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L'émouvante lettre de la mère de David Poisson aux skieurs de l'équipe de France

"Vous avez déjà remporté la plus belle des médailles, celle du courage et de l’amour"
Par Eurosport

Le 14/02/2018 à 09:42Mis à jour Le 14/02/2018 à 11:06

JO PYEONCHANG 2018 - Dans une lettre émouvante écrite aux skieurs de l'équipe de France et envoyée à nos confrères du Parisien, la maman du descendeur David Poisson, décédé accidentellement avant le début de saison, souhaite à ses "frangins" Bleus de collectionner les médailles lors des Jeux olympiques.

La lettre de Jeanette Poisson :

"Il y a quelques années, à l’Ancolie, notre restaurant, j’avais crânement parlé de notre fils qui commençait sa carrière de skieur, de descendeur déjà, à un reporter habitué du coin. J’avais dit que David méritait qu’on le suive, j’étais tellement fière de lui. De Val d’Isère, où on se réunissait au pied de la face de Bellevarde avec un gros casse-croûte et quelques bonnes bouteilles, à Kitzbühel, sa Mecque, en passant par Schladming où en 2013 mon David avait décroché sa médaille mondiale, il nous aura bluffé, fait peur, vibrer, pleurer… Une vie dédiée à sa passion, ses passions, le ski, la vitesse.

Oui, David aimait le ski et la vitesse, la montagne mais aussi et surtout sa famille, son père, son fils, sa femme, son frère, ses potes, Peisey, l’Ancolie (notre resto, notre nid), la vie. Et cet amour, cette force, ce sourire qu’il diffusait continuent à nous porter, nous guider aujourd’hui. Il ne parlait pas beaucoup David, mais ses mots nous réchauffent.

Je ne suis pas en train de dire que tout est facile aujourd’hui. Être femme, maman m’a rendue addict à une présence, à un baiser, au son d’une voix, au bruit de la porte de la maison qui s’ouvre puis des pas dans le couloir… Putain que tout cela me manque, nous manque !!! Et si les photos et la médaille sont toujours là, ça n’apaise rien.

" Vous n’avez qu’une solution, rester digne"

J’ai l’image de mon p’tit loup, son neveu, qui court s’enfermer dans les toilettes quand, juste après Kitzbühel en janvier, les Gros, les potes descendeur de David, nous ont fait la surprise de venir nous voir. C’était trop dur, trop injuste, de voir les copains de Tonton et pas Tonton, ce héros.

Comment expliquer à des enfants quand toi-même, adulte, tu ne comprends pas. Comment justifier l’injustice ? Comment accepter et faire accepter la destinée, cette destinée-là ?

Vous n’avez qu’une solution, rester digne, droite, pour rejeter tout début de polémique, faire taire le moindre sentiment de culpabilité, pour écouter, et être éternellement reconnaissante à la Fédération Française de ski, tellement présente.

Rester digne pour soutenir les gros, leur expliquer que pour leur copain, notre fils, c’était un accident. Que, oui, la descente c’est dangereux mais que non, non, on n’en meure pas. Qu’ils n’aient surtout pas cette image de leur sport.

Rester digne pour supporter à la maison ces DP25 Salomon, les skis ramenés par ses patrons dont mon fils était tellement fier. Pour accueillir tous ces supporters, tellement tristes. Pour continuer de trouver belle cette vallée de Peisey où David, Hana et Léo voulaient se construire une maison. Pour crier haut et fort à ce village, à ses habitants qu’ils sont exemplaires. David était fier de porter les couleurs de cette station, Peisey-Vallandry, et il avait raison, vous lui avez si bien rendu…

Rester digne pour continuer à recevoir avec sérénité et le sourire à l’Ancolie, dans ce chalet devenu point d’ancrage. Pour tenter de faire à manger à tous comme mon mari, parti trop tôt lui aussi, et partager, parler d’eux, râper comme nous l’avons toujours fait… Comme dirait mon François, le premier entraîneur de David, 'Fô y voir Fini'… Et ce n’est pas fini les amis !

Rester digne pour assumer mon statut de Maman Kaillou. Et retrouver la force, la confiance, l’amour au cas où l’un de mes ptits loups me dise dans quelque temps : 'Mamie, je veux être champion, comme Papa ou Tonton'

" J’ai glissé un p’tit caillou en forme de cœur dans la poche d’un 'p’tit poucet slalomeur' "

J’ai glissé un p’tit caillou en forme de cœur pour mon Kaillou dans la poche d’un 'p’tit poucet slalomeur' avant qu’il parte à Pyeongchang courir les Jeux. Il le laissera quelque part là-bas, choisira un bel endroit. Le but étant qu’un maximum de cailloux, partout dans le monde, nous montrent le chemin pour demain.

Mon plus grand souhait, aujourd’hui, c’est que là-bas, en Corée, les frangins de David collectionnent les médailles dans toutes les disciplines. Et vous, les gros, vous qui vous élancerez dans quelques heures pour la descente olympique sachez que pour moi, vous avez déjà remporté la plus belle des médailles, celle du courage et de l’amour, en reprenant le départ d’une course peu de temps après que votre Kaillou vous a quittés. Elle est d’or comme mon amour pour vous. Merci à vous. Merci à tous."

Jeannette Poisson

PS : un petit message personnel à tous les descendeurs français et tout le staff. Oui, Xavier, Stéphane, David, Fabien, Michel, Bambou, Eric, Jérémie, Arnaud, Seb, Brice, Raphaël, David et les autres, je viendrai vous faire à manger au Chalet.

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