La vie se joue souvent à des détails. Et un "oui" ou un "non" peut la faire basculer et lui faire prendre un virage à 90 degrés. Mark Allen en est un exemple parmi tant d’autres. Comme beaucoup d'enfants, le natif de Belfast aime taper dans un ballon de football. Sauf que Mark Allen tape dedans mieux que la majorité des autres enfants. Talentueux, le Nord-Irlandais se rend alors en Angleterre pour passer des essais à Sheffield Wednesday et Nottingham Forest. Malheureusement pour lui, les formateurs des deux clubs lui répondent la même chose : "Non".
Deux refus qui finissent par stopper l’envie de devenir footballeur professionnel à Mark Allen qui se réoriente alors vers son autre passion : le snooker. Une bonne idée puisqu’il est encore plus doué dans ce sport comme le prouve son break maximum à 16 ans et ses titres de champion d’Irlande du Nord U16, U18 et U19 remportés sur le même week-end en 2002.
Mais si Mark Allen a tiré un trait sur ses désirs professionnels de football, il reste pour autant un amoureux du ballon rond. Et des maillots de football. La preuve aux Championnats du monde 2018 où après sa victoire contre Liam Highfield au premier tour il va checker le célèbre supporter Brian Wright qui vient chaque année depuis 1989 avec un maillot de Coventry City sur le dos. Sauf en 2018. La faute au président de la World Snooker Association Barry Hearn qui refuse les maillots de football en tribune. Un choix que ne comprend pas “The Pistol” qui soutient alors Brian Wright par ce geste avant d’en rajouter une couche en conférence d’après match : "Le monde est devenu fou si vous ne pouvez pas venir ici en maillot de football. La raison utilisée par Barry est l’image du sport. Mais est-ce que vous préférez une grande foule avec tout le monde en maillot de football ou aller en Chine, comme nous le faisons, pour jouer devant trois personnes et un chien ?"
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Mark Allen qui réfléchit à sa prochaine punchline contre son adversaire

Crédit: Getty Images

L'homme qui tire sur les autres plus vite que son ombre

Cette sortie médiatique n’a pas étonné grand monde dans le circuit. Il faut dire que Mark Allen est un habitué. Et qu’il a depuis longtemps le président Barry Hearn dans le collimateur. Le différend entre les deux hommes débute en 2011 lorsque le Nord-Irlandais demande la démission de son meilleur ennemi qui a réduit le nombre de frames - de 17 à 11 - à l’UK Championship alors qu’il avait promis qu’il ne toucherait pas au format des tournois majeurs lors de son élection. Ce quoi Barry Hearn a répondu : "Je suis beaucoup trop occupé pour m’occuper des commentaires stupides d’un petit garçon" avant d’infliger une amende de 250£ à Mark Allen.
Une première amende d’une longue série puisque ”The Pistol” n’est pas du genre à garder sa langue dans sa poche. Même si parfois il aurait dû la tourner trois fois dans sa bouche avant de parler. Ou plutôt tourner trois fois ses doigts dans sa poche avant de tweeter. Comme en 2012 où il s’émeut sur le réseau social des conditions du World Open à Haikou en Chine : “Le voyage est un cauchemar. Les gens sont ignorants. L’endroit pue. L’arène est merdique, les tables sont pauvres, la nourriture est horrible. A part ça, j’adore la Chine". 1000£ d’amende.
La Chine est le deuxième combat de Mark Allen qui ne comprend pas pourquoi de plus en plus de tournois sont disputés là-bas, d’autant plus que les joueurs doivent désormais payer leurs billets d’avion depuis l’élection de Barry Hearn. Logiquement, le Nord-Irlandais n’est pas très proche des joueurs chinois dont il déplore les différences culturelles entre eux et les Anglos-Saxons. Au point d’accuser Cao Yupeng de triche aux Championnats du monde 2012. 11 000£ d’amende et trois mois de suspension avec sursis.
Mais que les Chinois se rassurent, Mark Allen s’embrouille avec tout le monde. De Ronnie O’Sullivan à Mark Joyce - "Je n'aime pas Mark Joyce, fondamentalement c'est un con, sur et en dehors de la table. Je doute même que sa mère l'aime" - en passant par Stuart Bingham. La querelle entre les deux hommes remonte à 2011 et une défaite de l’Anglais contre Ding Junhui aux Championnats du monde après avoir pourtant mené 12-9. Une remontada que Mark Allen avait expliqué en balançant que Stuart Bingham n’avait "pas de bouteille". Une pique longtemps restée dans la tête de l’Anglais qui après son titre de champion du monde en 2015 confie ironiquement : "Merci à Mark Allen. Il a dit que je n’avais pas de bouteille et depuis tout a changé."

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La quête du titre de champion du monde

A trop se faire détester des autres joueurs du circuit, Mark Allen prend le risque de les voir tous débarquer avec une motivation supplémentaire au moment de l'affronter. Pas un problème pour le "The Pistol" qui se défend plutôt bien à la table comme le prouve sa victoire au Masters en 2018 ou son Championnat du monde 2009 où il élimine le tenant du titre Ronnie O’Sullivan au second tour avant de s’incliner en demi-finale face à John Higgins.
Depuis cette performance pour son troisième Championnat du monde, Mark Allen n’a jamais fait aussi bien au Crucible Theatre où il n’a atteint "que" trois fois les quarts de finale sur ses 11 dernières participations. Et vu le début de son match face à Mark Selby, qui reprend ce dimanche à 15h30, où il est déjà mené 6-2, "The Pistol" va avoir du mal à reproduire son parcours de 2009. En cas de défaite, Mark Allen pourra déjà se projeter sur la saison prochaine qui contrairement à celle-ci, impactée par le coronavirus, devrait compter quelques tournois en Chine. Pour son plus grand bonheur.

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