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Cuche : "Des coins sympas"

Cuche : "Des coins sympas"
Par Eurosport

Le 17/01/2009 à 06:20Mis à jour

Avant Adelboden et Wengen, Didier Cuche nous a accordé un long entretien. Dans la seconde partie de celui-ci, le Suisse revient sur son début de saison en descente et évoque le reste de l'équipe helvète. A la recherche d'une première victoire, Cuche espèr

DIDIER CUCHE, on note une progression dans vos résultats en descente cet hiver : vous étiez 32 de la descente de Lake Louise, 15e à Beaver Creek, 12e à Val Gardena et dernièrement, 5e à Bormio. Samedi, se profile celle de Wengen…

D.C. : Le début de saison a été tronqué par des descentes très spéciales. La première à Lake Louise s'est déroulée sous des conditions exécrables. Mon dossard ne m'a pas permis de skier au meilleur moment. A Val Gardena, il y avait énormément de vent et de neige. La seule descente que je peux estimer avoir ratée est celle de Beaver Creek. Au moment où je commets une erreur, après 50 secondes de course, je suis dans les temps du vainqueur, Aksel Lund Svindal.

C'est-à-dire ?

D.C. : J'ai pris des risques et tendu mes trajectoires mais ce jour-là, ça n'a pas payé. Je termine quand même 15e. A l'arrivée, j'ai été surpris, en bien, car je pensais être beaucoup plus loin, après l'énorme faute que j'ai faite. A Beaver Creek, j'ai connu un petit passage à vide puisque la veille, en Super-G, je sors alors que j'ai le 4e temps intermédiaire. Ce sont des choses qui arrivent. Il faut juste espérer qu'elles n'arrivent pas trop souvent…

Depuis deux hivers, vous terminez deuxième à Wengen. Le Lauberhorn est-il une piste que vous appréciez ?

D.C. : Dans le passé, le Lauberhorn ne m'a jamais trop convenu. Car je n'arrivais jamais à rallier l'arrivée en faisant la différence dans les secteurs clés, qu'ils soient techniques ou de glisse. Là-bas, j'avais toujours un peu de mal sur les secteurs plats, mais depuis mon passage chez Head il y a deux saisons, j'ai toujours réussi à être performant sur l'ensemble du Lauberhorn. Cela a donné deux deuxièmes places deux ans de suite…

Quels sont ces fameux secteurs qui font la différence ?

D.C. : A Wengen, il y a des coins très sympas à skier. Entre autres ceux dans lesquels il faut plus d'engagement et de courage, notamment le Passage de la Tête de Chien, qui suit le Minschkante. Ce sont trente premières secondes très importantes. Puis il y a le Petit Pont. Il y a aussi un endroit qu'on ne voit pas à la télé et qui est crucial. Il est agréable à skier mais difficile. On l'appelle Langentrejen, qui n'est pas qu'un secteur de glisse. Parfois des écarts se creusent mais on les voit pas à la télé, donc les gens ne comprennent pas toujours ce qu'il s'est passé. Et puis, il y a le "S" final où peut se jouer la gagne ou perdre un podium.

Wengen est la descente la plus longue de l'hiver. Sentez-vous la différence, physiquement, avec une descente dite normale de deux minutes d'effort ?

D.C. : Bien sûr. On voit bien la différence. Si on peut les classer dans l'ordre de la difficulté, au niveau du physique, trois descentes se valent. Il y a Bormio, que l'on descend en un peu plus de deux minutes, avec cinq-six gros virages. La sensation de mur est encore plus violente qu'à Wengen. La descente de Val d'Isère est similaire. On tourne autour des deux minutes et dix secondes d'effort. C'est long et le fait d'enchaîner virage sur virage, ça tue les jambes car les "G" sont énormes à encaisser. Il n'y a pas forcément ce type de difficultés à Wengen. Sur le Lauberhorn, on se fatigue beaucoup sur les longues parties de glisse, mais on ne prend pas d'aussi grosses pressions que lorsqu'on est en courbes. On a les jambes qui brûlent surtout. A Wengen, à l'arrivée, on est cuit, mais la chance qu'on a, c'est qu'il n'y a que deux gros virages.

