sur la deuxième semaine, c’est aussi quelque chose d’important dans le bilan".

Une manche parfaite pour un deuxième titre mondial : Faivre est sur le toit du monde

Tout avait commencé par une heureuse surprise avec la médaille de bronze d’Alexis Pinturault en super-G, dans la "moins bonne" de ses quatre disciplines. Une performance qui a mis l’équipe de France sur une bonne dynamique, que le skieur de Courchevel a ensuite confirmé avec sa médaille d’argent sur le combiné. Mais c’est le mardi 16 février qui restera dans les mémoires de ces Mondiaux, avec deux médailles sur le parallèle, l’or pour Mathieu Faivre chez les messieurs et le bronze pour Tessa Worley chez les dames.
Quatre médailles qui devaient alors lancer les Bleus pour le week-end de technique où se situaient les plus fortes attentes. Et d’où est venu le deuxième titre de champion du monde de Mathieu Faivre, sacré sur le géant. Un retour en grâce inattendu pour le Niçois, en difficulté depuis le début de l’hiver, qui évite aux Tricolores une grosse claque sur les disciplines techniques.

Quatre chances de titre pour les "cadors", une seule médaille

Il faut dire que les ambitions françaises y étaient très élevées chez les messieurs, comme chez les dames. Tessa Worley, Alexis Pinturault et Clément Noël y étaient des valeurs sûres, des chances de médailles évidentes et de vraies possibilités de titre mondial. Mais tous sont passés au travers, plus ou moins largement.
Championne du monde en géant en 2013 et 2017, Tessa Worley rêvait forcément d’un nouveau destin doré, d’autant que sa médaille de bronze acquise en parallèle l’avait libérée. Mais la Savoyarde n’a jamais été dans le bon tempo et a dû se contenter de la 7e place. Forcément décevant alors qu’elle avait gagné le dernier géant de la Coupe du monde, à Kronplatz, et qu’elle restait sur trois podiums en quatre courses.
Pour Clément Noël, la donne était un peu plus incertaine puisque le Vosgien alternait le très bon (victoire à Chamonix, trois premières manches remportées cet hiver) et le très décevant (trois zéro pointé cet hiver). Malheureusement pour l’équipe de France, c’est sa deuxième version qui est ressorti aux Mondiaux, avec une grosse faute en seconde manche qui lui a enlevé tout espoir de médaille.

Et les espoirs de Noël se sont envolés...

Le cas d’Alexis Pinturault est bien plus gris que celui de Noël. On ne peut pas parler de Mondiaux ratés, alors que le skieur de Courchevel a tout de même ramené deux médailles de Cortina, un bilan semblable à celui d’Äre en 2019. A deux différences près, qui la font toute, justement, la différence. En Suède, le Tricolore avait ramené un titre en combiné. Cette fois, le leader de la Coupe du monde est revenu bredouille à ce niveau-là.
Il a dû se contenter de la médaille d’argent alors qu’il était tenant du titre et qu’il avait gagné quatre des cinq derniers combinés disputés. Une déception bien loin de celle ressentie en géant, où Pinturault s’avançait en archi-favori et encore plus après une première manche de rêve. Mais le Français est sorti en seconde manche, chose qui ne lui était plus arrivé dans la discipline depuis près de trois ans.
Cet énorme échec, il a eu du mal à s'en remettre. "C’est un bilan en demi-teinte, avec ce point d'ombre sur le géant où j'avais à coeur de me battre pour une médaille d'or, avouait-il. C'est celle qui me manque. J’ai bien ruminé pendant deux jours après mon abandon en géant, j'ai mal dormi, je ne pensais qu'à ça. On en a discuté avec le staff, on va faire en sorte que cet échec me soit profitable".

Une dizaine de secondes de course et la chute : le moment où Pinturault a tout perdu

Ça n'améliorera toutefois pas le bilan de l'équipe de France qui aurait dû se rapprocher des résultats stratosphériques de 1970. "Le bilan aurait pu être bien mieux encore mais il n’y a pas de regrets à avoir, tempère Fabien Saguez. Le ski c’est ça : il faut réunir toutes les conditions pour aller chercher une médaille ou un titre le jour J. C’est ce qu’a fait Mathieu de façon magnifique deux jours de suite". Pour offrir deux titres aussi beaux qu'espérés à l'équipe de France. Mais on les attendait pas comme ça.
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