Colère froide chez les descendeurs olympiques. L'annulation du dernier entraînement de la descente ce samedi matin, à cause des énormes rafales de vent tombées sur le site de Yanqing, s'est transformé en une grosse polémique, la première de ces Jeux Olympiques de Pékin 2022. En cause, non pas l'annulation en elle-même, mais l'absence d'équité sportive entre les trois skieurs partis à l'assaut de "The Rock" une troisième fois et le reste de la meute, avide de découvrir ce nouveau tracé à la veille de l'épreuve reine de ces JO.
"Il y a quand même trois favoris qui ont fait un run de plus que les autres, c'est ça le gros problème. S'ils avaient annulé dès ce matin, il n'y aurait eu aucun souci", a résumé Johan Clarey, représentant des athlètes auprès de la Fédération internationale de ski (FIS). Le Français a pourtant tout fait pour que l'injustice soit en partie réparée. Après avoir discuté avec nombre de ses pairs, le vétéran a proposé à Markus Waldner, le chef de la Coupe du monde de ski alpin masculine et responsable des compétitions olympiques à Pékin, de ne skier que sur le haut du tracé à haute vitesse, histoire de. Mais cette proposition a été poliment déclinée par l'Allemand, à cheval sur la sécurité.
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Réunis avant le départ, les concurrents s'étaient mis d'accord sur une solution intermédiaire : "On était prêts à skier fort là où il n'y avait aucun risque, puis à freiner" sur le deuxième tronçon très venté, avant de "réengager sur la dernière partie", a expliqué le Français Matthieu Bailet. "J'ai essayé de discuter avec la FIS, mais ils n'ont rien voulu savoir (...) Voilà: il va falloir faire avec et ne pas trop s'énerver", a poursuivi Johan Clarey. Après ces longues minutes de négociations, les concurrents frustrés ont pu "inspecter lentement la piste une fois de plus". Mais à petite vitesse seulement. "Si c'est Wengen ou Kitzbühel, on connaît. Mais ici, tout est nouveau, tout est si différent. Donc chaque passage sur la piste vous permet de vous régler et de trouver la bonne ligne", a complété le Suisse Marco Odermatt.

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Notre sport n'est jamais équitable
L'ennemi public n°1 a Yanqing, Markus Waldner, a pris la parole pour éteindre l'incendie en cours. Le boss du ski alpin masculin a accusé la météo de ces événements malheureux. "Beaucoup voulaient qu'on continue l'entraînement, mais, malheureusement, c'était beaucoup trop dangereux. Ce vent n'était pas présent cinq minutes avant qu'on lance. On était sur place depuis deux heures quand on a décidé de lancer et c'était calme. Le vent est apparu soudainement sur la partie centrale du tracé et aussi au sommet. C'était dangereux", a-t-il expliqué à Eurosport.
Le chef de la Coupe du monde a été clair. Sécurité maximale et rien d'autre. "Si tout cela s'était produit cinq minutes avant, on n'aurait pas lancé l'entraînement. Cette décision a aussi été prise en tenant compte des prévisions météo. La sécurité est notre priorité." Quand au débat sur le manque d'équité entre les trois athlètes avec trois manches d'entraînement au compteur et le reste, il a botté en touche. "Injuste ? C'est un cas de force majeure. Trois skieurs ont eu un run en extra, mais tout le monde en a eu deux bons. La course c'est demain et ils doivent rester concentrés dessus à partir de maintenant. C'est un sport d'extérieur, notre sport n'est jamais équitable."
Parmi les athlètes très en colère, il y a eu Kjetil Jansrud. Le champion olympique de Super-G en 2014 à Sotchi a carrément cartonné Waldner, grand responsable d'un énorme foutoir de non-information à ses yeux. "Ce n'est pas du bien ce qu'ils ont fait. C'était le chaos complet avec le manque d'informations", a expliqué le spécialiste de la vitesse à Eurosport Norvège. "Ce qui reste c'est que Markus se comporte comme un petit dictateur qui ne donne aucune infos. Dans ces conditions, c'est difficile d'être au top ou de savoir si on va l'être."

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Silence radio chez le jury de course

Le skieur de 36 ans estime que l'impact de cette annulation va même au-delà du pur plan sportif. Il y a aussi la part mentale de la préparation qui entre en jeu. "C'était le moment pour nous de parler haut et fort. On est un sport qui vit en marge où le vent et les entraînements peuvent avoir un impact sur les résultats. C'est aussi important d'un point vue de psychologique pour certains avant de prendre le départ d'une course. On est une bande qui a besoin d'avoir confiance au système et que ceux qui s'en occupent prennent de bonnes décisions. C'était peut-être une bonne décision, mais aujourd'hui on en avait gros sur le coeur."
Parmi les principales victimes de cette annulation, il y a évidemment l'équipe de France de ski, mais aussi un certain Marco Odermatt. Le leader du classement général de la Coupe du monde, candidat à une première médaille olympique grâce à son ultra-polyvalence, avait besoin d'un passage de plus à haute vitesse sur la piste olympique. Lui aussi a déploré la mauvaise communication entre le jury de course, la FIS et les athlètes.
"Ce n'est pas juste et le gros soucis c'est la façon de communiquer de la part du jury. Ils ont pris la décision à 11h15, ou quelque chose comme ça. Ils n'ont même pas demandé notre avis. Après deux ou trois échanges, ils ont coupé la radio et n'ont plus répondu."
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