Pensez-vous que le globe de cristal en descente soit encore jouable ?

D.C. : Très honnêtement, après le début de saison que j'ai fait dans la discipline, c'est très mal barré. Il faudrait gagner tous les courses qu'il reste. Mathématiquement, c'est faisable, mais je ne me fais pas d'illusion. Les autres skieurs ne sont pas des manches (sic), pas des pieds donc ça ne sera pas facile. Je vais me concentrer sur les courses qui viennent. On fera le bilan après.

Votre saison dernière a été marquée notamment par la perte de ce globe de cristal en Super-G lors des finales de Bormio. A quel point cet évènement vous a marqué ?

D.C. : Sur le moment, cela m'a fait très mal, c'est sûr. Je m'en voulais énormément. Je m'en suis voulu longtemps. Malgré tout, cela fait partie de mon parcours en carrière. Il est fait de bonnes mais également de mauvaises choses. Il y a eu des blessures mais également ce passage à Bormio, où j'ai manqué de fraîcheur d'esprit avant le départ. Tout cela est passé un peu vite. J'en ai oublié l'essentiel : de skier. J'y ai repensé assez souvent, mais c'est un fait que j'accepte.

Dans moins de trois semaines, débutent les Mondiaux de Val d'Isère…

D.C. : Cela arrive vite. La Face de Bellevarde est une piste magnifique. Le spectacle risque d'y être fantastique. Ce qui est génial à Val d'Isère, c'est que l'essentiel de la descente est visible par les spectateurs dans l'aire d'arrivée. Ils n'ont pas besoin de regarder les écrans géants. Il y a quelques détails à régler néanmoins. On a vu, en décembre, lors du géant, que certaines prises de vue n'étaient pas top. J'espère aussi que l'enseignement du traçage de la descente de l'an dernier sera tiré pour qu'on ait une magnifique course en février. Après on va skier, on acceptera le tracé proposé.

A plus long terme, participerez-vous aux JO de Vancouver, dans un an ?

D.C. : J'y serai certainement. On ne sait pas de quoi est fait notre lendemain, mais si j'arrive à défendre encore mes chances à ce moment-là, je serai présent. Très probablement, ce seront mes derniers Jeux Olympiques. 2014 (NDLR : Sotchi), cela fait un peu loin. J'espère que je serai encore dans de bonnes conditions l'hiver prochain.

Enfin, un petit mot sur le reste de l'équipe suisse. Que pensez-vous des Albrecht, Berthod ou autre Janka, qui se révèle cette saison ?

D.C. : Ce sont des jeunes qui ont les dents longues. Nous ne sommes pas de la même génération. Il y a plus de décontraction chez eux. Mais il y a énormément de bonnes choses à tirer de ces jeunes. Me concernant, cela me fait du bien de les côtoyer. A l'intérieur de l'équipe, j'ai parfois l'impression qu'eux n'ont pas forcément besoin de mes conseils. Ils le prouvent par leurs résultats d'ailleurs. Concernant Janka, Carlo a vraiment explosé cette année. Il était plus irrégulier la saison passée. On savait qu'il n'était pas loin de franchir une étape. Et il l'a passée d'une manière sublime cet hiver. J'espère que tous ces jeunes continueront leur chemin sans se presser. Je sais que Berthod a des ennuis de dos. C'est ce qui le chagrine en ce moment. Tout ce que je leur souhaite : c'est d'avoir la plus longue carrière en Coupe du monde possible.

On vous sent légèrement gêné par cette situation. Leur reprochez-vous de ne pas les sentir proches de vous ?

D.C. : Non, ce n'est pas ça. Mais j'ai eu l'impression, même si je me suis peut-être trompé, que l'on pouvait s'apporter mutuellement des choses pour progresser dans une concurrence saine. On pourrait, par exemple, se confronter un peu plus aux entraînements, ce qui n'est pas forcément le cas aujourd'hui. Malgré tout, ils sont performants, je le suis aussi. Après c'est le résultat qui compte, la manière, on s'en fiche un peu…