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Géant Val d'Isère : Alexis Pinturault, un roi de la Face dos au mur

Pinturault, un roi de la Face dos au mur
Par Eurosport

Le 07/12/2018 à 23:34Mis à jour Le 08/12/2018 à 09:07

VAL D'ISERE - L'entame de la saison a été difficile mais Alexis Pinturault revient ce matin sur le terrain qu'il affectionne le plus : la Face de Bellevarde. La piste de Val d'Isère lui convient à merveille. Et il espère bien remporter un troisième géant de suite ici, même si le succès le fuit depuis près d'un an.

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Avant le week-end de Val d'Isère, Alexis Pinturault est un peu comme un enfant frustré qui s'apprête à retrouver son jouet préféré. L'entame de saison a été poussive. Après l'annulation du géant de Solden, le skieur de Courchevel s'est raté au slalom de Levi (sortie de piste en 1re manche) avant d'être scotché sur la neige accrochante de Beaver Creek (16e du super-G, 14e de Beaver Creek), où il a concédé que des erreurs de matériel ont été commises. Résultat aucun top 10 à se mettre sous la dent alors qu'il n'avait jamais abordé l'étape savoyarde sans top 5. Pour la confiance, on a connu mieux.

Mais des repères, Pinturault n'en manque pas à Val d'Isère. Il a même un statut à défendre. Le Français est tout bonnement le double tenant du titre en géant, avec des succès probants devant Marcel Hirscher (2016) puis Stefan Luitz l'an dernier. La Face de Bellevarde, il l'adore. Son caractère extrême, cocktail de pente et de glace, est taillé pour lui.

“Il aime sentir cette glace sous les pieds, ça convient parfaitement à son style de ski, décrypte Gauthier de Tessières. Si on fait une comparaison à l'extrême, c'est à l'opposé de Beaver Creek, où la neige est très froide, très accrochante, très facile. Lui, il a besoin que ce soit dur. C'est là où il s'exprime bien, comme à Kranjska Gora ou Solden. Il a cette capacité à être super puissant, à sortir très vite des portes. Et quand tu as cette technique-là, ça cartonne sur Bellevarde. Il n'y a que de la pente ici, ça ne relâche pas. Il est dans son jardin. Hirscher (qui possède le record de six victoires ici) c'est le même profil. Mais la petite différence, c'est que Pinturault est chez lui. C'est un vrai critère. Il aime bien être devant le public français, ça le stimule. Il sait bien s'appuyer sur l'évènement.”

Stefan Luitz, Alexis Pinturault et Marcel Hirscher sur le podium du géant de Val d'Isère le 9 décembre 2017

Stefan Luitz, Alexis Pinturault et Marcel Hirscher sur le podium du géant de Val d'Isère le 9 décembre 2017Getty Images

Un apprivoisement tardif

Cependant, son rapport à Bellevarde demeure assez paradoxal. C'est ici qu'il a décroché son tout premier succès dans une discipline dite traditionnelle du ski alpin, le slalom (décembre 2012), onze mois après avoir enlevé un City Event à Moscou. Une victoire qui relève de l'exception puisqu'il n'a jamais terminé aucun autre slalom ici (5 abandons).

En géant, il s'était déjà imposé sur cinq pistes différentes avant d'accrocher la Face à son tableau de chasse (Garmisch-Partenkirchen, Kranjska Gora, Yuzawa Naeba, Hinsterstoder, et Solden). Ce n'est qu'à sa 5e participation qu'il a accroché son premier podium (3e place, victoire de Mathieu Faivre), six jours avant d'obtenir une première victoire, le 10 décembre 2016. Gauthier de Tessières met cet apprivoisement tardif sur le compte de “sa folie” : “C'est un gars qui a tellement de talent, il voulait tellement tout gagner tout de suite. Cela a été d'ailleurs une faiblesse mais aussi sa force finalement. Sur Bellevarde, il partait souvent à la faute et n'arrivait pas à s'exprimer. Ce qui arrive assez souvent ici. Si tu prends Bellevarde sans intelligence de course, tu t'en sors rarement. Alors, il a mis du temps."

Seulement trois podiums lors de ses onze derniers géants

Pinturault a fini par trouver la clé. Mais plus que la maîtrise de la piste, c'est plutôt son état de forme (et de confiance) qui pose question avant samedi. A 27 ans, le triple médaillé olympique apparaît plutôt dans le creux de la vague qu'au sommet de son art. La victoire le fuit depuis près d'un an (combiné de Bormio le 29 décembre dernier).

Sur les onze derniers géants en coupe du monde, il n'a accroché la boîte qu'à trois reprises. Pour une seule victoire (ici-même l'an dernier). Si on regarde les onze géants précédents, il est toujours monté sur le podium (à une exception près), pour un total de 7 victoires. Le contraste fait mal, mais Pinturault manie très bien l'art de rebondir. Et quel meilleur endroit que Val d'Isère pour le faire ? L'an dernier, en s'imposant ici, il avait mis fin à une série de 16 courses de coupe du monde sans victoire. La série est la même avant samedi. On peut prolonger le parallèle : il avait également pris une belle claque à Beaver Creek (12e l'an dernier, 14e dimanche).

Alexis Pinturault lors du slalom de Val d'Isère 2016

Alexis Pinturault lors du slalom de Val d'Isère 2016Panoramic

"Moi, perso, je le mets toujours favori pour Bellevarde, assure Gauthier de Tessières. Il nous a tellement surpris. Après, je ne vais pas cacher que j'ai un mini-doute. Je n'aime pas trop le fait qu'il n'y ait pas eu à Solden. D'habitude, il y claque un gros truc, et il pouvait arriver à Val d'Isère avec ce capital confiance. Derrière il sort à Levi, c'est une grosse déception pour lui, et Beaver n'a pas aidé… Mais ce gars-là a tellement une capacité mentale à rebondir que j'ai plus de confiance que de doutes à son sujet. On s'est parfois dit : “là ça y est, il a touché un peu le fond”. Et puis boom, boom, il en ressort une (de grosse perf)'. Ça reste un grand champion, comme Hirscher et Kristoffersen.”

Autre paramètre important, la météo. Elle n'a pas été favorable cette semaine (douceur, pluie). Pas l'idéal pour espérer samedi un revêtement glacé, comme le Français l'aime tant. Mais les températures doivent se rafraîchir dans la nuit de vendredi, avec des chutes de neige au programme tout le week-end. Dans sa quête d'un triplé (qui serait son deuxième en carrière après celui en combiné à Kitzbühel), un petit coup de main du destin ne lui ferait pas de mal.

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