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Le débat du jour : Alexis Pinturault peut-il regretter que la descente ait été raccourcie ?

Le débat du jour : Pinturault, argent vraiment content ?

Le 13/02/2018 à 17:34Mis à jour Le 13/02/2018 à 17:54

JO PYEONGCHANG 2018 - Chaque jour, la rédaction débat autour d'un sujet sur la journée écoulée ou celle à venir. Ce mardi, nous nous penchons sur la performance d'Alexis Pinturault lors du combiné alpin et sur ses éventuels regrets d'or olympique.

Oui, parce que la présence d’Hirscher a rebattu les cartes pour l’or

Par Jean-Baptiste Duluc

Lorsqu’on finit 2e d’une épreuve, qui plus est aux JO, difficile d’en ressortir avec une joie totale. La part de frustration, surtout en finissant aussi proche du champion olympique (+ 0’’23), est trop importante. D’autant plus lorsqu’on a remporté quatre des cinq derniers combinés disputés en Coupe du monde. Alexis Pinturault arrivait avec un statut de favori à Pyeongchang et il ne l’a pas – totalement – assumé. Pourtant, difficile selon moi pour le Français de s’en vouloir.

Du moins vu le déroulement de la course. Car la présence de Marcel Hirscher changeait beaucoup de choses. Absent de l’épreuve en Coupe du monde, l’Autrichien est un monstre et un skieur polyvalent du même moule que le Tricolore : correct dans les disciplines de vitesse (il a déjà gagné en Super-G, comme Pinturault), spécialiste des épreuves techniques. Sauf que le skieur aux 6 gros globes est encore supérieur au Français, surtout en slalom.

Alors dire que le raccourcissement de la descente a privé Pinturault de l’or, alors que le Français ne pouvait faire mieux en vitesse, ce serait allé un peu (trop) vite en besogne. Il n’est pas dit - loin de là – qu’Hirscher aurait perdu plus de temps avec le haut de la piste de descente. Les mouvements de terrain présents auraient sans doute favorisé un Autrichien toujours à l’aise sur les parties piégeuses alors que le Français est un meilleur glisseur, comme l’a également prouvé sa fin de slalom, quasi rectiligne.

Et puis, il ne faut pas non plus oublier qu’avec une descente complète, le slalom aurait été plus long de dix portes. Et le néo champion olympique du combiné en aurait profité pour creuser un peu plus l’écart sur le Français, qui a tout de même perdu 0’’51 lors de l’épreuve technique. Oui, Pinturault peut avoir des regrets. Mais seulement sur la participation d’Hirscher. Le Français paie simplement la supériorité de l’Autrichien. Comme tant d’autres avant lui.

Alexis Pinturault lors du slalom du combiné alpin des JO de Pyeongchang 2018.

Alexis Pinturault lors du slalom du combiné alpin des JO de Pyeongchang 2018.Getty Images

Non, parce que Pinturault était malgré tout le grand favori

Par Nicolas Buzdugan

Quatre ans après un abandon qui avait laissé des traces à Sotchi, Alexis Pinturault a décroché une superbe médaille d’argent en combiné, sa deuxième médaille olympique après le bronze du géant en Russie. Du coup, difficile de faire la fine bouche alors que le Français, très irrégulier cet hiver, n’affichait pas une grande confiance avant le départ en Corée du Sud et a malgré tout répondu présent. Pintu s’est libéré d’un poids mardi matin, a ouvert son compteur et lancé idéalement ses JO. C’est un fait.

D’ailleurs, il ne cachait pas sa satisfaction et son soulagement après la course, reconnaissant la supériorité de Marcel Hirscher, le meilleur skieur de son temps (et peut-être même de tous les temps). Mais n’y a-t-il pas une petite part de frustration, un petit goût d’inachevé pour celui qui domine cette discipline si particulière depuis près de quatre et a remporté les deux derniers globes de cristal de la spécialité ? Le fait qu’Hirscher décide, en toute logique, de s’aligner pour cette course, ne changeait rien à la donne. Pinturault avait la pancarte dans le dos. C’était lui le grand favori pour le titre olympique.

Les deux manches de descente et de slalom raccourcies ont, selon moi, en partie coûté l’or au Français, supérieur à l’Autrichien en descente. Mais on pourra débattre longtemps pour savoir si, avec une descente plus longue, le Français aurait disposé d’une marge plus grande avant le slalom. D’autant que la réciproque est valable entre les piquets, où la supériorité du sextuple tenant du gros globe ne se discute pas.

Reste que, depuis janvier 2014, Pintu et Hirscher se sont "affrontés" à six reprises en combiné. Trois fois en Coupe du monde, pour autant de succès du Français, dominateur devant l’Autrichien (Kitzbühel 2014 et 2015, Santa Caterina 2016). Et trois fois aux Mondiaux et donc aux JO, où Hirscher a à chaque fois pris l’ascendant (sans forcément s’imposer, comme l’an passé à St Moritz). De là à dire que cela s’est joué dans la tête…

Les deux dixièmes qu’il manque à l’arrivée au Français pour devenir champion olympique, il les avait peut-être sous la spatule. Mais le spectre d’un possible résultat blanc, la quasi certitude qu’il ne pouvait pas faire jeu égal avec son rival avant même de quitter le portillon de départ en slalom l’ont peut-être inhibé. Ce petit rien qui coûte un titre olympique. Libéré par son résultat du jour, Pinturault doit maintenant avoir des idées de revanche en tête pour le géant. Une course où il ne devra rien calculer et tout lâcher pour battre l’ogre de l’alpin. Parce qu’il l’a déjà fait. Parce qu’il est l’un des rares à pouvoir le faire. Et ça, il doit maintenant s’en convaincre.

Alexis Pinturault lors de la descente du combiné à Pyeongchang

Alexis Pinturault lors de la descente du combiné à PyeongchangGetty Images

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